22/11/2017

DOPEZ-VOUS A LA GRATITUDE !

Les neurosciences nous apportent aujourd’hui des perspectives sacrément intéressantes avec, comme toute discipline en vogue, un effet de mode et des déclinaisons parfois agaçantes.

Leur développement débouche toutefois sur des possibilités d’application capables, ni plus ni moins, de transformer la manière que nous avons d’habiter notre conscience – et donc de vivre nos vies. Par l’utilisation de petites stratégies pragmatiques et concrètes qui font une sacrée différence. Et nous ouvrent la possibilité de coopérer activement avec notre conscience, notre sensibilité, nos affects (orchestrés par notre cerveau) au lieu de juste les subir tels qu’ils se présentent. Petite illustration autour du thème de la gratitude…

Lire la suite

05:36 Publié dans Neurosciences | Lien permanent | |  Facebook | | | |

14/11/2017

Absentéisme dans les institutions publiques : please do something !

Triste répétition des signalements de souffrance institutionnelle dans les services de l’état ou para-publics à Genève. La difficulté est aujourd’hui largement répandue, sinon généralisée. Et les mesures prises chroniquement insuffisantes. Quelques repères de science et de bon sens à ce sujet pour ne pas s’y résigner :

Les deux indicateurs les plus fiables de la santé institutionnelle sont les taux d’absentéisme et de turn-over (départ et remplacement de collaborateurs). En ce qui concerne le premier, il se situe en moyenne aux alentours de 5% pour des entreprises et institutions en bonne santé. Un taux supérieur à 6% indique l’existence de difficultés organisationnelles et structurelles sur lesquelles il importe d’intervenir. Et au-delà de 7 à 8%, nous nous trouvons face à une réelle morbidité institutionnelle, soit une organisation qui met en danger et endommage activement la santé de ses collaborateurs[1].

 

Les facteurs de risque et de protection sont aujourd’hui connus et nous disposons de modèles efficaces pour faire évoluer les choses dans la bonne direction. Malgré cela, les indicateurs sont péjorés à de nombreux endroits, avec des pics qui font froid dans le dos à quinze, vingt ou même trente pourcents : il s’agit alors, ni plus ni moins, que de machines à broyer les personnes, qui partent à la casse les unes après les autres. Quand on sait qu’il faut deux à trois ans pour se remettre d’un burn-out[2], on mesure l’angoisse qui peut exister dans certains services où la question posée n’est pas savoir s’il y aura d’autres personnes touchées, mais de qui il s’agira.

La loi impose une responsabilité claire aux employeurs de protéger la santé de leurs employés. Or, dans certains services de l’état, les problèmes durent depuis plus de dix ou quinze ans. Les groupes de travail se succèdent, les consultants font leur tour de piste à tour de rôle… et rien ne change.

Ailleurs, on se mobilise et on se fait une priorité de « mettre l’humain au centre » : what else ?! On peine toutefois à croire que derrière les effets d’annonce et les portraits de collaborateurs souriants affichés sur les murs les choses avancent dès lors que les vraies questions ne sont pas abordées.

 

Quelles sont les vraies questions ?

Le constat qui doit être posé si l’on veut avancer est qu’il y a de manière générique un sacré problème de gouvernance et de management à l’état. Il ne s’agit pas de tirer sur qui que ce soit, ni sur les présidents des départements, ni sur les directions, ni sur les cadres, ni sur les collaborateurs. Mais de reconnaître qu’il y a de manière systémique une difficulté à produire des conditions de travail stimulantes et favorables pour parler d’une manière diplomatique. Au mieux, il s’agira de pesanteurs et de rigidités ennuyeuses mais sans gravité. Au pire, de fonctionnements pervertis.

Et il est devenu banal qu’on en demande toujours plus aux collaborateurs, avec des moyens mal fichus (ah ! l’informatique de l’état !), des processus mal pensés, des contraintes inutiles, chronophages, et empêchant de réaliser un travail de qualité, au sein de systèmes rigides et de plus en plus absurdes. Ouch !

