31/03/2017

Rien ne se passe? Comme c'est magnifique!

par Mark Robert Waldman, Faculty, Executive MBA, Loyola-Marymount University

J’ai pratiqué la méditation pendant plus de 20 ans avant de finir par comprendre ! Je m’étais mis à pratiquer parce que certains affirmaient que cela m’apporterait une forme d’illumination, une de ces expériences incroyables qui donne accès à d’autres dimensions de la réalité ou même la Vérité. Quand j’ai commencé à conduire des recherches en neurosciences, les effets de la méditation sur le cerveau m’ont tellement impressionné que j’ai redoublé d’ardeur dans ma pratique. Mais rien de particulier ne s’est produit.


Des années de recherche m’ont toutefois apporté des éléments de réponse. D’abord, personne ne m’avait dit à quel point il était important de se détendre. Ensuite, personne ne m’a montré COMMENT me détendre (en fait, respirer profondément augmente le stress alors qu’une respiration douce et régulière apaise le cerveau.) En ce qui concerne le stress neurologique et mental, le bâillement est le moyen le plus rapide de provoquer le réflexe de détente ! Par ailleurs, personne ne m’avait appris comment rester focalisé avec attention (écouter le son d’une cloche alors qu’il s’estompe progressivement est la stratégie que nous enseignons actuellement à nos étudiants.)

Il y a douze ans, je me suis trouvé confronté à une des expériences les plus stressantes de ma vie lorsque ma femme a développé un cancer. Mon esprit était malade d’inquiétude, mais je savais que si je ne faisais rien, le cerveau de ma femme se mettrait en résonnance avec mon anxiété. Je me suis donc forcé à pratiquer la Pleine Conscience (Mindfulness), à observer toute cette agitation mentale sans jugement. Alors, quelque chose de remarquable s’est produit : il ne s’est rien passé. Les pensées allaient et venaient, et je restais calme, même serein. C’est sans doute le meilleur cadeau que nous pouvons offrir à une personne en souffrance, et c’est une des plus grandes leçons que j’aie apprises.

J’ai passé les quinze dernières années à cartographier avec le Pr Andrew Newberg les processus cérébraux impliqués dans les états de sérénité émotionnelle et de paix intérieure, et la leçon de fond demeure : quand nous nous sentons inquiets, anxieux, livrés au doute ou déprimés, les parts archaïques de notre cerveau réagissent comme si quelque chose de menaçant se produisait dans la réalité extérieure. Mais ce n’est simplement pas vrai. Nos angoisses ne sont que des fantasmes flottant sur l’onde de nos cerveaux imaginatifs.

En pratiquant la Pleine Conscience –en continuant à observer pensées et émotions sans jugement, avec une neutralité bienveillante- de petites pépites de lucidité apparaissent à la surface de la conscience. Ces petites révélations modifient progressivement le fonctionnement et les structures du cerveau d’une manière qui nous permet de changer nos vieux comportements et nos vieilles pensées, et de découvrir ce qui nourrit vraiment notre besoin de valeurs et de sens, et de poursuivre des objectifs qui en valent vraiment la peine.

Un jour où je me plaignais à un de mes enseignants du peu de changement que je retirais de la méditation, il me répondit avec un sourire : « Rien ne se passe ? Comme c’est magnifique ! » Selon beaucoup de traditions mystiques et philosophies orientales, c’est le début de l’extinction de la souffrance !

13:48 Publié dans Neurosciences | Lien permanent | |  Facebook | | | |