Covid : de la musique avant toute chose (18/04/2020)

Au fond, la question est assez simple :

Hong Kong, 7,5 millions d'habitants, 4 morts.

Suisse : 8,5 millions d'habitants, 1'327 morts.

On essaye de nous faire croire que nous avons fait tout juste et que si nous avions fait autre chose, les choses auraient été bien pires.

Alors que les best practices en épidémiologie infectieuse recommandent exactement l'inverse de ce que nous avons fait (copiant en un peu moins grave les très mauvaises décisions sanitaires françaises).

Je veux bien croire que ce qu'on nous dit est vrai. Mais cela vaut peut-être quand même la peine de se poser la question et d'y réfléchir.

par Jean-Dominique Michel, MSc athropologie médicale et expert en santé publique, Genève.

 

Nombreux sont je crois les citoyennes et les citoyens comme moi habités de sentiments compliqués face à la situation actuelle.

La mauvaise foi et l'incohérence de certains discours officiels, la violence de certaines mesures, la destruction en cours des forces vives du pays (au premier chef les indépendants et les PME), les délires pseudoscientifiques d'une certaine médecine, l'autisme des responsables politiques couplé à la psychorigidité de leurs services mettent notre confiance mais aussi notre sens de la justice et de l'équité à rude épreuve.

D'aucuns s'étonnent de mon activisme, ou encore m'adressent le reproche de devenir "acerbe et quelque peu prétentieux". Ou se demandent quel combat personnel je livre. Je les remercie : rien n'est plus essentiel que de nous remettre en question et veiller à éviter certains travers.

Pourtant, je me fais aussi l'impression d'un veilleur qui découvrant un départ de feu sonne l'alerte et qui se heurte à l’incompréhension pas toujours bienveillante des autres. "Pourquoi nous fatigue-t-il avec sa lubie de vouloir nous faire croire que la maison est en feu ?!" "Quelle intention cachée a-t-il derrière la tête pour inventer des incendies qui n'existent pas ?!"

En fait, notre maison brûle depuis longtemps. Le philosophe Michel Serres, avec qui j'ai eu le privilège de m'entretenir avant sa mort (il avait un sens anthropologique de première classe), répétait avec conviction que ce que nous vivons n'est pas une crise mais un changement de monde.

Nous avons construit bon an mal an un monde non dépourvu de certaines qualités, mais fondamentalement inique et crapuleux.

Ayant bradé l'intérêt général à des intérêts particuliers (pour faire vite) dans tous les grands domaines industriels : énergies polluantes, agroalimentaire toxique pour la planète et notre santé, chimie dangereuse omniprésente, politique des transports absurdes et non durables, surconsommations à outrance et production destructrice des économies locales, industrie de la maladie en lieu et place d'un système de santé, parasitage de l'économie par la finance, destructions des métiers et des activités économiques essentielles au profit de l'emploi précaire et du commerce mondialisé.

Entre autres scories.

 

Banana Republic ? Place aux jeunes !

En Suisse et à Genève, nous aimons nous croire en vertueuse démocratie alors que nos institutions politiques sont instrumentalisées par les lobbies, des acoquinements opaques et des pratiques souterraines qui seraient objectivement condamnables dans de nombreux pays avec un sens éthique plus rigoureux que le nôtre. Voilà pour le dark side of life (en très résumé, bien sûr critiquable.)

La crise mondiale déclenchée par le Covid pourrait bien constituer une violente convulsion de la bête malade, mais aussi être comprise comme les douleurs de l'enfantement d'un nouveau monde,  auquel aspirent toutes les personnes qui ne sont pas enfermées dans le cynisme ou la mauvaise foi.

En fait je crois qu'il ferait sens et je rêverais que nous tous qui avons plus de trente-cinq ans, nous renoncions en bloc aux responsabilités politiques en cédant la place aux plus jeunes.

En osant dire, avec une sincère contrition :

"Nous sommes profondément désolés, nous avons échoué à construire un monde juste, digne et durable, principalement parce que notre manière de penser le réel est trop limitée et que nous nous sommes révélés inaptes à appréhender avec pertinence la complexité des choses.

Nous vous demandons pardon pour cet échec, dont vous et vos enfants porterez l'essentiel des conséquences.

Nous avons été égoïstes, imprévoyants et prétentieux, inaptes à reconnaître nos erreurs et notre incapacité à agir convenablement.

Nous vous laissons la place dans l'espoir que vous soyez plus malins et capables que nous l'avons été.

Restant à disposition pour réfléchir ou imaginer avec vous des solutions. Mais renonçant au pouvoir que nous avons si mal exercé."

 

Si toutes ces choses que j'évoque au long de ces billets de blog vous affectent (ce qui est le symptôme heureux d'être doté de conscience), il est une belle ressource pour nous rasséréner sans refouler nos affects : la créativité.