Le secteur privé connaît lui aussi ses propres scories : combien de cost-killers ont fait exploser les coûts indirects de leur entreprise avec une mise sous pression néfaste des collaborateurs et des économies qui endommagent l’outil de production ?.. Le capitalisme semble se réveiller : les grandes business schools aujourd’hui ne jurent plus que par l’intelligence émotionnelle et relationnelle, la dynamique coopérative et un leadership humain et inspirant[3].

A l’Etat, le problème semble naître tout en haut de la chaîne hiérarchique : les Conseillers d’Etat veulent dicter les politiques institutionnelles et garder un contrôle serré sur la gouvernance ; alors que leur hantise est que la révélation de difficultés vienne mettre en péril leur crédibilité et in fine leurs chances de ré-élection. Qu’on le veuille ou non, c’est un socle « par le haut » redoutable de rigidité et de tension. A partir de là se configure tout un ruissellement de loyautés anxieuses et contrôlantes, dans des processus pour l’essentiel « top-down », particulièrement nocifs pour le collectif.

 

Alors que faire ?

La recherche montre que la seule action efficace consiste à reprendre dans des processus coopératifs le sens de l’activité et les valeurs qui la fondent, et de faire l’inventaire des moyens mis en œuvre et de la qualité des processus. Dans un double mouvement d’impulsions descendantes et ascendantes.

Les points importants pour stimuler une dynamique positive sont si simples et bien connus aujourd’hui qu’il y a quelque chose d’attristant à devoir encore et encore les indiquer[4]. Les voici donc :

 

1/ Evaluer adéquatement la charge de travail et supprimer toutes les prescriptions inutiles qui l’alourdissent en rendant impossible de bien faire son travail !

2/ Donner de l’autonomie aux collaborateurs.

3/ Soutenir activement les personnes et les équipes.

4/ Témoigner de la reconnaissance.

5/ Donner sens au travail.

6/ Agir face aux agressions externes et bannir toute forme de violence interne, directe ou indirecte.

7/ Communiquer clairement sur les changements.

8/ Faciliter la conciliation entre travail et vie privée.

9/ Entetenir des niveaux de cohérence, de respect et d'équité qui inspirent confiance dans toute la chaîne hiérarchique.

 

Je mets au défi tout responsable dont certains services dépassent un taux d’absentéisme de 7% de réaliser cet inventaire sans constater des défaillances importantes dans ces différents registres. C'est devenu un mantra défensif que d'invoquer uniquement "la surcharge" comme cause de toutes les difficultés. C'est un paramètre important, certes, mais qui masque souvent tous les autres! Tout programme d’amélioration qui ne se focalise pas sur l'ensemble des paramètres pertinents ne donnera que peu ou pas de résultat. C’est ce que montre la recherche, ainsi que les échecs répétés en la matière.

 

Est-ce parce que l’équation est si simple que c’est si compliqué ?

L’urgence de parler de ces réalités tient à l’impact destructeur sur les personnes et les équipes de la souffrance au travail. Par ailleurs, comment ne pas constater l’immense gaspillage de ressources et de motivation lié aux dysfonctionnements institutionnels ? La recherche montre que les personnes sont naturellement désireuses de s’investir dans leur travail, à condition de sentir qu’elles peuvent mettre à profit leurs compétences pour faire œuvre utile, dans le cadre de relations de qualité, en s’appuyant sur un management perçu comme digne de confiance parce que compétent et équitable[5].

La recherche montre aussi que seulement 15% des employés se sentent activement engagées et motivées par leur travail. Pour le dire à l’inverse, 85% des collaborateurs (secteurs public et privé confondus) se sentent peu motivés et désengagés professionnellement[6]. A cause de relations et conditions de travail qui les déçoivent ou les mettent en souffrance ! Mesure-ton l’ampleur de cette donnée en termes de productivité, et donc de coûts induits[7] ?

Peut-être y a-t-il des motifs électoralistes derrière le timing de telle ou telle interpellation. Mais il y a surtout une réalité qui ne devrait simplement pas exister et qui perdure à d’innombrables endroits par défaut d’une gouvernance adéquate. Cela ne tient ni à tel conseiller d’Etat ni à tel directrice ou directeur. Ou alors dans le sens de manquer de porter remède à des réalités inacceptables. Et de comprendre que des améliorations ne peuvent réellement se déployer que par un travail de fond sur la culture institutionnelle et l’organisation du travail[8]. Ce serait un beau défi pour l'Etat que de s'engager à traiter avec créativité, rigueur et ambition ces réalités.

