Ecoutez votre corps pour prendre de meilleures décisions !

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Au milieu des polémiques et des controverses entourant les pratiques de pleine conscience, il est bon comme toujours de se tourner vers la science et de voir, au-delà des opinions personnelles, ce que la recherche nous dit à leur sujet.

Une des grandes découvertes de la fin du XXe siècle a été que le contenu de nos pensées, de nos humeurs et de nos attitudes peut avoir, dans la durée, un impact sur l’architecture de notre cerveau. Tous ces processus mentaux se déroulent grâce à la mise en contact (connexion) d’une multitude de neurones s’associant par extension de leurs synapses.  La répétition par exemple de certaines pensées sur la durée crée un renforcement de ces connexions et donc une stabilité neuronale.

Parmi les effets avérés des pratiques de pleine conscience, un des plus intéressants est une modification structurelle du cortex insulaire. L’insula est une structure que l’on retrouve dans les deux hémisphères. Une de ses fonctions principales est de rapporter à la conscience les perceptions en provenance de notre propre corps (processus appelé intéroception).

Toute une catégorie d’exercices recommandés dans la pleine conscience concerne la conscience du corps, qu’il s’agisse par exemple d’observer notre respiration, de ce qu’on appelle le "body scan" ou encore d’effectuer des mouvements lents en étant le plus attentif possible à leur déroulement.

La recherche révèle que l’insula joue également un rôle fondamental dans l’intégration des informations en provenance de différentes structures du cerveau et de réseaux impliqués dans nos cognitions supérieures cognition, la conscience de nos états émotionnels ainsi que la capacité de mentaliser, c’est-à-dire de nous représenter ce que vivent les autres.

 

Une pensée corporalisée

Un des aspects troublants de la pensée humaine est que, contrairement au fantasme d’une intelligence artificielle désincarnée, elle est, au contraire, pleinement corporelle, toujours teintée de sensations et d’émotions, et en résonance avec ce que vit notre corps.

Notre esprit rationnel est bien sûr un formidable instrument d’analyse, mais la complexité du monde est telle que ses capacités sont vite débordées. Que nous en soyons conscients ou non, c’est alors le registre de l’intuition qui prend le relais. L’intuition, c’est cette intelligence non verbale, qui puise de manière inconsciente dans le stock immense de nos expériences de vie et connaissances, à la recherche de références qui puissent être utiles. Elle présente alors ses trouvailles à la conscience (le cortex préfrontal dorsolatéral), les rendant ainsi accessible à l’analyse rationnelle qui va en évaluer la pertinence. L’ensemble de ce processus se déroule la plupart du temps sans que nous en soyons conscients.

Le développement de la conscience de notre corps favorisé par la pleine conscience s’avère être un atout de taille dans notre vie personnelle et professionnelle. Notre instinct et notre intuition s’expriment avant tout comme un senti corporel. Nous savons par ailleurs que lorsque nous sommes absorbés mentalement dans une tâche, nous pouvons assez facilement perdre conscience de notre corporalité.

C’est pourtant dans un équilibre entre la pensée abstraite et le concret du corps que nous trouvons la base la plus solide pour prendre des décisions perspicaces et inspirées.

La pratique de la pleine conscience permet donc une boucle tout à fait intéressante : elle favorise le développement de la conscience intéroceptive, laquelle amplifie notre compétence à être conscients de nous-mêmes et des autres de moment en moment (ce qu’on appelle la pleine conscience dispositionnelle) processus qui sont eux-mêmes corrélés avec le bien-être psychologique, l'intelligence relationnelle et la confiance en soi.

Pour le dire autrement et simplement : plus nous sommes en contact avec nos sensations corporelles et conscients du moment présent, plus nous nous sentons à l’aise et mieux nous pouvons faire face au réel.

 

 

Références

 

Hanley AW, Mehling WE & Garland EL, Holding the body in mind: Interoceptive awareness, dispositional mindfulness and psychological well-being, J Psychosom Res. 2017 Aug;99:13-20.

Gibson J, Mindfulness, Interoception, and the Body: A Contemporary Perspective, Front Psychol. 2019 Sep 13;10:2012.

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