09/11/2016

Trump : le choc, entre compétence symbolique, dominance simiesque et surdité

L'élection de Hillary Clinton ne devait faire aucun pli. S'étant imposée lors des débats télévisés face à un adversaire décrédibilisé par ses outrances, forte d'un large soutien ralliant des électorats déterminants (féminin et hispanique) jusqu'à des milieux traditionnellement républicains (grands journaux, milieux économiques et financiers),  Mme Clinton devait en toute logique voir tomber les Etats les uns après les autres dans son escarcelle.

Pourtant, certains observateurs avisés, comme le cinéaste Michael Moore,  signalaient qu'une certaine dynamique était à l’œuvre en-dessous du radar .

Quel que soit le résultat de l'élection (inconnu à l'heure où ce billet est rédigé), quelques premières pistes pour appréhender ce qui apparaît de toute manière comme un choc.


1/  La compétence symbolique est un élément fondamental de la communication. Communiquer, c'est bien sûr transmettre des idées, des informations, des analyses, mais plus encore du sens, des images, un au-delà des mots.  La communication sémiologique est précise, définie, arrêtée, la communication symbolique floue, dynamique, porteuse.

Les grands patrons comme les politiques (surtout ceux émanant de milieux juridiques, administratifs ou économiques) sont souvent mauvais dans ce registre, dont une des clés est le dévoilement de soi. En l'espèce, Donald Trump est un puissant communicateur, là où Hillary Clinton apparaît froide et dramatiquement peu inspirante.

On confond souvent compétence symbolique avec irrationalité et émotionnalité. Il est évident par exemple que les politiciens populistes sont souvent efficaces dans ce registre, portés par une force de colère et de dénonciation. Mais il est aussi de nombreux exemples de personnalités à forte compétence symbolique soutenant des positions tolérantes, ouvertes ou progressistes, Nelson Mandela et Barack Obama en constituant de bons exemples.

 

2/ Le magazine Cerveau & Psycho a publié dans son numéro de novembre deux articles fort intéressants en lien avec l'élection américaine. Le premier entreprend de classer certaines personnalités selon les critères psychopathologiques propres à la quête de pouvoir (voir mon billet précédent Vous reprendrez bien un peu de Sarkhollande?) Donald Trump y cartonne avec un score équivalent à celui de certains dictateurs du passé.

Lors de fortes tensions économiques et sociales, les groupes humains tendent à se raccrocher à des profils inclinant en ce sens. C'est certes navrant, mais c'est ainsi. Leur hyper-assurance capte de manière presqu'hypnotique l'insatisfaction et l'anxiété sociale.

 

3/ Le second met en regard les expressions non-verbales de Trump avec les mimiques de grands primates. La superposition est saisissante. Les rictus et gesticulations du mililardaire, bien troublants pour nous autres Suisses contenus et pondérés, sont bien ceux des primates dominants et dangereux. Il y aura assurément des décryptages primatologiques et sociobiologiques plus poussés à mener suite à cette élection...

 

4/ Les mails révélés par Wikileaks en attestent, les instances dirigeantes du Parti démocrate ont avantagé Mme Clinton face à Bernie Sanders. Calcul possiblement funeste. Toutes les analyses indiquent que vieux lion aurait  été bien plus percutant face à Trump, parce qu'aussi pugnace que lui face à certaines réalités qui préoccupent le corps électoral, qu'il osait mettre en lumière et nommer avec une forte compétence symbolique.

En choisissant Hillary Clinton, associée aux milieux politico-médiatico-économiques, les démocrates ont fait le pari du "système" contre le mécontentement (George W. Bush a voté blanc et son père pour Mme Clinton, c'est dire !) En confirmant leur tendance à la magouille, sacrée casserole du clan Clinton. Pari réussi en ce qui concerne le ralliement. Mais peut-être perdu devant le peuple...

 

5/ Le retour du politique. Eh oui, il est bien triste qu'il revienne ainsi. Mais le Brexit en avait donné un avant-goût : malgré le déni dans lequel se trouvent les autorités et les groupes de pression quant à son rejet par la population, le rouleau-compresseur libéralisant à tout va génère un fort sentiment de dépossession, aggravé par des évolutions qui laissent sur le carreau des pans entiers de la population.

Le refus de mesurer et prendre en compte cette résistance laisse le champ libre aux oppositions furieusement identitaires et ne s'embarrassant pas de rationalité dans leurs réponses. Mais la cause première réside en grande partie dans cette surdité systémique.

 

En définitive, Mme Clinton (même si elle est élue) ne s'est jamais montrée inspirante ou capable de générer un enthousiasme, un élan. Si elle devient présidente, ce sera un peu comme Hollande en France, par défaut et contre un profil dérangeant. Mais pas par ses qualités propres ou l'envergure de sa vision.

Dans un cas comme dans l'autre, les Américains ne sont pas sortis de l'auberge, et nous non plus...

 

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