21/02/2017

LE MOT LE PLUS DANGEREUX AU MONDE

Si nous vous faisons passer une IRM fonctionnelle –un gros aimant en forme de donut qui peut prendre une vidéo des modifications neurales qui se produisent dans votre cerveau- et apparaître devant vos yeux une image du mot « NON » pendant moins d’une seconde, vous pourrez constater la brusque production de plusieurs douzaines d’hormones et de neurotransmetteurs de stress. Ces substances biochimiques ont pour effet d’interrompre le fonctionnement normal du cerveau en perturbant la logique et la raison ainsi que les processus de langage et de communication.

En fait, voir simplement une liste de mots négatifs pour quelques secondes conduira une personne déprimée ou anxieuse à se sentir encore plus mal. Ruminer longuement ce type de pensées endommagera les structures de notre cerveau qui régulent notre mémoire, nos sentiments et nos émotions.


Toute forme de rumination négative –comme s’inquiéter pour son avenir financier ou sa santé-  stimulera la production de ces substances biochimiques nocives.

La pensée négative s’auto-perpétue et se renforce avec le temps : plus nous nous engageons dans des conversations négatives (au travail ou à la maison), plus il devient difficile de s’arrêter ! Les paroles négatives exprimées avec colère ou amertume sont celles qui produisent le plus de dégâts. Elles envoient de signaux d’alarme à travers l’entier du cerveau et du système nerveux, signaux qui interfèrent avec les centres de prise de décision du lobe frontal, ce qui augmente la propension à agir de manière inconsidérée et irrationnelle.

Les mots qui provoquent la peur –comme pauvreté, maladie, terrorisme ou mort- stimulent aussi le cerveau de manière négative. Et même si ces pensées ne correspondent pas à la réalité que nous vivons, d’autres parties du cerveau (comme le thalamus et l’amygdale) réagissent à ces peurs comme s’il s’agissait de menaces immédiates. En fait, notre neurologie est fortement prédisposée à l’inquiétude –un résidu évolutif des temps anciens où une multitude de menaces réelles existaient dans notre environnement.

Heureusement, nous pouvons agir sur cette propension naturelle. Par exemple en nous posant simplement la question : « Est-ce que ce à quoi je pense est réellement une menace à ma survie ? » Habituellement, la réponse est « non ». Le plus vite nous parvenons à interrompre la réaction de l’amygdale à une menace imaginaire, le plus facilement nous pouvons chercher des solutions aux problèmes que nous rencontrons dans notre vie. Et surtout, nous pouvons neutraliser le risque de créer un réseau automatique et permanent de négativité anxieuse.

Et si nous parvenons à identifier les pensées négatives récurrentes qui opèrent juste en-dessous de notre seuil de conscience (qui ne sont que la projection sur le présent et l’avenir de souvenirs douloureux), nous pouvons les reformuler dans une perspective plus juste et plus créative. Avec pour résultat un apaisement de l’anxiété et de la dépressivité, et une réduction du nombre de pensées négatives inconscientes !

Jean-Dominique Michel, anthropologue, et Mark Robert Waldman, professeur en neurosciences appliquées, Université Loyola-Marymount (Los Angeles)

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