HUG : incohérence, hypocrisie ou toute-puissance ?! (11/04/2020)

Décidément, notre brave mastodonte cantonal nous fait (aussi) passer par toutes les couleurs de l'arc-en-ciel ! Son sémillant directeur, Bertrand Levrat, était tout heureux de rapporter le compliment du Conseiller fédéral Alain Berset, qui lui a soufflé : "votre hôpital est comme un éléphant qui aurait réussi l'exploit de faire un saut périlleux arrière."

J'ai souvent exprimé mon admiration pour l'excellence et la rapidité de l'extension de la capacité d'accueil en soins intensifs et le travail remarquable de professionnalisme et de dévouement des équipes. Autant d'ailleurs que je crois à la sincérité du directeur quant au fait de mettre le bien et l'intérêt des patients au cœur du dispositif (c'est une phrase qui certes paraît d'emblée suspecte tellement elle fait marketing managérial, mais en l'occurrence, le connaissant un peu, je suis convaincu de l'authenticité des valeurs qui animent Bertand Levrat).

A d'autres endroits hélas, le pachyderme semble tantôt marcher sur la tête, tantôt se marcher sur la trompe. Donnant un peu l'impression d'une créature qui serait soit incohérente soit multicéphale.

Ce matin, j'entonnais des chants de louange pour le pragmatisme d'une institution qui, sans "preuve scientifique irréfutable" avait franchi le pas de prescrire à 50% de ses patients Covid le plus convaincant des traitements actuellement disponibles (je vous laisse deviner lequel).

Ce soir, une par ailleurs brillantissime éthicienne des HUG, le Dr Samia Hurst-Majno, défend la position indéfendable des HUG sur l'hydroxychloroquine, que j'ai dénoncée sans aménité dans mon billet intitué " Le Pr Raoult, les HUG, le gratte-papier et le nom de la rose..." Voyons un peu.

par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie médicale et expert en santé publique, Genève.

 

Je relevais dans mon billet une incohérence plus qu'ennuyeuse dans ce papier à la qualité et à la bienfacture dignes d'une circulaire de sous-préfecture. Il réalisait en effet l'exploit d'affirmer (avec le troupeau) qu'il "n'y avait pas de preuve scientifique de l'efficacité du traitement", et que donc il ne fallait pas que les patients en fasse la demande à leurs médecins-généralistes, mais que bon, ma foi, l'hôpital, lui, se réservait le droit de le prescrire (sait-on jamais, allez savoir) à leurs patients, au cas où.

Pour étayer davantage mon propos (et ne pas juste donner l'impression de m'en prendre avec malveillance aux auteurs de ce papier) voici une liste de défauts qui devrait signifier un renvoi immédiat à ses auteurs et jamais au monde une prise de position engageant l’institution :


- il ne contient qu'une petite partie des différentes recherches publiées dans des revues médicales sur le sujet, négligeant les plus importantes ;
- il néglige pareillement les expériences observationnelles effectuées dans de nombreux hôpitaux en France et à travers le monde ;
- il se réfère -évidemment- à l'Evidence-Based Medecine d'une manière fallacieuse, affirmant que seuls les essais cliniques randomisées en double aveugle permettent d'atteindre un nouveau suffisant d'evidence (ce qui est épistémologiquement et méthodologiquement faux en infectiologie !) ;
- il ne tient aucunement compte ni ne mentionne le protocole de sécurisation de la prescription recommandé par l'IHU de Marseille, préférant conclure sans autre forme de procès et de manière fallacieuse à une « toxicité » de l'hydroxychloroquine ;
- il s'assied sur la considération éthique de Marseille qui est de refuser les groupes contrôle (dont le principe est de laisser péricliter la moitié des gens -pris pour des cobayes- pour voir le volume de dégâts ou de morts advenant quand on ne fait rien);
- il arrive à des conclusions hypocrites et fausses en recommandant aux patients et aux médecins extra-hospitaliers de ne surtout pas employer ce traitement alors qu'eux-mêmes y ont recours abondamment ;
- il occulte l'indication recommandée par les concepteurs du traitement qui est de prescrire le traitement précocement, avec un suivi par un médecin de ville ;
- il omet pour finir de mentionner (évidemment ?!) que c'est déjà ce que font des pays et des régions entiers (liste infra), qui ont inscrit le traitement dans leurs guidelines, ce dont le papier ne parle évidemment pas non plus.


Bref, soit les auteurs de cette circulaire doivent retourner aux études, soit on est face à quelque chose qui relève, par sa mal-facture, d'une intention délictuelle de dissuader des patients d'avoir recours au traitement le plus susceptible de les guérir - ce que les HUG admettent eux-mêmes par leur propre pratique.


Et on s'interroge sur les compétences des membres du "groupe guildelines du Covid" des HUG, qui cautionnent (et compromettent l'institution au passage) un travail lacunaire, partial et bâclé qui vaudrait une mauvaise note à n'importe quel étudiant en médecine de 2ème année.


Sorry d'avoir à la répéter : c'est vraiment du lourd !

Mon "hourrah !" portait sur la révélation heureuse que tant les HUG que le CHUV avaient en fait mis le paquet quant à ce traitement extrêmement sûr, en respect de la balance risques / bénéfices possibles.

