Les HUG se donnent de la peine et en ont... (17/04/2020)

Jolie surprise sur le site des HUG que cette nouvelle évaluation de l'hydroxychloroquine nickel-chrome.

Cette fois-ci, l’institution et son groupe Covid ont mis le paquet pour produire un papier qui ait de la gueule, et c'est en tout cas pour la forme plutôt réussi : papier en-tête aux couleurs de l'institution, analyse fouillée, références scientifiques à la pelle, signature de l'ensemble de membres de ce groupe, il y aurait de quoi jouer au jeu des sept erreurs entre le brouillon proposé il y a peu et le manuscrit calligraphié et enluminé portant désormais haut et fort la parole altière de l'institution...

Nouvelle mouture donc présentée sur les réseaux sociaux par une éthicienne du crû avec l'intitulé saisissant : "Nos collègues pharmacologues ont fait une mise à jour. Les données arrivent en temps réel, donc c’est important." Immédiatement applaudie par un commentaire de derrière les fagots : "très intéressante analyse, une fois de plus comme on aimerait en avoir souvent, n’en déplaise aux polémistes de mauvaise foi !"

Je n'ai pas connaissance en ce qui me concerne que les questions qui dérangent soient perçues autrement que comme inconvenantes par ceux à qui on les pose.

Même si ça arrache la bouche, on peut aussi reconnaître que le travail n'était pas entièrement d'une facture telle qu'on l'aurait aimé -ce que le changement de cap observé énonce aussi clairement qu'il est possible. Si d'emblée une éthicienne présente une question aussi secondaire d'une manière aussi tendancieuse, il y a de quoi se faire du souci pour le futur de l'éthique. Préoccupation au demeurant réelle en ce qui concerne l'institution.

J'ai partagé ma conviction en la sincérité des valeurs du personnel (évidemment) mais aussi de la direction et des responsables médicaux. Ce qui n'exclut pas l'hypothèse d'une application un peu à géométrie variable (sinon parfois défaillante) de l'éthique et de ces valeurs.

Après tout, agir et œuvrer au sein d'une institution grevée (comme l'ensemble du domaine médical) par la corruption systémique, les conflits d'intérêts et certains procédés douteux n'est forcément pas de tout repos. "L'amour propre ne le reste jamais très longtemps" proposait dans un raccourci de génie et par analogie un autre fameux bédéiste.

par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie de la santé et expert en santé publique, Genève.

 

 

Reste au-delà de ces questions la schizophrénie structurelle du domaine médical tel qu'il a récemment évolué. L'hydroxychloroquine offre un excellent cas de figure pour le mettre en lumière et l'observer : tous les médecins dignes de ce nom ne peuvent bien sûr qu'envisager la possibilité d'en faire usage au besoin au moins pour certains patients.

C'est ce que les HUG ont fait (je les en ai félicités et renouvelle le compliment ad libitum), très largement. Plutôt que de laisser passivement les patients atteints décliner ou périr, rien ne fait plus sens médicalement, dans une saine balance décisionnelle, que d'essayer un traitement connu, pharmacologiquement très sûr, dont nombre de praticiens témoignent à travers le monde des effets bénéfiques systématiques qu'ils ont constaté en le prescrivant.

 

Et puis...

A côté de ce bon sens et de ces valeurs médicales, il y a aujourd'hui le poids et le pouvoir pris par les statistiques, les modélisations, les indicateurs même absurdes, le conformisme (sinon la soumission aveugle) à l'autorité, les abus de pouvoir des autorités sanitaires contre la liberté des médecins et la santé de leurs patients. Du lourd, quoi.

Nous devons nous poser la question sans concession : qu'est-ce qui prime, bon sang ?! Les stats et modèles ou la santé des malades ? Les HUG sont en pleine schizophrénie institutionnelle face à cela : pragmatisme empirique (ce qu'est la vraie médecine) dans les étages et impérialisme scientiste vis-à-vis des médecins non-hospitaliers et de la population. Extrait choisi d'une interview qui vient de paraître dans la revue Nexus :

NEXUS : Avez-vous eu des résultats cliniques positifs dans votre service depuis que vous avez généralisé le traitement à l’hydroxychloroquine et à l’azithromicyne ?

