27/10/2016

Chic, le réseau postal s'étend !

Périlleux exercice de communication institutionnelle de la part de la Poste suisse. Avec ce mode taquinant la novlangue pour présenter les choses à rebours, au risque de contorsions aussi apparentes qu'embarrassantes. Dans le même registre que celui de la "croissance négative" chère à certains politiciens.

Notre géant postal nous gratifie ainsi d'une figure de rhétorique relevant de la douteuse antiphrase. Parler de l'extension du réseau pour masquer ou diluer la suppression d'un tiers des offices postaux, c'est assez osé. Mais devenu assez banal dans un style de communication à haut risque.


Certes, on pourra arguer que l'extension en question est réelle (en termes stricts de réseau, donc, étant réservée la question des dessertes locales). On pourra aussi bien relever que le joyeux temps jadis des facteurs des PTT qui roulaient sérieusement imbibés à boguet, s'arrêtant pour écluser de conviviaux godets (ou plus si entente) tout a long de leurs tournées est révolu.

Reste posée la question de ce genre de communication et de son effet.

C'est une vieille ressource que de s'imaginer protégé par la diversion langagière. La jeune call girl devient une innocente cousine, le plancage de billets en Suisse une excursion aux sports d'hiver, les licenciements en masse une pudique "restructuration". Le toupet avec lequel ces choses sont dites semble garant de l'illusion.

Par un concours de circonstances qui commande la prudence, la Poste française est sous le feu de la critique du fait d'une vague de suicides et de situations de détresse individuelle sans précédent. Un collectif de cabinets d'expertise en santé du travail a rendu un rapport alarmant sur la dégradation des conditions de travail et l'augmentation des cadences de livraison du courrier, définies selon des modèles statistiques.

Imposer aux postiers une cavalcade minutée sur -littéralement en milieu urbain- des milliers de boîtes aux lettres fait certainement sens d'un point de vue gestionnaire. C'est une simple catastrophe du point de vue humain si cela n'est pas soutenu, encadré et subsumé par des valeurs et du sens, aménagé et co-construit avec les collaborateurs.

L'activité, du fait de l'évolution des modes et technologies de communication, est ébranlée comme c'est le cas de bien d'autres. A une époque, la poste n'existait pas et il n'est pas impossible qu'elle disparaisse un jour. La réalité socio-économique est à ce point plastique et évolutive qu'il est inévitable que des bouleversement parfois drastiques se produisent.

Ce qui pose question en revanche est l'intégrité, l'ancrage de sens et la dynamique institutionnelle à partir desquels ces évolutions sont vécues et gérées.

L'intégrité (une valeur cardinale dans les sciences actuelles du management) revient à assumer les responsabilités managériales dans la transparence, l'honnêteté et la sincérité, mais aussi la compétence symbolique. Si aux yeux de la génération Wall Street (The Movie)  il pouvait s'agir de valeurs dépassées, la recherche nous montre aujourd'hui son importance vitale pour un collectif. Parce qu'elle constitue la seule ressource apte à assurer la confiance et la solidarité entre les secteurs de travail et les niveaux hiérarchiques.

Annoncer courageusement la réalité, nommer les choses pour ce qu'elles sont, montrer une sensibilité aux impacts réels (pour les collaborateurs et les clients), sans se défiler derrière des formules tendancieuses, est le seul mode de communication efficace en situation de crise.

Là aussi, le premier réflexe est habituellement de cacher les difficultés. Ou de les nommer autrement pour les diluer. Avec de lourdes conséquences en termes de dégâts d'image et de confiance.

La Poste (comme les grandes entreprises de transport, les médias ou les banques) reste pourvue d'une forte valence dans l'imaginaire et la symbolique collectives.

Des décisions motivées par une approche essentiellement technocratique (conduisant par exemple des offices rentables à être malgré tout fermés...), annoncées sur un mode manquant d'intégrité et faisant l'impasse sur le sens sociétal et humain des mesures prises est un cocktail qui n'augure rien de bon pour la santé de l'entreprise.

 

 

 

 

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Commentaires

Bon, en gros et en deux mots, ce que vous nous racontez c'est qu'il faudrait revoir de fond en comble nos échelles de valeur et reléguer le profit au rang qu'il mérite. On se réjouit.

Écrit par : Pierre Jenni | 27/10/2016

Vous trouvez que vos billets sont un bon exemple pour la jeunesse?

Écrit par : Niezoto | 27/10/2016

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