Le Blues, comme le chantait le Taulier cher au Pr Morel, est né du besoin de "chanter les peines et les espoirs, de chanter Dieu et puis l'amour"...

Et oui, la science a validé qu'écouter des chansons tristes quand on l'est nous fait du bien plutôt que nous enfoncer plus encore dans la déprime.

La créativité est aussi question de beauté, d'émerveillement, d'innocence, d'esprit et d'humour.

Je vais faire silence quelques jours le temps d'écrire le bilan Covid que j'annonce depuis quelques temps.

En attendant, je laisse les internautes qui me font l'honneur de me lire avec un magnifique et délicieux poëme en alexandrin, créé et partagé avec moi par M. Thierry Chevrier.

Il y exprime à la manière de Corneille la rage et le désespoir qui peuvent nous habiter face à ce que nous observons avec et à travers le Covid. Ayant eu de surcroît la bonté de m'autoriser à le partager avec vous, l'auteur nous emmène dans une verbalisation de haut vol, talentueuse et délectable, qui fait vraiment du bien.

 

 

J’ai plongé dans le fiel d’une rage impuissante

Cette plume enfiévrée par ma douleur croissante.

Face au drame muet qui se joue sous nos yeux

Les mots me sont venus, vibrants et impérieux…

 

Le monde est accablé par le Covid-19

Et nous nous délectons d’un beau conflit tout neuf

Comme au temps de Molière et de sa médecine

L’hydroxychloroquine et l’azithromycine

Enflamment le pays pendant que les gens meurent

Mettant les sommités de fort méchante humeur…

 

« Comment, tempêtent-elles ? Ce savant de Marseille

Prétendrait hardiment nous dérober l’oseille ?

Faudrait-il accepter qu’avec ses molécules

Dont la fabrication coûte un prix ridicule,

Il ne vienne empêcher nos grands laboratoires

D’encaisser le pactole à la fin de l’histoire ? »

 

Aussitôt l’on s’unit en haut lieu pour agir

Et ridiculiser « fissa » ce triste Sire…

Sous les hautains atours de la Science outragée

On emploie les moyens de lui donner congé

En mettant en avant d’un air scandalisé

Ces règles que le bougre aurait vandalisées.

 

Unis dans le mépris, les légalistes beuglent :

« La randomisation ! Les tests en double aveugle ! »

C’est qu’il faut à tout prix décrédibiliser

Cet insolent chercheur aux trop nobles visées.

 

Tout est bon pour cela… « Vous avez vu son look ?

Et puis ses analyses, c’est brouillon : un vrai souk ! 

S’il a guéri des gens prétendument malades,

C’est qu’ils se portaient bien, arrêtez vos salades ! »

Le Conseil scientifique rassemblant ces égos

Suggère doctement des contretemps légaux

 

Qu’importe si les vieux encombrant les Ehpad

Succombent par milliers : « Hardi, mes camarades !

Insistons lourdement sur les dangers cardiaques,

En faisant des Français des hypocondriaques…

Campons le Plaquénil, qui soignait le palud,

En poison dangereux et en Mal absolu ! »

 

Car si Didier Raoult et sa grande expérience

Sont partout reconnus, auréolant la France,

Ce druide aux airs tranquilles et son remède agacent :

Il faut que son prestige dans l’opinion trépasse.

 

On lui accolera le mot « controversé »

Et au fil des sarcasmes, l’ironie déversée

Ternira son profil, lui donnant une image

De Raspoutine abject ou d’inquiétant Roi Mage…

 

Alors viendra le temps, l’hécatombe passée,

Où se partageront, toute trace effacée,

Les juteux bénéfices ardemment convoités

Acquis par l’artifice d’un cynique doigté !

 

La déontologie de ces fous du principe

Est de laisser crever des milliers d’innocents

Pourvu que la Méthode à laquelle ils s’agrippent

Ait été respectée, même si c’est glaçant…

 

Ces dignes scientifiques aux convictions ancrées

Répètent, inflexibles : « la Rigueur est sacrée ! »

La Vie pour eux l’est moins que leurs précieux axiomes

Si de leur liturgie ils observent les psaumes.

 

Cuistrerie, cécité, sottise et vanité

Sur ces augustes fronts sont fièrement portées

Mais de l’indignité leur orgueil les protège

Et toute humanité leur serait sacrilège !

 

Le jour viendra pourtant des macabres décomptes

Où tous ces inconscients devront rendre des comptes

Face aux tombes alignées creusées par leur mépris

Rengainant leur superbe, ils en paieront le prix…

 

Nul ne pardonnera leurs coupables intrigues

Conduites au nom hideux de ces profits qu’ils briguent

Ce jour-là, vengeresses, les âmes qu’ils suppriment

Reviendront sans pitié les châtier pour leurs crimes !

 

Écrit dans la matinée du 14 Avril 2020

(Antidote littéraire à mon exaspération) précise l'auteur. 

Merci à lui de tant de goût, de générosité et d'esprit !

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