A quelle fréquence votre esprit s’égare-t-il ?

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Par intermittence tout au long de la journée et pendant la plus grande partie de la nuit (lorsque vous dormez) votre cerveau ne se trouve pas concentré sur une tâche ou un objectif précis. La focalisation engage le « réseau exécutif » (Central Executive Network - CEN) de votre cerveau, en particulier le cortex préfrontal dorsolatéral qui nous permet d'être conscient de ce que nous vivons.

Mais l'attention focalisée dépense beaucoup d'énergie métabolique, mesurée en termes de quantité de substances neurochimiques qui doivent être libérées pour rester concentré ainsi que le requièrent des activités mentales comme l’analyse, la planification et la prise de décision.

Lorsque ces neuromédiateurs s'épuisent, votre cerveau a besoin de faire une pause (de quelques secondes au moins, parfois plus) pour permettre à vos astrocytes (un type de cellule gliale qui littéralement prend soin des neurones) d’éliminer les déchets neuraux -surtout les protéines toxiques (1).

Dans ces moments où vous cessez de vous concentrer, votre cerveau, littéralement, se repose. L’activité du CEN diminue considérablement et le "réseau d'imagination", comme nous aimons l'appeler, devient alors actif. Le terme scientifique est le « réseau du mode par défaut » (Default Mode Network – DMN) mais nous préférons le terme proposé par Martin Seligman, un des fondateurs de la psychologie positive : l’imagination nous emmène dans cet état de rêverie où des pensées partielles, des sentiments, des images « vagabondent » en fournissant des associations intuitives particulièrement utiles pour trouver des solutions nouvelles à des problèmes.

Il existe un subtil équilibre dans cette alternance entre pensée focalisée et pensée vagabonde ! Si vous passez trop de temps à rester concentré, c'est une formule sûre pour l'épuisement professionnel - et vous manquerez des occasions essentielles d'utiliser votre créativité et votre intuition. C’est ce qu’on décrit couramment par l’expression « avoir le nez dans le guidon : la perspective d’ensemble nous échappe alors….

Mais passer trop de temps au pays des licornes et des arcs en ciel est associé à différents problèmes psychologiques et neurologiques légers ou graves : procrastination, désorganisation, déficits d'attention, anxiété, troubles de l'humeur, problèmes de communication ou difficultés plus graves comme la psychose ou la dépression. Par exemple, les personnes atteintes d'un état de stress post-traumatique grave (PTSD) peuvent se forcer à rester constamment vigilantes parce qu'elles ne se sentent pas en sécurité lorsque leur esprit se met à errer. Dans d’autres cas, le contenu des rêveries devient si absorbant que la personne perd contact avec la réalité…

Alors, à quelle fréquence en moyenne notre esprit s'égare-t-il au long de nos journées ? Pour certaines personnes, selon plusieurs résultats de recherche, cela peut aller jusqu’à 90 % du temps. Pour d'autres, c'est aussi bas que 30 %. En moyenne ? A peu près la moitié du temps ! C’est une perspective étonnante : nous sommes la moitié du temps présent à ce qui est, là, dans le monde, et la moitié du temps absorbés dans notre monde intérieur et le flot de pensées qui capte notre attention….

Les enfants et les adolescents ont encore plus d'activités de rêve éveillé que les adultes, en partie parce que le CEN est peu développé, tout comme cet autre système appelé le « réseau de  salience » (SN), qui régit notre compétence méta-cognitive ainsi que la plupart de nos aptitudes sociales : empathie, compassion, bonté, pardon, moralité et conscience de soi. Mais la fonction la plus importante du SN concerne peut-être la régulation des deux autres réseaux, le CEN et le DMN.

Il crée un "équilibre" entre notre capacité à nous concentrer pour prendre des décisions et celle de nous détendre dans des états de rêverie qui permettent au cerveau de trouver des solutions créatives plutôt qu’analytiques. C'est aussi là que notre intuition semble être centrée – soit cette capacité d'intégrer nos pensées, sentiments, souvenirs, sentiments et fantasmes (positifs et négatifs) de la façon la mieux adaptée pour sentir ce qui nous convient ou non sans passer par le raisonnement.

C'est ce qu'on appelle " l'intégration fonctionnelle " et nous savons maintenant que différentes formes de méditation – en particulier l’approche appelée « pleine conscience » - stimulent directement l'activité du SN. Il s'agit d’une pratique intéressante pour nous aider à créer un équilibre entre d’une part nos désirs, notre instinct, notre répertoire émotionnel, nos rêves et nos aspirations, et d’autre part notre capacité à planifier des stratégies efficaces pour atteindre nos objectifs dans les systèmes relationnels et sociaux complexes dans lesquels nous vivons (2).

 

Jean-Dominique Michel & Mark Robert Waldman

 

SOURCES

  1. Nedergaard M, Garbage truck of the brain, Science. 2013 Jun 28;340(6140):1529-30.
  2. Hasenkamp W & Barsalou LW, Effects of meditation experience on functional connectivity of distributed brain networks, Front Hum Neurosci. 2012 Mar 1;6:38.

 

 

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