Laissons les médecins-généralistes prescrire l’hydroxychloroquine !

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Dans la drôle de guerre sanitaire que nous vivons, la captation par le monde hospitalo-universitaire de l’utilisation de l'hydroxychloroquine contre le Covid-19 pose un sérieux problème de démocratie sanitaire et d’égalité de traitement -avec ou sans mauvais jeu de mots.

par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie médicale, expert en santé publique

 

Pour ceux en douteraient encore, le fait d’être un grand homme ne met pas à l’abri de parfois dire de redoutables bêtises, surtout lorsqu'elles sont soufflées par des sources peu recommandables. Même le Pr Didier Pittet, l’infectiologue-star des HUG, l’inventeur désintéressé des solutions hydroalcooliques, s’est illustré ces dernières heures avec au moins une énorme ânerie.

Sur les ondes de la RTS, on entendit le grand homme colporter celle énoncée par les hautes autorités françaises selon laquelle la prescription d’hydroxychloroquine contre le Covid devait être réservée aux cas critiques (sous assistance respiratoire). A l’encontre de toutes les recommandations des concepteurs du traitement, qui à l'inverse plaident pour qu’il soit donné le plus précocement aux personnes infectées par le coronavirus afin de :

a) réduire drastiquement la durée pendant laquelle elles s’avèrent contagieuses ;

b) prévenir le développement des complications que l’on observe trop souvent -en particulier le syndrome de détresse respiratoire aigüe.

L’ânerie proférée par le Pr Pittet met par ailleurs en lumière si besoin était la malhonnêteté profonde du protocole de recherche européen DISCOVERY. Une des critiques portées à l’utilisation de l’hydrochloroqquine contre le Covid est le manque de données solides à l’appui de sa prescription. Montée pour soi-disant remédier à ce manque de données de qualité, DISCOVERY révèle à l’inverse un parti-pris aussi malsain qu’il est possible : d’abord, il ampute le traitement de référence proposé par l’IHU Méditerranée-Infection de sa moitié (l’antibiotique à propriétés antivirales azithromycine, que les Marseillais prescrivent conjointement à l’hydroxychloroquine) ; mais surtout en réservant l’indication à des patients en stade critique, il truque par avance les résultats en assurant qu’il n’aura été prescrit qu’à des patients pour lesquels il était déjà trop tard. Une opération d’un cynisme et d’une malhonnêteté intellectuelle gravissimes, qui sera à mon sens passible des tribunaux.

 

Une monopolisation abusive

L’hydroxychloroquine est réservée à la prescription en milieu hospitalier en France comme en Suisse. C’est une très mauvaise décision sanitaire, qui suscite de virulentes contestations, notamment de la part d’associations de médecins. Si le souci de prévenir toute automédication comme celui d’assurer l’approvisionnement de malades prenant le médicament pour d’autres indications (comme le lupus) est évidemment louable, il l’est assurément moins de jouer sur une pseudo-pénurie : Sanofi en France et Novartis en Suisse ont proposé aux autorités de mettre à disposition des millions de doses rapidement. Dans les deux cas, les autorités ont bloqué le processus, préférant « attendre des résultats scientifiques avérés ». Comme on l’a dit, s’ils comptent sur DISCOVERY, ils sont mal barrés…

La conséquence est que les médecins de ville sont privés de toute possibilité de prescrire le traitement de référence mis au point à Marseille à leurs patients, en violation grave de leur liberté de médecin. Dans le même temps, la prescription de premier recours d’hydroxychloroquine à toutes les personne infectées devient la norme sanitaire dans le Latium, des pays comme le Maroc ou le Sénégal l’adoptent, les hôpitaux suisses et français la proposent de fait massivement, des expériences prometteuses se multiplient à travers le monde… pendant que la Suisse, elle, brime ses médecins de ville pour des motifs ineptes.

Ne nous y trompons pas, c’est bien d’une certaine manière la question de la dominance des milieux hospitalo-universitaires qu’il s’agit. La manière remarquable dont ils ont développé l'offre de soins intensifs dans notre pays et leur travail héroïque au front ne doit pas conduire à leur attribuer de pleins pouvoirs ni de leur réserver un traitement prometteur. La santé, comme le plaisante l'adage, est une chose bien trop sérieuse pour être laissée aux seules autorités médicales !

Nous vivons en démocratie sanitaire. Je pense que dans le debriefing du scandale sanitaire en cours, on posera le constat des dysfonctionnements et des abus multiples au sein des dispositifs - comme ceux ayant conduit en quelques semaines à des pénuries de masques et autres matériels de protection pour les soignants. J’ai suffisamment élaboré ces éléments de réalité dans mes différents billets pour ne pas y revenir ici.

Ce dont il question ici, c’est de la souveraineté décisionnelle des soignants, en particulier des médecins de ville. Face aux abus de l'état, la justice sera-t-elle la voie de recours utile ?!

En Guadeloupe, un tribunal vient de donner raison à des soignants contre la politique imbécile de l’état français, obligeant l’agence régionale de santé et le CHU local à acheter un nombre important de tests de dépistage et de traitements à base d’hydroxychloroquine !

En Suisse, devrons-nous également passer par un tribunal pour réhabiliter le rôle central des médecins-généralistes comme premiers acteurs de santé publique ? Et les rétablir dans leur droit de prescrire les meilleurs traitements à leurs patients en leur âme et conscience ?! Quand les patients et leurs soignants doivent lutter contre l’État et leurs propres autorités sanitaires, quelque chose ne tourne vraiment pas rond au pays de la santé !

 

Pour un débat intelligent autour de cette question, voir cet extrait de l'émission "Morandini live" du 27 mars 2020 sur CNews, avec les docteurs Christian Perrone (Infectiologue) et Patrick Pelloux (Urgentiste), qui plaident pour que l'hydroxychloroquine soit utilisée massivement dès les premiers signes d'infection.

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