100'000 lecteurs pour l'Impertinent(e) ! (20/04/2020)

L'entretien que j'ai accordé à la journaliste Amèle Debey pour le lancement de son nouveau média en ligne a lui aussi trouvé son public.
 
D'aucuns m'ont reproché suite à cette parution un manque de nuances et certains raccourcis : ils ont en partie raison. C'est le propre du modèle de l'interview, où l'on va à l'essentiel. Et de l'urgence dans laquelle j'étais de contredire frontalement certaines "inexactitudes" d'état, que les médias habituels se sont très peu souciés de vérifier avant de les répercuter à tour de bras.
 
Avec mes collègues anthropologues, en tant que scientifiques, nous avons bien sûr l'habitude de soigneusement documenter nos travaux. Comme je lai fait avec mes articles de blog.
 
Et dans le livre qui paraîtra cet été aux éditions humenSciences à Paris sur le désastre sanitaire et sociétal du Covid.

 
 
J'y développerai avec toute la profondeur requise l'anatomie de ce désastre en effet sans précédent, qui aura vu une épidémie ayant strictement les mêmes caractéristiques en termes de contagion et de létalité que la grippe (selon l'étude sans doute définitive publiée par le Pr Ioannidis le 11 avril - interview à consulter ici) conduire à une panique et une casse sociétale aussi massive qu'absurde. 
 
L'épidémie de Covid n'était bien sûr ni anodine ni inoffensive, mais simplement : sans gravité particulière ou anormale, du même ordre que le banal influenza, ainsi que je l'ai affirmé sans relâche depuis le 12 mars ! Les dégâts -car il y en a eus- ayant pour l'essentiel une toute autre cause que la dangerosité du virus lui-même, comme il sera soigneusement démontré dans le livre.
 
Je me suis vu à cette occasion taxer de penseur "non conforme", selon la juste expression employée par Myret Zaki dans une tribune où elle défendait -et je l'en remercie- l'importance vitale, intellectuelle et civique, du débat d'idées.
 
Il s'agit là d'un principe importante, confirmé avec éclat par les neurosciences : si nous voulons éviter de finir idiot (la recherche parle de rigidité cognitive -c'est la même chose), rien n'est plus utile que de nous pencher avec un réel intérêt sur les idées contraires aux nôtres.
 
Je me vois donc soudain affublé de cette étiquette de "non-conformité, alors que je pratique l'anthropologie médicale à vrai dire de manière plutôt classique et que n'importe quels consœurs ou confères connaissant leur domaine auraient pu en dire autant que moi.
 
Je me suis vu aussi reprocher (?!) mon intérêt passé pour le chamanisme, alors qu'il s'agit d'un sujet aussi fondamental en anthropologie que la géométrie euclidienne en mathématiques. Sauf à devoir déconsidérer la grande lignée de savants illustres à l’origine de notre discipline, de Franz Boas et Margaret Mead à Marcel Mauss et Claude Lévi- Strauss, tous sujets d'un intérêt assurément suspect pour le chamanisme !
 
 
 
Par quel processus obscur...
 
... nos gouvernants ont-ils pu préférer les projections délirantes de mathématiciens déconnectés du réel à la saine analyse de spécialistes compétents, infectiologues cliniciens, virologues, épidémiologistes, experts en santé publique (et même anthropologues) ? Une grande partie de la réponse figurera dans le livre.
 
Avant la parution de celui-ci, les personnes intéressées à la grand aventure scientifique de notre temps qu'est l'exploration du cerveau pourront lire "Neuro-stratégies" un ebook qui sortira début mai chez le même éditeur, dont les droits seront intégralement versés au Collectif Inter Hôpitaux.
 
Il s'agit d'un livre que j'ai co-écrit avec mon ami Mark Waldman, un des plus grands chercheurs actuels en neurosciences. En compagnie du Pr Andrew Newberg, Mark a conduit, à l'Université Jefferson à Philadelphie, des recherches pionnières et passionnantes sur l'effet des pratiques spirituelles et religieuses sur le cerveau. Mais aussi sur les biais de cognition (peut-être à recommander aux responsables politiques et sanitaires suisses et français) ou encore ce que les psychologues (comme Roger Federer décrivant ainsi les états de grâce auxquels il accède souvent sur le court) appellent l'état de "flow".
 
Mark a accepté -et je lui en suis profondément reconnaissant- que l'intégralité de nos droits d'auteur soient versés à ce collectif venant en aide aux soignants.
 
Je reste profondément navré de la manière irresponsable et inique dont ceux-ci ont été mis à contribution à tant d'endroits, comme une armée de malheureux, des soldats qu'on envoyait au front sans même leur donner les moyens de leur sécurité et de leur protection.
 
La Suisse ayant été relativement épargnée du fait de son système de soins disposant de bien plus de moyens (il en coûte à chaque habitant au moins 500 euros par mois,  dans ce pays sans caisse d'assurance-maladie publique, mais avec une obligation de contracter une assurance auprès de compagnies privées, cumulant des réserves obscènes), nous avons fait le choix de ce collectif aidant les soignants en difficulté du fait des événements.
 
 
Le vrai courage
 
Bien des internautes m'ont félicité pour mon courage au long des semaines et des analyses et prises de position que je publiais. Je les en remercie du fond du cœur. Mais la vérité est que mon courage était tout relatif. Le pire risque encouru (je l'ai pris en toute conscience et vraiment sans me poser de questions) étant de déplaire à certaines gens en place et de subir éventuellement les contrecoups de leur ressentiment.
 
Les vrais courageux dans cette triste histoire -et c'est une bien modeste manière pour moi de leur rendre hommage-, ce sont ces femmes et ces hommes qui jour après jour, dans des conditions difficiles et souvent sordides, sont allés au front en respect de leur engagement à soigner la douleur humaine -et de ce serment d'Hippocrate que les autorités ont piétiné, mais qu'eux ont respecté jusqu'au péril et pour certains même au prix de leur vie.
 
C'est vers eux que je redirige en pensée les compliments que je reçois, sachant que c'est aussi pour eux et en grande partie avec eux que j'ai mené ce combat au long des semaines.
 
 
Neuro-stratégies
 
Dans ce livre électronique, Mark et moi (qui épluchons depuis des années la littérature scientifique en neurosciences) avons extrait de cette masse de données des stratégies utiles et amusantes, faciles à utiliser au quotidien pour entretenir notre vitalité, notre équilibre émotionnel, et améliorer nos performances cognitives -en particulier en ce qui a trait à la prise de décision.
 
A recommander en priorité à nos autorités politiques et médicales ?
 
Je doute que cela les intéresse hélas. Elles sont encore persuadées (ou cherchent encore à nous faire croire) qu'elles ont pris les bonnes décisions, en dépit de toutes les évidences.
 
Je fais plutôt confiance à ce que j'appelle "cette grande tribu des personnes intègres et de bonne foi" qui, à défaut la plupart du temps d'être aux commandes, sont les vraies forces vives de notre société et constituent notre grand et beau réservoir d'humanité.
 
 

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