20/03/2017

A peine conscient ou pleinement conscient ?

Un consensus existe à l’heure actuelle entre neuroscientifiques : tous les mammifères sont dotés de conscience. Nous développons une attention à notre environnement, nous prenons des décisions qui ne sont pas déterminées par nos instincts, nous nous souvenons de nos erreurs et apprenons d’elles, et nous développons des comportements et des habitudes qui nous dotent d'une personnalité singulière. Même la petite souris met à profit les ressources créatives de son lobe frontal pour améliorer la qualité de sa vie.  Et ressent la gamme d’affects fondamentaux qui sont les nôtres (recherche, peur, prendre soin, rage, chagrin, attirance sexuelle, jouerie).

Avec chaque étape de l’évolution des espèces, la capacité de conscience augmente et les énormes lobes frontaux de l’espèce humaine nous dotent de la capacité de créer d’étonnants systèmes de croyance… sur à peu-près tout ! Nous créons des idéologies sophistiquées, des notions extraordinairement complexes au sujet de l’amour ou de Dieu, et inventons toutes sortes de technologies dont nous ne savons pas toujours quoi faire.


Mais il y a un hic : nous faisons tout cela la plupart du temps avec la conscience limitée d’un enfant de 12 ans ! Heureusement, le cerveau humain dispose d’une capacité supplémentaire : nous pouvons contempler le fonctionnement de notre propre esprit.

Lorsque nous pratiquons la conscience réflexive, une transformation neurale se produit : nous renforçons les connections entre différentes parties de notre cerveau. Nous commençons à saisir les motifs et les effets de nos comportements et combien nous sommes régis par de vieilles habitudes et de vieux modes de pensée. Nous découvrons qu’il y a une différence fondamentale entre la conscience ordinaire et la pleine conscience, une capacité qui est gouvernée par un réseau cérébral spécifique.

Si nous pratiquons la conscience réflexive pendant quelques minutes chaque jour, nous stimulerons quelques-unes des structures évolutionnaires les plus récentes du cerveau (en particulier l’insula et le cortex cingulaire antérieur) qui nous conduisent à devenir plus conscients socialement et à nous connecter aux autres. Nous pouvons même réduire la taille de l’amygdale, cette structure impliquée dans la réactivité émotionnelle, et ressentir moins de peur et de colère. Nous pouvons altérer notre thalamus et changer notre perception de la réalité, et même connaître une amplification des capacités de notre lobe frontal, en particulier de nos compétences intuitives, créatives et décisionnelles.

Il suffit de réserver 10 à 20 minutes chaque jour (ou même une minute chaque heure tout au long de la journée !) pour simplement observer avec une neutralité bienveillante les pensées et sentiments qui traversent continuellement notre champ de conscience. En restant complètement détendu, vous ouvrez la porte à l’émergence de prises de conscience étonnantes, qui peuvent même parfois vous conduire à réinventer votre vie ! C’est là la différence entre être à peine conscient et être pleinement conscient.

Au cours de la décennie écoulée, des programmes de formation à la pleine conscience se sont répandus dans les hôpitaux, les universités, les prisons mais aussi auprès de forces de l’ordre et des équipes de secours dans de nombreux pays. Avec souvent comme but premier la gestion du stress, mais une gamme de bénéfices bien plus étendue. Un groupe interparti propose depuis 2015 des ateliers aux parlementaires britanniques, auxquels 115 députés et 80 attachés ont déjà participé.

Entre la pleine conscience, l’apprentissage de modes de communication coopérative et de processus décisionnels basés sur l’intelligence collective, les parlements du monde entier peuvent sans doute aspirer à trouver une manière plus éclairée de conduire leurs travaux… tout comme chacun d’entre nous !

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

22:13 Publié dans Neurosciences | Lien permanent | |  Facebook | | | |