Et voilà que ce soir, à travers son égarée éthicienne, les HUG se remettent à tenir des propos délirants. Dissuadant donc (il faut oser!) les patients atteint du Covid+ de demander à leurs médecins le même traitement que les HUG appliquent à leurs propres patients Covid+.

A la limite, si les risques liés à l'ingestion de Plaquenil nécessitaient un suivi hospitalier, on pourrait comprendre. Mais à nouveau, il s'agit d'un médicament qui était en vente libre en France jusqu'à il y a deux mois, prescrit à des centaines de millions de personnes au cours des décennies écoulées, avec un profil de risque largement moins compliqué que celui par exemple du Dafalgan !

Qu'on nous présente (ben tiens!) depuis quelques jours comme "cardio-toxique" alors qu'il était considéré jusque là comme un des médicaments les plus sûrs sur le marché !

L'IHU Méditerranée-Infection a défini le 1er avril une procédure de sécurisation de la prescription du traitement hydroxychloroquine + azithromycine que n'importe quel médecin de ville peut appliquer quasiment les yeux fermés : électrocardiogramme à J0 et J2, plus dosage du potassium sanguin. Avec ces quelques mesures de base, on a les moyens d'éviter la quasi-totalité (hormis le risque zéro) des très éventuels accidents possibles.

 

Violation, surveillance et pénalité

Au nom de quoi et de quel droit cette institution (toute auguste qu'elle se considère parfois) se permet-elle de dicter ses ordres d'une manière qui viole la liberté et les droits fondamentaux des médecins de ville ?! De surcroît avec des arguments fallacieux qui relèvent au mieux de l'incohérence et au pire de la franche hypocrisie.

Le Conseiller d’État Guy-Olivier Segond veillait, il m'en souvient,  à mettre au pas le pouvoir médical. La responsabilité de définir les dispositifs de soins, disait-il haut et fort, revient au pouvoir politique, et les autorités médicales sont là pour appliquer ses décisions. Vous devinez qu'il n'était pas forcément idolâtré par les mandarins, mais au moins cela avait-il le mérite de remettre l'église au milieu du village.

Métaphore malheureuse certes car à M. Segond a hélas succédé Pierre-François Unger. Porter un médecin aux plus hautes responsabilités de la santé est aussi casse-gueule que de nommer un militaire à la tête de la Défense ou un magistrat comme Garde des Sceaux. A de rares exceptions près : vraiment pas une bonne idée...

M. Unger a saccagé les efforts remarquables que le canton avait déployé pour une politique sanitaire qualitative, les HUG sont entrées dans un ère trouble de combines  et de passe-droits (pour parler français, même si on n'aime pas cela dans notre micro-République), récoltant au passage dans le réseau le surnom sacrément bien trouvé de "Vatican" avec son pontife, son grand vizir et sa bruissante cardinalice.

Franchement, je ne jette pas la pierre aux responsables actuels des HUG ou du département de la santé. Je suis sûr que chacun fait de son mieux sur la base de ses convictions. Mais si le politique se défausse de sa responsabilité de tutelle et de gouvernance de l'hôpital, l'histoire montre que les incohérences et les dérives se multiplient.

L'abus de pouvoir des HUG contre les médecins de ville est un cas d'espèce d'impérialisme sanitaire. Je reçois des centaines de messages de médecins-généralistes qui se disent scandalisés et outrés de la violation en cours de leurs droit de prescrire et du droit d'être soignés de leurs patients.

J'ai interpellé Samia Hurst-Majno sur la dérive éthique invraisemblable que constitue ce que je nomme ici (et je lui accorde un droit de réponse quand elle veut).

Je lui ai aussi rappelé au passage -je sais que cela fâche beaucoup de monde- que mentir publiquement au sujet d'une question médicale est un délit pénal.

Prétendre que les médecins de ville doivent ne surtout pas prescrire un médicament donné par les HUG à 50% de leurs patients, pour des motifs fallacieux, relève, believe me, de cette qualification pénale.

Pour ceux qui en douteraient, je prends date.

 

 

PS. Une lectrice partage par ailleurs avec moi son questionnement : "Se pourrait-il que la pharma suisse résiste par l’intermédiaire des hôpitaux qu’elle sponsorise ?!"

Celle-ci, je l'adresse à la future commission d'enquête parlementaire qui sera mise sur pied, sachant que dans le gros paquet de plaintes pénales visant désormais l'exécutif français figure la qualification d'association de malfaiteurs, soit le fait de privilégier des intérêts privés de manière illicite au détriment de l'intérêt public.

La RTS relevait en novembre dernier la situation suivante dans notre pays :

"En Suisse, l'idée d'une déclaration des liens d'intérêts des médecins a été lancée par la Fédération des patients. En jeu: transparence et indépendance des praticiens, mais aussi limiter la hausse des coûts de la santé, étroitement liée au prix des médicaments.

Jusqu'à présent, le Parlement n'en a pas voulu, mais dès janvier 2020, une nouvelle réglementation du Conseil fédéral entrera en vigueur. Elle exige des critères objectifs et scientifiques pour le choix d'un médicament et les rabais devront apparaître dans les comptes."

Donc si nous comprenons tous le français fédéral : pas de déclaration obligatoire des liens d'intérêt.

Il y a dès lors des garanties de probité qu'il va falloir soigneusement vérifier du côté des HUG. Commencerait-on par cette liste des liens et donc possibles conflits d'intérêts ?!

 

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