Hydroxychloroquine : la propagande En Marche ?!

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Les lecteurs de ce blog n’en seront pas surpris : je m’attendais à la montée en épingle d’accidents avec le Plaquenil pour en discréditer l’usage. Ces salves se produisent le jour même où la première étude randomisée, réalisée en Chine et en cours de pré-publication, apporte une confirmation heureuse aux espoirs mis dans le traitement développé à Marseille. Un éclairage s’impose.

par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie médicale, expert en santé publique, Genève.

 

Parmi les appels amusants qu’on entend ces jours, ceux qui mettent en garde contre la méfiance injuste envers les autorités de santé. Je l’ai rappelé, nul besoin d’être complotiste en l’espèce puisque la réalité connue de tous est que les intérêts privés infiltrent et influencent de manière malsaine tout le système décisionnaire en santé.

Au premier rang des « complotistes » donc qui dénoncent inlassablement cet état de fait, on trouve (outre votre insignifiant serviteur) les universités de Harvard, d’Oxford et de Stanford, les trois principales revues médicales au monde (The Lancet, the British Medical Journal et the New England Journal of Medecine), sans oublier le parlement britannique (voir mon article « mauvaise science et religion ») ainsi qu'à vrai dire tous les acteurs et observateurs intègres du domaine -excusez du peu.

Alors quand des personnalités douteuses viennent nous implorer de faire confiance aux vertueuses autorités de santé pour ne pas tomber dans le « complotisme », on est en droit de soulever nonchalamment un sourcil...

 

Dangers réels ou fantasmés ou opportuns ?!

En ce qui concerne l’hydroxychloroquine, bien sûr, il s’agit d’un médicament et comme avec tous les médicaments, il y a un certain nombre de précautions d’usage à vérifier. Toute substance mal employée ou prise en excès peut être dangereuse. Tous les médicaments sur le marché qui ne sont pas de simples placebos (il y en a) ont des potentiels effets adverses à surveiller.

D’où l’importance bien sûr des mises en garde contre l’auto-médication. Le protocole mis au point à Marseille prévoit un électrocardiogramme avant le début du traitement, puis un autre deux jours plus tard. Il prévoit aussi une analyse du taux de potassium dans le sang. Bref, des petites précautions incontournables pour éviter d’éventuels pépins avec une molécule qui reste dans l’ensemble remarquablement sûre.

Or on entend depuis 24 heures dans tous les médias les récits, non vérifiés, de « décès » dus à l’hydroxychloroquine. Le Monde par exemple, rapporte d’effectives suspicions d’accident pharmacologique, mais avec une prudence journalistique qui devrait inspirer leurs confrères et sœurs des autres médias. Lisons :

« Au total, nous avons eu pour l’instant une trentaine de cas signalés en pharmacovigilance relatifs à des médicaments utilisés dans le Covid-19, précise Dominique Martin, directeur général de l’ANSM. Les plus nombreux concernent le Kaletra (association lopinavir/ritonavir). L’hydroxychloroquine (Plaquenil), seule ou associée à un autre produit, est impliquée dans cinq cas dont trois mortels. Ces dossiers sont en cours d’analyse par un centre régional de pharmacovigilance (CRPV). A ce stade, il n’y a pas d’imputabilité certaine des symptômes cardiaques observés à l’hydroxychloroquine. »

On voit ailleurs débouler à la louche des affirmations à l’emporte-pièce, montant en épingle des cas qu’il faudrait au préalable documenter avec soin. Il va de soi que si des dizaines de milliers de patients supplémentaires se voient traiter avec du Plaquenil, vous allez avoir arithmétiquement (et hors toute toxicité du médicament) toutes sortes de décès et de problèmes de santé. C’est pourquoi il est essentiel de faire le travail de pharmacovigilance avec soin et hors tout effet de dramatisation. Honnêtement.

