14/03/2017

APPRENDRE ET MEMORISER EN UTILISANT LES SPECIFICITES DU CERVEAU 

Malgré les immenses progrès réalisés en psychologie et en sciences sociales, notre système éducatif n’a pas beaucoup évolué au cours des deux cent dernières années. La recherche en neurosciences montre pourtant que la relaxation, la créativité, l’imagination et l’intuition ont autant d’importance que les modes d’apprentissage traditionnels. Par exemple, la clé pour tirer le meilleur profit de n’importe quelle conférence, livre, cours ou émission audiovisuelle consiste à faire des aller-retours fréquents entre des moments de concentration intense et de brèves périodes de détente. Ce qui réduit le stress cérébral, prévient les décrochages d’attention et permet à votre cerveau d’absorber efficacement l’information nouvelle.


Lorsque nous nous concentrons sur une tâche précise, nous mobilisons de manière intense une petite partie de nos lobes frontaux. Le cerveau ne peut toutefois rester en mode focalisé que pour de brèves périodes de temps, de l’ordre de 5 à 20 minutes. La production de neurotransmetteurs et neuropeptides spécifiques s’épuise alors et nous commençons à être distraits. Plutôt que de contrarier cette inclination, les nouveaux modèles d’apprentissage (comme le BELL – acronyme pour Brain Science Experiential Learning and Living) recommandent plutôt de s’immerger dans ce processus de rêverie, un processus hautement créatif qui assure l’encodage de l’information dans la mémoire à long-terme et stimule l’intelligence globale.

Si vous vous autorisez cette inconvenance pendant quelques dizaines de secondes, vous vous surprendrez à être revitalisés dans votre énergie et votre plaisir d’apprendre. C’est une simple conséquence de la libération de dopamine dans votre noyau accumbens, le centre de la motivation du cerveau. Selon les chercheurs de l’Université d’Edimbourg, quelques minutes de repos conscient à l’issue d’une période d’activité focalisée ou de confrontation à un problème particulier crée les « conditions optimales pour la consolidation des souvenirs ». Vous apprendrez plus rapidement, vous aurez de meilleures performances à n’importe quel test et votre performance générale au travail sera améliorée.

Donc à chaque fois que vous vous trouvez activement engagés dans de l’apprentissage (ou de la prise d’information importante), nous vous recommandons de vous autoriser à entrer et sortir fréquemment de l’état de conscience habituel. Et de faire de fréquentes pauses, en notant au passage toutes les prises de conscience intuitives que vous pourrez faire en cours de route.

 

Intuition et compréhension élargie

Apprendre quelque chose de nouveau et changer de vieilles manières d’agir et de penser, implique de nombreux niveaux de conscience non verbaux. Contrairement à ce que l’on croit souvent, l’essentiel de notre intelligence est non-verbale ! Pensez-y : quand nous comprenons quelque chose d’important, la lumière s’allume dans un mouvement d’intelligence global, et c’est seulement quelques secondes après que nous parvenons, tant bien que mal, à le verbaliser. Or la seule manière d’accéder à cette modalité de pensée élargie est d’interrompre notre manière habituelle de réfléchir et de percevoir le monde.

L’intuition n’est pas un langage verbal, mais plutôt ce que les psychologues appellent un « senti » -une sorte de sentiment impressioniste qui aide le cerveau à résoudre des problèmes d’une manière hautement efficace, et qui ne dépend pas des compétences analytiques du lobe frontal. En fait, cette faculté transcende la connaissance « logique » et constitue une des ressources les plus importantes dont nous disposions.

La répétition est bien sûr également essentielle à la consolidation mnésique, mais le cerveau s’ennuie vite si nous répétons encore et encore les mêmes stimuli. Pour garder ses centres de la motivation activés, le cerveau cherche en permanence de le nouveauté. Tout ce qui est nouveau et différent attire notre attention, donc une option intéressante lorsque nous établissons un nouvelle habitude ou apprenons quelques chose de nouveau est de varier nos routines. Prenons par exemple des informations clés à mémoriser et répétons-les à voix haute, à voix basse puis mentalement. Traduisons-les dans une autre langue ! Chantons-les ou jouons-les ! Ecrivons-les sur des petits bouts de papier et cachons-les dans des tiroirs ou dans le frigo !

 

Friands de nouveauté !

Le neurologue Emrah Düzel explique comment la nouveauté nous motive et approfondit l’expérience d’apprentissage. « Quand nous nous trouvons face à quelque chose de nouveau, nous regardons s’il y a un potentiel de gratification qui lui soit lié. C’est ce qui nous motive à explorer notre environnement dans l’espoir de trouver de nouvelles sources de plaisir ». La nouveauté et l’innovation libèrent de la dopamine, ce qui donne une agréable petite poussée d’énergie. C’est un peu comme contempler un diamant : chaque joyau de sagesse a différentes facettes, mais il est important de le contempler depuis plusieurs points de vue pour en apprécier toute la beauté.

La créativité et l’innovation ne devraient pas être des domaines réservés à quelques petits cercles confinés à qui l’on délègue ce registre. Elles auraient au contraire à être une source d’inspiration centrale de nos activités. Car la routine, elle, tarit la sensibilité au réel. Lorsque nous avons l’impression de tourner en boucle dans le connu, nous en venons même à ne plus savoir voir ce qui est là.

Bien des naufrages ou des dysfonctionnements à travers l’histoire ont été provoqués par des erreurs d’appréciation liées à l’inaptitude à percevoir la nouveauté. Quand on relève la tête, le monde ou les circonstances ont changé… et l’on n’avait rien vu arriver. C’est une clé aussi pour vivre le présent : savoir y déceler ou y injecter de la nouveauté !

                                                        

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

 

Références :

BELL  : "Personal Inner Values – A Key to Effective Face-to-Face Business Communication," Manning, Chris A.; Waldman, Mark R.; Lindsey, William E.; Newberg, Andrew B.; and Cotter-Lockard, Dorianne , Journal of Executive Education: Vol. 11 : Iss. 1 , (2012)

Boosting long-term memory via wakeful rest: intentional rehearsal is not necessary, consolidation is sufficient. Dewar M, Alber J, Cowan N, Della Sala S. PLoS One. 2014 Oct 15;9(10):e109542.

Rest Boosts the Long-term Retention of Spatial Associative and Temporal Order Information. Craig M, Dewar M, Della Sala S, Wolbers T. Hippocampus. 2015 Jan 24.

Brief wakeful resting boosts new memories over the long term. Dewar M, Alber J, Butler C, Cowan N, Della Sala S. Psychol Sci. 2012 Sep 1;23(9):955-60.

The role of edge-sensing in experiential psychotherapy. Glanzer D, Early A. Am J Psychother. 2012;66(4):391-406.

Better without (lateral) frontal cortex? Insight problems solved by frontal patients. Reverberi C, Toraldo A, D'Agostini S, Skrap M. Brain. 2005 Dec;128(Pt 12):2882-90.

Absolute coding of stimulus novelty in the human substantia nigra/VTA. Bunzeck N, Düzel E. Neuron. 2006 Aug 3;51(3):369-79.

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