En attendant, comptons les absents !

 

 

 

[1] Recherche des conditions et moyens de l’amélioration de la prévention des risques

psycho-sociaux en entreprise, FRIMAT M., INRS Hygiène et sécurité du travail, 4ème

trimestre 2012-229 / 31

[2] https://www.noburnout.ch/

[3] Voir les recommandations de la Harvard Business School. Sur le leadership, en particulier les travaux de V. Petit et V. Boulocher, par exemple Comment développer la légitimité managériale et la légitimité des équipes dirigeantes : une dimension négligée de la gouvernance d’entreprise, EDHEC Leadership and Corporate Governance Research Center, 2009.

[4] Ceux-ci proviennent de l’Institut national français de recherche sur la santé au travail (www.inrs.fr/RPS) ; une liste plus complète et détaillée peut être trouvée sur Santé globale et performance en entreprise

[5] Pink D., La vérité sur ce qui nous motive, Flammarion, 2014 et Delizonna L., High-Performing Teams Need Psychological Safety. Here’s How to Create It, Harvard Business review, 24.08.2017

[6] Il existe des variations par pays et par secteurs, mais avec au mieux entre 5% et 20% de collaborateurs activement engagés ! State of the Global Workplace, Employee Engagement Insights for Business Leaders Worldwide, Gallup, 2013

[7] Sur cette question, voir les analyses du Pr Henri Savall, fondateur de l’Institut de Socio-économie des entreprises et des organisations (ISEOR).

[8] Walker B. et Soule S., Changing Company Culture Requires a Movement, Not a Mandate, Harvard Business Review, 20.06.2017

16:34 Publié dans Air du temps, Genève | Lien permanent | |  Facebook | | | |

04/10/2017

Validité scientifique de l'homéopathie remise en question ? Certes...

"Dans un nouveau rapport, le Conseil scientifique des académies des sciences européennes rappelle l’absence de preuves solides et reproductibles de l’efficacité des produits homéopathiques."

Certes.

Toutefois, cette réalité est peut-être à contraster avec le fait que la plupart des médicaments allopathiques actuellement sur la marché ne disposent pas non plus de preuves solides à l'appui de leur commercialisation.

La norme en la matière est que les rapports de recherche sont tronqués, partiels, biaisés et parfois même sans fondements. Et les quelques méta-analyses indépendantes bien trop rares. Rappelons tout de même celle publiée dans The Lancet en 2016 sur les anti-dépresseurs de dernière génération, montrant un avantage nul face au placebo.

Ce qui n'empêche pas les autorités de santé de les autoriser, les médecins de les prescrire et les pharmas de prospérer pendant que les instances scientifiques regardent ailleurs en se demandant si la neige va tomber cet hiver...

En fait, et ceci n'est pas sans rapport avec l'augmentation continuelle des primes d'assurance-maladie, la santé n'est pas la priorité du législateur ni du gouvernant. Ni de la médecine (même si elle finit par évoluer timidement en ce sens).

C'est navrant, mais tout de même bon à rappeler.

 

12:10 | Lien permanent | |  Facebook | | | |

01/10/2017

Ce cadavre ripoliné sous mon nez

L’exposition des cadavres écorchés puis plastinés de Body Worlds à Palexpo a soulevé un compliqué et important débat éthique. Dans sa recherche effrénée des contours ultimes du sacré et de l’indigne, notre société aura repoussé sans cesse les limites de l’acceptable dans un questionnement in fine un peu lassant.

Dans le domaine artistique, la nudité s’est invitée à peu près partout, puis le sexe explicite, puis l’excrétion. Reste peut-être comme ultimes limites (c’est faux ; elles ont aussi été franchies) la naissance (l’accouchement) et la mort. On a donc tout exploité dans la représentation artistique en s’affranchissant de l’intérêt ou de la servitude de le figurer ou le symboliser.