Complotiste ou pas, la synchronicité est troublante : cette salve se produit au moment même où une étude de qualité (certes en pré-publication) paraît confirmer le bien-fondé du traitement élaboré à Marseille. Au moment même où ceux et celles qui l’utilisent sur le terrain confirment son utilité -comme le Pr Christian Perrone, qui dit : « Ça marche... Il n'y quasiment plus d'hospitalisations quand c'est utilisé précocement... Mais il en faudrait des millions de doses... Ça fait 15 jours qu'il n'y a pas eu d'ordres pour le produire en France. »

Car oui, le gouvernement français continue de bloquer la production d’hydroxychloroquine, sous la recommandation de ses groupes d’experts dont les liens avec l’industrie commencent à être enfin questionnés. Selon Mediapart, « plusieurs médecins des deux conseils scientifiques qui accompagnent le gouvernement sur les choix stratégiques à faire pour affronter le Covid-19 ont des liens d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique. Certains labos ont, selon nos informations, dépensé des dizaines de milliers d’euros. Des règles de déport sont en discussion. »

Résultat ? La molécule -dont même le DG de Novartis vient d'affirmer qu'elle constituait à ce stade le plus grand espoir contre le coronavirus- est en voie de rupture de stock définitive en France. Si ça c'est pas de la bonne gouvernance...

 

Pendant ce temps, les gens sont tristement laissés à leur sort. Voici le message poignant reçu ce jour d’une femme en détresse. Je ne la cite que pour faire comprendre ce dont il est question, in fine, dans la vraie vie des gens -et au cas où quelqu’un pourrait répondre à son appel à l’aide :

Bonjour à vous, très cher anthropologue que je ne connais pas…

J’ai découvert votre blog il y a environ une dizaine de jours, et j’ai envoyé à tous mes contacts votre papier « Corona fin de Partie !? ». Depuis, je lis votre blog, et mes amis aussi. Merci d’être là et de mettre votre savoir et votre humour à la disposition de tous.

Par une ironie du sort, c’est moi qui viens vous demander aujourd’hui si vous pouvez faire quelque chose pour moi. En deux mots : ma tante est en EPHAD, et elle vient d’attraper le Coronavirus (il n’y a pas de test disponible, quelle honte !!!!) mais le médecin qui l’a examinée dimanche le pronostique -Son EPHAD est touché, et elle a tous les symptômes. On la laisse désormais dans sa chambre… Sous roséfine, vouée à une mort certaine. Oui, elle a 96 ans, mais en Italie on a sauvé une personne de 102 ans, et quelques autres de plus de 90 ans.

J’ai la rage. Alors depuis, je décroche mon téléphone et écrit tous zazimuts (z comme rester souple dans ma peine) afin de pouvoir proposer à ma tante la fameuse chloroquine… qui peut peut-être la sauver. Il ne nous reste que quelques jours, car je sais que la maladie flambe au bout de 8/10 jours. La pharmacie à côté de chez moi en délivre, sur prescription hospitalière… J’ai dans ma famille ou bande d’amis quelques médecins, mais non hospitaliers… N’importe quel contact d’un médecin hospitalier sur Paris pourrait nous sortir de cette infamie : laisser mourir nos aînés aimés à cause de la gabegie ambiante. C’est révoltant.

Pardon de vous écrire tout cela, je ne sais pas si vous pouvez m’aider. Mais si vous le pouvez, en ouvrant votre carnet d’adresses ou des carnets d’adresses d’amis d’amis, faites-le. Nous avons besoin d’une ordonnance hospitalière, encore une fois. Le médicament peut être administré en EPHAD.

Je vous en serais éminemment reconnaissante.

Bien à vous, très chaleureusement,

Depuis Paris,

NN

 

J’aimerais tellement avoir une solution, un passe-droit, mais je n’ai que mon impuissance, mon indignation et mes larmes à offrir à cette dame. Ceci alors même que dans mon pays, une dame de 95 ans vient de sortir de l’hôpital après y avoir été traitée avec le protocole marseillais.

Alors, dans toute cette propagande et ces manipulations, je peux malgré tout promettre de continuer envers et contre tout à mettre les choses en lumière. J’ai souvent partagé ma conviction que cette gabegie se terminera devant les tribunaux. Tôt ou tard il faudra que justice soit rendue.

Le Pr Raoult est convaincu que le scandale sera aussi saignant que le scandale du sang contaminé. Moi aussi.

 

 

 

 

 

 

 

 

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