16/09/2016

Comprendre les risques psychosociaux

Notre époque se caractérise entre autres par le recul ou la disparition de nombreuses maladies (notamment infectieuses) et par le développement conjoint d'autres formes d'atteintes à la santé (maladies dites "de civilisation" ou dues aux conditions de vie). Parmi ces dernières, le lien entre les conditions de travail et l'état de santé a fait l'objet d'une attention toute particulière au cours des vingt dernières années.

Indépendamment des "maladies ou accidents" professionnels proprement dits, on a observé que des formes nouvelles mais très dures de souffrance sont apparues et tendent à se généraliser. La loi impose aux employeurs de veiller à la santé de leurs collaborateurs. Il est dès lors incontournable qu'une évaluation rigoureuse des conditions de travail soit conduite pour prévenir des dommages qui, lorsqu'ils se produisent, ont un impact potentiellement dramatiques sur la vie de celles et ceux qui les subissent... en plus d'occasionner des coûts importants.

Contrairement à ce que l’on a longtemps considéré, la santé n’est pas un état stable et en quelque sorte inerte signalé simplement par une absence de maladie. Il s’agit plutôt d’un état dynamique de bien-être suffisant (physique, psychologique et social) permettant à une personne de préserver son équilibre et de négocier les contraintes de sa vie en s’appuyant sur des ressources (internes et externes) adéquates [1].


SANTE : DYNAMIQUE DE BIEN-ETRE SUFFISANT

RESSOURCES > CONTRAINTES

 

Les différents contextes de vie (privée, communautaire, professionnelle) exposent à des déterminants que l’on qualifiera de facteurs de risque et de facteurs de protection selon qu’ils sont susceptibles d’avoir un effet positif ou négatif sur notre santé.

Des facteurs de risque et de protection coexistent toujours au sein d’un contexte donné, dessinant une sorte de « champ de forces ». C’est selon la configuration de celui-ci qu’apparaîtront le cas échéant ce que l’on appelle des risques psychosociaux [2].

Les risques psychosociaux prédisposent à des dommages. Vivre de manière durable un état de stress, de mal-être ou des situations de violence, par exemple, produit inévitablement des conséquences comme l’épuisement, les troubles nerveux, la dépressivité, voire même certaines maladies.

Lorsque de tels dommages apparaissent, ils entrainent à leur tour des conséquences pour l’individu (comme l’immobilisation, l’incapacité de travailler, le repli social, etc.) aussi bien que pour le groupe (famille, entreprise) dont il fait partie.

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Les interventions aujourd’hui préconisées s’occupent de promouvoir la santé en renforçant les facteurs de protection et en contenant les facteurs de risque, pour diminuer les risques et prévenir l’apparition de dommages.

 

Quelques données pour la Suisse…

  • Le coût annuel des conséquences du stress au travail en Suisse est évalué à 5, 58 milliards de francs [3].
  • 24% des personnes actives s’estiment assez ou très épuisées.
  • 41% des personnes interrogées disent ressentir de fortes tensions psychiques au travail.
  • Entre 2000 et 2010, le nombre de personnes souffrant de stress chronique est passé de 26,6% à 34,4 %. On ne constate aucune différence selon la branche économique ou le sexe. Par contre, le nombre de jeunes travailleurs stressés (entre 15 et 34 ans) est plus élevé que la moyenne.
  • La proportion de travailleurs qui ne se sentent jamais ou peu stressés a baissé durant la même période de 17,4% à 12,2%.
  • Certaines institutions publiques connaissent des taux d’absentéisme élevés, avec des sommets à 20% et même 25% selon les services [4]. Rappelons qu’il est considéré qu’au-delà de 5 %, ce taux est indicateur de difficultés dans l’organisation et les conditions de travail [5].
  • Le burn-out toucherait environ 5% des actifs, avec des variations importantes selon les secteurs. Ainsi, sa prévalence dans les services hospitaliers de soins intensifs est de l’ordre de 32% parmi les médecins, 28% parmi les infirmières et 41% parmi les aides-soignantes [6].
  • Selon l’Enquête européenne des entreprises sur les risques nouveaux et émergents (Esener2, 2016), la Suisse pointe en 34ème position des 36 pays sondés en matière d’évaluation régulière des risques physiques et psychologiques [7].

 

[1] Selon la fameuse définition de l’Organisation Mondiale de la Santé, datant… de 1946 !

[2] Le terme « psychosocial » indique ici qu’il ne s’agit pas d’un risque physique direct, mais d’un vécu qui est susceptible d’entraîner des conséquences négatives sur la santé.

[3] Sources : Promotion santé suisse, SECO, OFSP

[4] comme au Service de stérilisation des Hôpitaux Universitaires de Genève, voir La Tribune de Genève du 28 avril 2016.

[5] Le taux d’absentéisme moyen en Suisse est d’environ 4%, avec de légères variations selon le secteur d’activité.

[6] Ricou B. et Merlani P., Burnout aux soins intensifs, Revue médicale suisse n° 366, 2012

[7] Nicollier M., Employés stressés ? Les patrons ne s’en soucient guère, Tribune de Genève, 30 mai 2016

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Commentaires

Une solution qui s'imposera à relativement court terme et de manière universelle, à l'ère de l'abondance que nous traversons, lorsque tous les systèmes de prévoyances auront échoué : Le RBI.

Écrit par : Pierre Jenni | 16/09/2016

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