24/04/2017

Pourquoi nous communiquons tous très mal (et comment améliorer les choses)

Eh oui, nous sommes de mauvais communicateurs, sans le vouloir et sans même nous en rendre compte ! Pour une raison neurologique : le cerveau humain ne peut enregistrer et comprendre précisément le sens que de 5 à 10 mots à la fois. Soit une seule phrase, d’une durée d’une dizaine de secondes.

Or la plupart du temps, nous parlons pendant deux à trois minutes avant de faire une pause. Ce qui veut dire que l’auditeur ne pourra retenir au mieux que 1/20ème de ce que nous aurons dit… et probablement pas ce qu'il nous tenait à cœur de communiquer. Son propre cerveau aura été attiré par les mots les plus significatifs pour lui, avec une sensibilité particulière à tout ce qui peut paraître inquiétant ou dangereux ! Ce n’est dès lors pas étonnant qu’il y ait autant de malentendus entre les gens.


Quand nous enseignons les stratégies de communication à des étudiants, des enseignants, des soignants, des avocats ou des chefs d’entreprise, nous leur proposons un jeu. C’est un exercice qui améliorera votre communication au travail comme à la maison (et même dans la chambre à coucher). Il est amusant et obligera votre cerveau à trouver rapidement les meilleurs mots pour dire ce que vous avez à dire. Nous l’appelons le jeu « 10/10 » : 10 doigts, 10 mots et vous arrêtez de parler !

Trouvez un ami, un collègue ou un membre de votre famille avec qui en faire l’expérience. Commencez par lever vos mains devant vous, les poings fermés. Quand vous parlez, levez un doigt pour chaque mot que vous prononcez. Quand vos dix doigts sont levés, vous vous arrêtez et c’est à votre interlocuteur de parler. Ecoutez alors sa réponse (ses dix mots) en prêtant une attention particulière à son expression faciale et au ton de sa voix.

En 4 minutes, vous commencerez à avoir un dialogue profondément intime, et si vous utilisez cette pratique au travail, vous arriverez à résoudre des problèmes en littéralement quelques minutes. Il est même possible de concevoir une stratégie d’entreprise en seulement 20 minutes en utilisant cette procédure avec votre équipe ! Et à la maison, vous éteindrez les conflits avant même qu’ils apparaissent, parce que ce mode de communication ne laisse pas d’espace aux dérapages émotionnels.

                 

Lorsque nous proposons cet exercice dans le cadre d’un atelier de formation, la plupart des gens réagissent : « Ce n’est pas possible » disent-ils, « j’ai besoin d’expliquer les choses en détail pour que l’autre puisse comprendre ». C’est simplement faux ! Mais il faut passer par l’expérience pour constater que quelques minutes de brefs aller et retours de parole sont bien plus efficaces.

Au début, cela fait bien sûr un peu bizarre, mais en fait compter sur ses doigts ralentit la pensée (comme lorsque l’on écrit à la main) et aide votre cerveau à sélectionner des mots précis qui transmettent le sens que vous voulez communiquer. Parler lentement aide aussi la compréhension neurale de votre partenaire, et contient l’anxiété ou de l’irritation, deux états émotionnels qui font facilement dérailler le processus de communication.

Vos enfants adoreront ce jeu parce qu’il leur donne le sentiment d’être réellement écoutés. Pratiquez-le avec seulement trois personnes et vous observerez que votre manière de communiquer aura déjà commencé à changer.

 

Bien sûr, de nombreuses situations requièrent des explications ou des éclairages qui ne peuvent être résumés en dix mots. Mais si vous veillez à la concision et à la clarté de votre message, ce sera plus facile à vos interlocuteurs de vous comprendre.

Il ne s’agit que d’un exercice, mais d’une manière générale, il est recommandable de s’en tenir à des séquences de parole 20 secondes au plus. C’est le temps nécessaire à énoncer trois phrases, le maximum si vous énoncez un point-clé ou un concept important au cours d’une conversation.

Si vous accumulez les phrases, vous commencerez à brouiller l’esprit de votre interlocuteur. Celui-ci basculera alors en mode défensif, ce qui rétrécit les connexions avec le cortex frontal, et la possibilité d’avoir une communication ouverte et constructive sera automatiquement obérée.

Oui, nous communiquons tous mal, ou plutôt : nous sommes de bons communicateurs de beau temps, quand nous devisons avec légèreté sur des sujets de peu d’importance. Quand quelque chose nous tient à cœur ou nous affecte, nous suivons alors sans le vouloir une pente qui nous complique sacrément la vie !

 

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

10:03 Publié dans Neurosciences | Lien permanent | |  Facebook | | | |