07/06/2016

Genève vue de l'Amazonie : travail, MEG et MAH !

Splendide exposition au MEG, intitulée "Le chamane et la pensée de la forêt". Belle muséographie, traitement thématique de qualité, avec ce mélange de vulgarisation, de sensorialité et de lisibilité particulier à l'exercice  : une franche réussite! Il s'agit là de ce que la discipline a de meilleur à proposer, intelligemment disposé dans un espace muséal de belle facture.

Un coup de chapeau mérité, donc, aux collaborateurs du MEG et à son directeur, M. Boris Wastiau.

Mais aussi aux autorités et à la population genevoises, qui ont choisi avec un enthousiasme réjouissant de doter notre communauté de ce musée étendu et réinventé en 2011...

 


Pendant ce temps, on votait dans notre belle contrée. Le Revenu inconditionnel d'existence prenait un bouillon sans surprise. On en reparlera dans trente ans, date à laquelle il sera devenu inévitable et prévisiblement plébiscité par les générations nouvelles. Au nombre de mes premiers souvenirs politiques (1977), la TVA, adoptée en 1993 après ce premier échec et deux subséquents en 1979 et 1991. En fait, à peu près tout ce qui finit par s'imposer commence par être refusé, surtout par chez nous où l'on n'aime pas tant que ça la nouveauté...

L'attachement au travail peut être lu sous une double perspective : sa fonction structurante d'abord. Depuis que l'être humain est humain, participer par son travail au bien collectif est un besoin fondamental. Comme le bonheur de se sentir maîtriser une technique, un domaine, et de se voir reconnu pour une compétence professionnelle.

L'autre est celle de notre modernité : notre relation au travail, en dépit de ce qui vient d'être dit, est normée par des référentiels qui, pour rester largement inconscients, n'en sont pas moins prégnants, l'investissant de valorisations particulières.

On peut ainsi citer certaines époques (comme l'Empire romain ou l'Ancien-Régime) où le travail était considéré comme avilissant, et donc réservé aux esclaves et affranchis ou aux "sans noblesse"...

Aujourd'hui, nous en sommes en quelque sorte à un esclavage généralisé où il est admis que le droit à l'existence se paye en consacrant l'essentiel de celle-ci à travailler pour d'autres afin de pouvoir régler ses factures de logement et d'assurance-maladie. Ceux qui échappent à cette fatalité sont soit stigmatisés (chômeurs, invalides), soit enviés (rentiers).

Et tous ceux qui, forcément, ont souffert et souffrent de ce diktat, de s'opposer vertueusement à des moyens d'existence gracieusement offerts à tous.

Entre ces deux pôles forcément antagonistes, le réel...

Du fait de la raréfaction inévitable de l'emploi et d'une évolution qui voit les nouvelles générations être beaucoup plus soucieuses de leur qualité de vie (notamment de l'équilibre entre vie privée et vie professionnelle, mais aussi vie communautaire ou créative), l'idée que nous avons à justifier notre existence en louant notre force de travail constitue déjà un futur antérieur sociétal.

Comme le besoin de se sentir utile, de participer, de coopérer, est un universel de l'humaine nature, on assistera à un redéploiement qualifiant les contributions de service entre particuliers ou communautaires. La jeune génération y est déjà. Ce qui renforce la conviction que l'éducation devrait bien aller dans les deux sens...

Chez les Yanomami, comme dans les sociétés premières qui ont fait rêver des générations de sociologues, le fait d'appartenir au groupe implique des moyens d'existence garantis, avec une participation naturelle aux actions nécessaire à la survie et à la vie. L'anthropologie économique a montré que le temps de travail quotidien y est de quatre à cinq heures par jour au plus, durée suffisante à couvrir les besoins. Le reste du temps est consacré à se reposer, socialiser, rêver, jouer, palabrer.

L'intérêt d'un musée d'ethnographie n'est pas seulement de nous montrer les pittoresques singularités de telle ou telle peuplade ; il est évidemment de nous confronter à l'autre et ce faisant à nous-mêmes. L'époque trouble que nous vivons se caractérise par une confusion toujours marquée quant à notre humanité, que nous continuons de méconnaître avec une application certaine.

La votation favorable en faveur du MEG a constitué le signe appréciable d'une mise en valeur par notre collectivité de son statut de "Ville-monde" et du désir de penser (par la contemplation de l'altérité) notre humanitude.

Le projet, de surcroît, était beau, intelligent, mesuré, adapté à l'espace urbain où il s'insérerait.

Le projet de rénovation du MAH quant à lui accumulait les tares (un peu comme l'avait fait le projet précédent du MEG à la place Sturm) : snobisme architectural, manne financière douteuse, une certaine prétention un peu abstraite qui le rendait difficile à investir (au sens psychanalytique de désirer) pour la population.

L'aboutissement de l'extension de Carl-Vogt nous aura dotés d'un instrument muséal de toute beauté. Les techniques d'exposition contemporaines y sont déployées dans un espace qui a été pensé pour elles. De taille, mais malgré tout modeste, offrant un programme d'animation riche et varié, porté par une équipe talentueuse mais pas pléthorique, le MEG a trouvé une forme d'équilibre quasi-parfait entre modestie et ambition. C'est beau et touchant. C'est travailleur dans le meilleur sens du terme. Bien en phase avec notre suissitude, fut-elle genevoise...

Alors oui, travaillons !

 

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