Cerveau : la grande aventure

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Vous n'êtes pas qui vous croyez être. Et vous n'avez pas eu la vie que vous croyez avoir vécue. Le saviez-vous ?!

La compréhension du cerveau est la grande aventure scientifique de notre temps. À travers le monde entier, des milliers d'équipes de recherches scientifiques travaillent d'arrache-pied dans des laboratoires pour décrypter les fonctionnements de ce fabuleux organe.

C'est une des caractéristiques de la démarche scientifique que d'être lente. Autant une révélation spirituelle ou une production artistique peut apparaître du jour au lendemain, autant la démarche scientifique avance de manière méticuleuse et prudente, avec un temps de décalage entre l'annonce d'une possible découverte et sa confirmation éventuelle - dépendant de sa réplication par d'autres équipes.

La révolution numérique, à l'origine des progrès de l'imagerie médicale, a permis de voir littéralement à l'intérieur du cerveau. Ce cerveau dont le paradoxe est que si nous vivons en quelque sorte par lui et à travers lui, nous étions jusqu'à peu profondément ignorants de ses caractéristiques et de son fonctionnement.

Le cerveau, pour le décrire ainsi, est cette collectivité de cent quatre-vingt (selon les estimations actuelles) milliards de cellules pilotant l'ensemble de nos processus vitaux, encloses dans une sorte de coffre-fort physiologique.

La question de la conscience reste une des grandes énigmes auxquelles nous sommes confrontés. Elle échappe encore en tant que phénomène à toutes nos possibilités actuelles d'explication. Il s'agit d'une question à laquelle il se peut que nous ne trouvions jamais de réponse : comment une république, une civilisation de cellules peut-elle chez l'être humain et d'une manière profondément différente de ce que nous connaissons du monde animal, faire émerger une personnalité capable de s'observer et d'être consciente d'elle-même ? Les mystiques de leur côté proposent depuis longtemps cette perspective vertigineuse que l'esprit humain est le lieu où l'Univers devient conscient de lui-même...

La réponse à cette question "dure" pourrait bien nous échapper à tout jamais, tout comme il est impossible à un chimpanzé de comprendre les mathématiques malgré les 99% de gènes que nous avons en commun.

Cette question est bien sûre en partie philosophique, mais elle a aussi un ensemble d'implications anthropologiques, psychologiques, médicales, sociologiques, qui attisent d'autant l'ardeur des chercheurs.

Si certaines réponses apportées par la science ne sont guère plus que des confirmations ou des infirmations de ce que nous supposions, d'autres découvertes sont de véritables remises en question de ce que nous croyions savoir de nous-mêmes.

Pour donner un exemple de la force de tels constats, voici quelques questions posées de manière évidemment provocatrice, mais à partir de données scientifiques désormais incontestables... Saviez-vous ainsi que :

 

- Que vous n'êtes pas la personne que vous croyez être ?

Notre "image de soi" est en effet distordue de multiples manières. Ce que nous nous racontons à notre propre sujet est toujours au moins passablement éloigné de la réalité de qui nous sommes ! Ce que Giuliana Mazzoni, professeur en neuropsychologie à l'Université de Hull, a résumé par la tonique formule : Le "vrai moi" est un mythe – nous construisons en permanence de faux souvenirs pour créer l'identité que nous voulons.

 

- Que vous n'avez pas eu la vie que vous croyez avoir vécue ?

Nos souvenirs ne sont jamais exacts. Le cerveau sélectionne les éléments clés et les intègre dans la mémoire à long terme en les mélangeant à toutes sortes d'associations pertinentes (meaningful) mais objectivement fausses. Quand vous vous souvenez d'eux, ils changent souvent sans que vous le sachiez !

 

- Que votre perception de la réalité extérieure, à n'importe quel moment, est pour l'essentiel imaginaire - et en grande partie fausse ?

Contrairement à ce que nous avons longtemps cru, le cerveau ne perçoit pas le monde tel qu'il est, il le devine ou plutôt infère ce qui paraît le plus probable sur la base de ses présupposés et de ses expériences. Nous devinons dans l'ensemble plutôt pas trop mal, mais avec toujours une importante marge d'erreur et d'inattention.

 

L'inconfort que ces découvertes peuvent générer nous met face à une alternative : soit nous faisons comme si rien de cela n'avait été découvert et continuons à vivre comme avant. Soit nous acquérons des connaissances plus justes et plus pertinentes de ce que nous sommes et de ce qui se joue dans notre cerveau. Et nous pouvons alors apprendre à coopérer avec cet extraordinaire organe, pour mieux vivre nos vies, en tenant compte de ses besoins ainsi que de ses fragilités.

 

Quelques références :

von Bartheld CS, Bahney J, Herculano-Houzel S. The search for true numbers of neurons and glial cells in the human brain: A review of 150 years of cell counting. J Comp Neurol. 2016 Dec 15;524(18):3865-3895.

Mazzoni Giuliana, The ‘real you’ is a myth – we constantly create false memories to achieve the identity we want, The Conversation, September 19, 2018

O'Callaghan & al., Predictions penetrate perception: Converging insights from brain, behaviour and disorder, Conscious Cogn. 2017 Jan;47:63-74.

Den Ouden HEM, Kok P & De Lange FP, How Prediction Errors Shape Perception, Attention, and Motivation, Front Psychol. 2012; 3: 548.

Critchley H & Seth, A Psychophysiology of neural, cognitive and affective integration: How theoretical perspectives align with evidence from brain imaging. Autonomic Neuroscience, 177(2), 305–306 (2013). 

Reyna VF, Corbin JC, Weldon RB, Brainerd CJ, How Fuzzy-Trace Theory Predicts True and False Memories for Words, Sentences, and Narratives., J Appl Res Mem Cogn. 2016 Mar 1;5(1):1-9.

Julia Shaw, The Memory Illusion, Random House Books, Apr 2017

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