03/07/2017

VOUS MOUREZ D‘ENVIE DE CONVAINCRE QUELQU’UN QUI REFUSE DE VOIR LES CHOSES TELLES QU’ELLES SONT ? LAISSEZ TOMBER !

Une recherche décrite dans le numéro de janvier de Scientific American montre que plus vous essayez de convaincre une personne qu’un croyance erronée à laquelle elle tient est fausse, plus elle s’y accrochera, en particulier s’il s’agit d’une idée conspirationniste ou attribuant de la malveillance à autrui. Les coléreux deviennent encore plus fâchés, les bigots encore plus intolérants, les xénophobes encore plus racistes, les abuseurs encore plus abusifs. Et ceux qui sont en désaccord avec vous auront encore plus de mépris à votre égard, même et surtout si vous avez raison.

Alors, que pouvez-vous faire ? La recherche en neurosciences a souligné l’importance du scepticisme : c’est la seule attitude qui permette de questionner nos propres biais de pensées et croyances erronées. Et comme nos idées de la réalité sont (pour des raisons neuropsychologiques) par définition largement fausses, il s’agit de la seule posture intellectuellement honnête… et relationnellement saine.

Là où cela se complique, c’est que l’incertitude est en soi une cause de stress neural ; et que plus une personne ou une société dans son ensemble est ébranlée ou en proie à des tensions, plus elle plébiscite  des réponses simplistes. Une récente étude de l’INSERM a montré qu’une enfance vécue dans la précarité et l’insécurité prédispose à voter pour un mode de leadership autoritaire à l’âge adulte. Les dirigeants autoritaires, eux, feront tout ce qui est en leur pouvoir pour restreindre la liberté de parole de ceux qui sont en désaccord avec eux.

Quand il s’agit de relations personnelles, le mieux est de rester compassionnel et aimable lorsque nous confrontons les biais et les erreurs de pensée de nos proches. La composante identitaire de l’attachement à des croyances erronées est forte, et toute confrontation trop directe ne peut que conduire à l’inverse de l’effet escompté.

Et si vous faites face à des interlocuteurs extérieurs engoncés dans des certitudes fallacieuses, notre conseil : soyez respectueux de votre temps et de votre énergie en le consacrant à quelque chose d’agréable ou d’utile plutôt qu’à la tâche illusoire d’essayer de leur ouvrir l’esprit !

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

 

Références :

Michael Shermer, How to Convince Someone When Facts Fail, Scientific American, 1er janvier 2017

Lou Safra, Yann Algan, Teodora Tecu, Julie Grèzes, Nicolas Baumard & Coralie Chevalier, Childhood harshness predicts long-lasting leader préférences, Evolution and Human Behavior, mai 2017

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