22/11/2017

DOPEZ-VOUS A LA GRATITUDE !

Les neurosciences nous apportent aujourd’hui des perspectives sacrément intéressantes avec, comme toute discipline en vogue, un effet de mode et des déclinaisons parfois agaçantes.

Leur développement débouche toutefois sur des possibilités d’application capables, ni plus ni moins, de transformer la manière que nous avons d’habiter notre conscience – et donc de vivre nos vies. Par l’utilisation de petites stratégies pragmatiques et concrètes qui font une sacrée différence. Et nous ouvrent la possibilité de coopérer activement avec notre conscience, notre sensibilité, nos affects (orchestrés par notre cerveau) au lieu de juste les subir tels qu’ils se présentent. Petite illustration autour du thème de la gratitude…


Cultiver la gratitude pendant quelques minutes par jour peut modifier notre fonctionnement cérébral d’une manière qui augmente la confiance en soi, l’humeur, l’amour de soi ainsi que la capacité à ressentir de la compassion pour les autres. Lorsque nous faisons l’expérience de sentiments profonds de gratitude, nous renforçons automatiquement les circuits « éthiques » du cerveau impliqués dans la conscience des autres et la prise de décision équitable. Il est ainsi possible d’aider nos enfants à développer leur compétence sociale – par exemple simplement en les encourageant à mettre par écrit, chaque jour, tout ce pour quoi ils ressentent de la gratitude dans leur vie. Dans une recherche éclairante citée en référence, on demanda à 221 jeunes adolescents de tenir un « journal de gratitude » pendant trois semaines : leurs niveaux de bien-être, d’optimisme et de satisfaction dans la vie augmenta de manière remarquable.

L’expérience de la gratitude peut même changer votre vie professionnelle ainsi que votre relation avec l’argent ! En étudiant des professionnels du monde des affaires, une relation directe a pu être établie : ceux qui pratiquaient naturellement la gratitude au quotidien étaient plus patients, se sentaient plus en harmonie avec eux-mêmes, et étaient moins matérialistes que ceux qui n’en avaient pas l’habitude.

D’où l’idée de petites stratégies utiles et bienfaisantes : si vous prenez l’habitude de rédiger de petits textes dans lesquels vous décrivez et comptez vos bénédictions (comme on aurait dit autrefois !), vous pouvez littéralement stimuler et développer les réseaux neuronaux impliqués dans la créativité et les attitudes constructives. Et donc être bien mieux outillés affectivement pour vivre votre vie d’une manière riche et féconde.

La recherche est tout-à-fait robuste : les personnes qui s’engagent dans de telles pratiques sont simplement plus heureuses, plus efficaces, et plus résilientes. Elles témoignent d’une meilleure santé physique et psychique, adoptent de meilleures habitudes de vie et ont plus de facilité à demander de l’aide pour leurs difficultés de santé. Quand les enfants et les adolescents s’y mettent, leurs résultats scolaires progressent, leur stress diminue, les relations familiales s’améliorent et les comportements à risque déclinent. Et on voit apparaître –quelle que soit la forme que la personne choisisse de lui donner- un intérêt envers la spiritualité.

« Ok, ok » pourrez-vous dire, « alors quoi ? » Pour montrer la beauté et l’intérêt de l’application de petites stratégies de neurosciences appliquées, laissez-nous vous proposer l’expérience suivante : prenez une feuille de papier et notez un sentiment, une pensée ou une émotion négative avec laquelle vous vous débattez ces temps-ci.

Ecrivez ensuite trois motifs de gratitude actuels dans votre vie, en vous accordant de ressentir la vitalité de votre reconnaissance, de vous laisser toucher. Notez ensuite un acte de bonté que vous ferez dans les heures qui viennent pour quelqu’un d’autre. Visualisez-vous en train de réaliser cette action, ainsi que la réaction possible de la personne concernée. Fermez ensuite les yeux et laissez-vous glisser dans un état méditatif, en observant et savourant la manière dont vous vous sentez. Voilà ! Vous venez de renforcer les circuits cérébraux de l’empathie, de la bienveillance et de l’amour de soi.

Si vous prenez l’habitude de terminer chacune de vos journées de la sorte, votre estime de soi et votre confiance en vos ressources s’améliorera de manière spectaculaire. Et si vous terminez votre journée de travail en notant trois choses que vous sentez fier d’avoir accompli ce jour-là, vous échapperez au redoutable sentiment de ne jamais faire assez bien et de ne pas arriver au bout de vos tâches, distorsion cognitive dont à peu près tout le monde souffre aujourd’hui.

 

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

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SOURCES:
Neural correlates of gratitude. Fox GR, Kaplan J, Damasio H, Damasio A. Front Psychol. 2015 Sep 30;6:1491.

The effects of gratitude expression on neural activity. Kini P, Wong J, McInnis S, Gabana N, Brown JW. Neuroimage. 2016 Mar;128:1-10.

Gratitude: A Tool for Reducing Economic Impatience. DeSteno D, Li Y, Dickens L3, Lerner JS. Psychol Sci. 2014 Apr 23;25(6):1262-1267

Why are materialists less happy? Jo-Ann Tsang, et.al. Personality and Individual Differences. 2014 July; 64:62–66

The effects of counting blessings on subjective well-being: A gratitude intervention in a Spanish sample. Martínez-Martí M. L., Avia M. D., Hernández-Lloreda M. J. Spanish Journal of Psychology. 2010 Nov; 13(2):886-96.

Counting blessings in early adolescents: An experimental study of gratitude and subjective well-being. Froh J. J., Sefick W. J., Emmons R. A. Journal of School Psychology. 2008 Apr; 46(2):213–33. Epub 2007 May 4.

 

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