Quelles sont les meilleures neuro-astuces pour la mémorisation ?

Imprimer

On nous pose souvent cette question, et nous en avons écrit des centaines... mais nous n'arrivons pas à nous souvenir d'où nous les avons mises ! Oui, c'est une blague, mais il y a de la vérité dans le propos. Voici quelques points à considérer :

  1. Les souvenirs ne sont pas des représentations exactes d'événements passés. Le cerveau est sélectif et ne code qu'une partie de l'expérience originale.
  2. Les souvenirs changent chaque fois que nous nous rappelons consciemment d'eux - parfois un peu, parfois beaucoup.
  3. Le cerveau est plus susceptible de coder les expériences négatives que les expériences positives. Vous devez consciemment renforcer les pensées, les sentiments et les comportements positifs pour qu'ils fassent partie de votre répertoire naturel.
  4. Il existe de nombreux types et catégories de souvenirs, chacun ayant un but différent, et la plupart d'entre eux fonctionnant en dehors de notre conscience : mémoire sensorielle, autobiographique, épisodique (événements), sémantique (faits), procédurale/implicite (règles et compétences), déclarative/explicite (souvenirs dont on peut se rappeler consciemment), à long terme, à court terme et mémoire de travail. Ces registres mémoriels nous aident à répéter les comportements que nous avons appris.
  5. Il y a une série d'étapes impliquées dans la formation et le rappel de la mémoire : l'attention aux stimuli entrants, la sélectivité (des éléments considérés comme importants), l'encodage, la consolidation, le stockage (mémoire à long terme), le rappel conscient (souvenirs explicites/déclaratifs introduits dans la mémoire de travail), le rappel inconscient (souvenirs implicites/procéduraux qui effectuent des comportements automatiques) et la reconsolidation, soit le renforcement du souvenir "retravaillé".
  6. Les souvenirs autobiographiques sont les moins précis. Il est facile de créer et d'encoder de faux souvenirs, que vous croirez plus tard vrais.
  7. Lorsque nous nous souvenons consciemment d'un souvenir particulier, celui-ci devient instable (labile) et peut donc être altéré par ce que nous pensons et faisons dans ces quelques moments de remémoration. C'est la théorie révolutionnaire de Joseph LeDoux sur la reconsolidation de la mémoire, qui nous donne entre autres de nouveaux outils pour réduire les effets émotionnels d'un traumatisme.

Alors, pouvons-nous améliorer l'un ou l'autre de ces stades ou de ces types de mémoire ? Au-delà de l'exercice, d'une alimentation "saine" et d'un état mental positif, il n'existe aucune stratégie connue pour améliorer la mémoire ou prévenir la perte de mémoire de quelque façon pratique que ce soit. Oui, vous trouverez des centaines d'études montrant que différents suppléments ou exercices cérébraux ont une "signification statistique", mais les améliorations sont si minuscules qu'on peut se demander si qui que ce soit devrait vraiment dépenser de l'argent pour ces produits.

En fait, plus vous êtes heureux, heureux et détendu, plus il devient difficile de vous souvenir de beaucoup de choses ! L'anxiété fait en sorte que votre cerveau code et se souvient de plus de souvenirs, et lorsque l'anxiété est réduite, votre capacité à vous en souvenir l'est aussi. C'est une bonne nouvelle pour les souvenirs négatifs, mais une mauvaise nouvelle quand il s'agit de rappeler des choses qui ne sont pas axées sur la survie !

 

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

 

 

Références :

 

Sah P et al., Total recall ? The making of memories, Australian Academy of Science, 2019

Julia Shaw, The Memory Illusion, Random House Books, Apr 2017

LeDoux J, Rethinking the emotional brain, Neuron. 2012 Feb 23;73(4):653-76.

J. Brainerd, V. F. Reyna, and S. J. Ceci, Developmental Reversals in False Memory: A Review of Data and Theory, Psychological Bulletin (APA), 2008, Vol. 134, No. 3, 343–382

Eric Kandel et al., The molecular and systems biology of memory, Cell. 2014 Mar 27;157(1):163-86.)

Ecker B, Ticic R, Hulley L, Unlocking the emotional brain: eliminating symptoms at their roots using memory reconsolidation, Routledge, New York (2012)

 

Lien permanent Catégories : La santé dans tous ses états, Neurosciences

Les commentaires sont fermés.