Que des cadavres plastinés soient du plein gré de leurs défunts possesseurs exposés dans une Halle de foire me paraît certes du plus parfait mauvais goût.

Mais le pire est atteint lorsque des affiches en pleine rue (comme sur le flanc de la vénérable institution Jacques-Dalcroze, fréquentée par des hordes d’enfants) confronte le passant à un cadavre écorché le regardant droit dans les yeux.

Que des personnes choisissent de se rendre à Palexpo contempler ces cadavres, cela leur appartient. Mais imposer cette image aux passants me donne la nausée.

Parce que cela reflète de manière grotesque et brutale cette inaptitude de notre système sociétal à faire preuve d’une forme élémentaire de délicatesse ou d’humanité.

Parce que cela veut dire qu’il y a eu un exploitant et un graphiste qui ont concocté cette image, sans scrupule quant à l’imposer à tout un chacun. Qu’il y a une société d’affichage qui s’en tape de choquer le goût ou les convictions du public dans un registre aussi profond. Qu’il y a une autorité qui laisse cela se produire dans l’espace public. Et que, oui, nous sommes otages, si gravement aujourd’hui, d’une obsession publicitaire qui pollue notre quotidien, s’immisce dans tous les interstices de nos vies et de nos espaces, publics et privés, avec sa vulgarité sans bornes.

 

21:03 Publié dans Air du temps, Genève, Humeur | Lien permanent | |  Facebook | | | |

29/09/2017

Boum !

 

Fotolia_Bébé_L.jpg

 

Dans le cours inévitablement busy de votre journée et le flot d'infos en tous genres qui percute vos réseaux neuronaux depuis ce matin, je vous invite à vous arrêter quelques secondes et plonger votre regard dans le bleu de ces yeux.... Voilààààà.

Observez ensuite attentivement ce que vous ressentez dans votre corps et votre esprit.

Si vous ne faites pas partie de la catégorie des narcissiques et des psychopathes, vous constaterez un effet d'apaisement, d'enjouement, d'attendrissement, bref, un peu de soleil et une douce chaleur en-dedans...

La science a montré qu'une image de bébé souriant suscite une réaction cérébrale plus forte que toute autre image positive. Même chez les hommes, et bien plus que la photo d'une très belle femme dévêtue, d'un bolide horriblement coûteux ou d'un monceau de billets de banque et de lingots d'or[1].

Think about it : la splendeur innocente d'un sourire poupon nous saisit l'âme au-delà de toutes nos nécessités, nos convictions, nos poursuites, nos ambitions.

Lorsque l'on analyse ce qui motive réellement les personnes comme les collectifs, rien ne peut rivaliser en termes de force avec les valeurs fondamentales ou les éléments humains denses de sens.

La définition scientifique de "valeurs fondamentales" est même : "valeurs sans lesquelles la vie ne vaudrait pas la peine d'être vécue"[2] !

Retirez à la vie la générosité, la bienveillance, le respect, la tendresse, la sincérité, l'authenticité, la loyauté, la bonté, la franchise, la gentillesse, la tolérance, etc. eh bien la balance des coûts/bénéfices de l'existence ne pourrait qu'être à jamais déséquilibrée...

On ne peut construire un projet de vie, mais aussi un projet d'entreprise ou un projet de société, que sur la base de valeurs fondamentales qui prennent et gardent du sens. Et lorsqu'elles s'étiolent ou se délitent en cours de route, les systèmes humains courent à la catastrophe.

A l’inverse, si vous voulez (re)dynamiser un collectif ou une relation, ouvrez un espace de dialogue authentique autour des valeurs de chacun[3].

 

 

 

[1] Pr Sander David, Un monde d’émotions, Semaine sur le cerveau, UniGE, 13 mars 2017

[2] Logan Dave & al., Tribal Leadership, HarperCollins, 2008

[3] Manning C., Waldman M.R., Newberg A. & al., Personal Inner Values – A Key to Effective Face to Face Business Communication, Journal of Executive Education, 2012

Image : source Fotolia

15:38 Publié dans Neurosciences | Lien permanent | |  Facebook | | | |