Pr Christian Perronne : Cela a changé la donne. Même les médecins de service et les infirmières le confirment, on passe beaucoup moins de malades en réanimation. On n’attend pas de donner l’hydroxychloroquine qu’aux cas les plus graves comme l’impose le décret du ministère de la Santé et l’étude Discovery. Par contre, on n’en donne pas non plus aux formes bénignes. On le donne dès qu’il y a un début de pneumonie ou des signes de gravité moyenne, sauf contre-indications. Nous allons bientôt compiler l’ensemble de nos données."

C'est bien la ligne de force : des médecins qui font de la médecine, qui observent des résultats, qui en témoignent. Et puis des statisticiens et des formalistes qui débarquent en disant : "ouh là là mais on n'a pas les statistiques qui confirment ce que vous observez donc arrêtons tout !"

J'ai abondamment expliqué (et documenté) dans mes récents billets comment cet arsenal idéologique et méthodologique avait progressivement dévié de son intention de départ, bonne et louable. L'Evidence-Based Medicine vient du Canada, et cette approche avait le dessein de faire le tri entre les données probantes et l'inventaire à la Prévert des croyances cliniques de chacun -parfois agissantes du fait de l'effet de sens, mais sans valeur scientifique.

On sait comment cette noble intention a été impitoyablement dévoyée, avec des conséquences funestes qui participent activement à la cacade du Covid : scienteux qui n'ont jamais vu un patient (ou alors pas depuis longtemps), logiques administratives et soignantes kafkaïennes et parfois ubuesques, approches pseudoscientifiques biaisées et faussant la médecine d'une manière dont on connaît  et peut même mesurer aujourd'hui les conséquences nocives sur la santé des patients.

Avec une perte grave du sens et de la vision du monde propre de la médecine. Lorsqu'on veut imposer à tout prix des essais randomisés impliquant nécessairement la détérioration ou la mort de membres des précieux "groupe-témoin", nous sommes en effet face à des dérives éthiques rien moins que monstrueuses.

Lorsque l'hôpital recourt massivement à un traitement à l'effet incertain mais possiblement utile, et dissuade dans le même temps (en participant à l'interdiction qui leur est faite) les médecins de ville de l'utiliser, nous sommes également face à quelque chose de profondément malsain et de pernicieux.

Je l'ai dit et répété : je n'ai aucune raison de douter de l'intégrité de qui que ce soit. Il m'arrive par contre de me demander où elle est passée.

Une étape incontournable, donc, sera de procéder à la vérification de la nature des liens (et donc conflits d'intérêts possibles)  des acteurs impliqués avec des sociétés ayant leur propre agenda autour du Covid.

De telles influences ne se produisent pas forcément de mauvaise foi. Plusieurs enquêtes ont toutefois montré que des médecins ayant obtenu des avantages, en espèces ou en nature, de compagnies pharmaceutiques avaient "naturellement" tendance à prescrire plus de produits proposés par cette société et globalement moins bien.

Les objections et réserves exprimées tout a long du nouveau luxueux papier des HUG ressemblent trop à la propagande orchestrée chez nos voisins par des médecins payés par Gilead pour ne pas poser la question.

Notamment cette absurdité de présenter un des médicaments les plus utilisés, les mieux connus et les plus sûrs de l'histoire de la médecine comme étant soudainement "cardiotoxique" et pourvu de tant de dangers qu'on se demanderait presque pourquoi on continue à l'utiliser comme antipaludique ou de le prescrire -au besoin pendant des décennies- à des patients souffrant par exemple de lupus.

Bref, nous vivons dans une époque d'abondantes incohérences. Mais celles qui nous servies par les HUG commanderont qu'on y revienne -je pense en particulier à la commission d'enquête du Grand Conseil qui s'occupera de vérifier un certain nombre de choses. Avec sans doute un liste de questions déjà intéressante en réserve.

 

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