Toucher auto-apaisant : une stratégie très négligée pour l'équilibre émotionnel et la santé du cerveau

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De nombreuses études documentent l'importance du toucher doux, de l'étreinte (en anglais : hug), de la caresse, du massage et du contact physique pour le maintien de la santé ainsi que d'un sentiment de sécurité chez les nourrissons, les enfants, les adultes et même les animaux. La recherche suggère que le "bon" type de toucher (aimant, sans connotation ou intention sexuelle) peut faire baisser la tension artérielle et le taux de cortisol dans le sang, ainsi que stimuler la production de sérotonine, de dopamine, de noradrénaline et d'ocytocine.

Ces changements sont temporaires et les avantages disparaissent peu après avoir été touché. Ceci explique sans doute pourquoi les thérapies impliquant le massage et le toucher présentent apparemment peu d'avantages à long terme pour réduire le stress physique, l'anxiété et l'inconfort psychosomatique.

Cependant, ces mêmes études appuient fortement la stratégie que nous avons adoptée en NeuroCoaching, qui consiste à utiliser un toucher auto-apaisant sur son propre corps, ou encore à étreindre et caresser un objet mou (oreiller, animal en peluche, couverture) lors du traitement de souvenirs douloureux. L'expérience du plaisir, du confort et de la chaleur tout en se remémorant des événements émotionnellement troublants crée une dissonance ou une incongruité neurologique qui perturbe le processus de reconsolidation de la mémoire tel que décrit par les travaux décisifs de Joseph LeDoux.

Le toucher auto-apaisant peut aussi aider les personnes à s'endormir plus facilement. Une autre innovation intéressante en ce sens est celle des couvertures lestées (par cinq à dix kilos de microbilles de verre) qui semblerait améliorer le sommeil chez 70% des sujets en générant une pression agréable.

La plupart des recherches sur l'auto-apaisement par le toucher portent sur la libération d'ocytocine, un neurotransmetteur qui est produit par l'hypophyse, située au sommet du tronc cérébral. L'ocytocine est habituellement associée aux liens sociaux, à l'intimité entre mère et nourrisson, entre partenaires en couple ainsi qu'entre humains et animaux -caresser tendrement son animal domestique ou son conjoint(e) fait ainsi rapidement baisser la pression artérielle. D'autres chercheurs ont suggéré qu'une augmentation de l'ocytocine pourrait accroître la sensibilisation sociale et la capacité d'éprouver plus d'empathie, de confiance et de compassion envers les autres.

Considérez ceci : quelle autre forme d'activité pourrait aussi facilement et rapidement générer un sentiment de sécurité, de tranquillité et de confiance en soi ? Ces aptitudes essentielles à l'autonomie émotionnelle sont facilement compromises lorsqu'un enfant ou un adulte subit de la violence physique, des mauvais traitements, de l'intimidation ou des moqueries au sujet de son apparence. Un groupe de chercheurs a montré que les pleurs constituent également un comportement auto-apaisant qui permet de libérer des sentiments et des pensées négatives, améliorant l'humeur. En d'autres termes, pleurer est une forme de régulation homéostatique.

Le diagramme mis en exergue (tiré de l'article rédigé par Kerstin Uvnäs-Moberg et ses collègues) montre comment les comportements d'auto-apaisement stimulent les structures clés du cerveau de manière positive. Cela comprend le noyau accumbens (curiosité et motivation), la substance grise périaqueducale (stimulation émotionnelle positive, apaisement de la douleur et de la défense), l'amygdale et l'hippocampe (mémoire et évaluation émotionnelle), ainsi que les zones du lobe frontal (imagination et évaluation cognitive).

 

 Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

 

Références :

Uvnäs-Moberg K, Handlin L & Petersson M, Self-soothing behaviors with particular reference to oxytocin release induced by non-noxious sensory stimulation, Front Psychol. 2015 Jan 12;5:1529

Ledoux J, Rethinking the emotional brain, Neuron. 2012 Feb 23;73(4):653-76.

Ein N, Li L & Vickers K, The effect of pet therapy on the physiological and subjective stress response: A meta-analysis, Stress Health. 2018 Oct;34(4):477-489.

Gračanin A et al., Is crying a self-soothing behavior? Front Psychol. 2014 May 28;5:502.

Ackerley R, Badre G & Olausson H, Positive Effects of a Weighted Blanket on Insomnia, Journal of Sleep Medecine & Disorders, 25 May 2015.

 

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