Covid : l’imposture Evidence-Based

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Je me rends finalement compte que je me suis mis à radoter. C’est le signe à n’en pas douter qu’il est temps que je mette un terme à ma série d’articles sur le Covid. J’ai encore trois sujets à traiter après celui-ci et après, je me tairai.

J’ai bien d’autres intérêts dans la vie et je crois avoir fait ma part pour partager des perspectives et des convictions qui me paraissaient essentielles alors que nous sommes confrontés à cette situation sans précédent. Si je me suis autant exprimé, c’est aussi du fait du silence assourdissant de mes collègues épidémiologues, éthiciens et épistémologues. Les éthiciens en particulier m’ont fait penser à ces propriétaires de villa ayant surpris des cambrioleurs et s’étant cachés derrière un rideau, qui se mettent à penser très fort : « Surtout ne pas éternuer ! » (Il existe aussi une version plus familière...)

C’est peu dire qu’on les a peu entendus -et en particulier pas sur les sujets que je me suis employé à soulever. Mais revenons pour l’instant sur une absurdité qui n’est pas la moindre de toutes celles qu’on voit et qu’on entend - l’époque est féconde en la matière.

par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie de la santé et expert en santé publique, Genève

 

L’Evidence-Based Medicine est une méthodologie et une philosophie de recherche qui a été élaborée pour essayer d’y voir clair dans le traitement des maladies non-infectieuses. Pourquoi le rappeler ? Eh bien très simplement parce que dans le domaines des maladies transmissibles, l’épistémologie de la recherche est beaucoup plus simple : si vous avez d’un côté un agent infectieux et de l’autre un médicament qui le fait disparaître sans causer de dommages au malade à qui on le prescrit, c’est banco !

Pensez-y : même le très redouté SIDA, qui aura causé la mort de 25 millions de personnes à travers le monde, a été vaincu par une simple combinaison de remèdes. Les plus anciens s’en souviendront : on a cherché un traitement en vain pendant des années, alors que les personnes infectées mouraient les unes après les autres. Puis, en 1996, c’est le « miracle » : l'ère des trithérapies s’ouvre, d’abord avec la combinaison d'une antiprotéase (IP) avec deux inhibiteurs nucléosidiques de la rétrotranscriptase (NRTI). Le traitement, alors assez lourd, est ensuite allégé jusqu’à atteindre un bon niveau de confort pour les personnes sous prescription.

Jamais ne trouverez-vous (à part peut-être le Viagra pour les dysfonctions érectiles !) d’équivalent pour les maladies chroniques, non-transmissibles. Comment imaginer qu’un remède (ou une petite combinaison de remèdes) pourrait résoudre un diabète, une maladie de Parkinson ou d’Alzheimer ? Sans doute des avancées thérapeutiques seront-elles accomplies, mais vous saisissez l’idée : le domaine de l’infectiologie clinique est épistémologiquement simple, basé sur une démarche empirique, et dès lors qu’un remède est efficace contre l’agent pathogène, eh bien il n'est pas besoin d'aller chercher plus loin ! Les découvreurs des tri-thérapies n'ont pas eu à ma connaissance à essuyer un tir de barrage semblable à celui qu’essuie Méditerranée-Infection. Alors que la méthodologie de recherche est la même dans les deux cas.

A l’inverse (et c'est bien là l'intérêt de l'EBM) les maladies chroniques, complexes, multifactorielles, réclament des protocoles de recherche différents (bien plus statistiques en effet) pour essayer de dégager une « evidence ».

 

Le Pr Oultra et la peste

Nous sommes ici dans la situation suivante : imaginez qu’existe dans le Nord de la France un centre de compétences qui soit le meilleur dans son domaine en Europe, dirigé par une sommité mondiale - un des meilleurs connaisseurs en particulier des bacilles de la peste. Le traitement contre la peste rappelons-le ne fut élaboré qu’à partir du fin du XIXe siècle, après la découverte du bacille par Alexandre Yersin. Nous disposons aujourd'hui Dieu merci de plusieurs antibiotiques actifs comme la streptomycine, la tétracycline ou encore la fluoroquinolone. Ils sont efficaces s'ils sont administrés à temps. Sans traitement ou exception (20 à 30% des cas), la peste (qu’elle soit bubonique ou pulmonaire) est mortelle en 3 jours.

Cette terreur des âges anciens aura donc finalement été vaincue par un « bête » antibiotique. Oui, l’infectiologie est simplement aussi simple que cela quand on trouve un remède efficace…

 

Imaginez encore que la nouvelle se répande brusquement d’une nouvelle sorte de bacille de la peste, apparue en Asie et qui menacerait de déclencher une nouvelle épidémie mondiale.

Le Pr Oultra, rappelons-le l'un des microbiologistes les plus respectés au monde, annonce sa conviction qu’un vieil antibiotique fera parfaitement l’affaire face au nouveau bacille. Des essais datant d'une décennie plus tôt on montré une efficacité in vitro face à des bactéries de la même famille. De nouvelles études provenant de Chine confirment de manière convaincante cette indication pour le nouveau bacille. Des pays -en particulier ceux qui ont obtenu les meilleurs résultats à ce jour- ont pour leur part déjà incorporé cet antibiotique dans leurs treatment guidelines.

Le Pr Oultra démarre un essai clinique dans son grand centre Nord-Infection qui confirme l’evidence : l’infection est curée en 6 jours. By bye new peste ! Atchao bonsoir !

 

Bof !

Au lieu de susciter le soulagement national qui paraîtrait évident, Oultra se voit vilipendé par des cohortes de pairs qui lui reprochent de ne pas avoir utilisé les méthodologies de l’Evidence-Based Medicine. Méthodologies qui ne sont absolument pas faites pour cela. Et qui n’offrent aucun avantage par rapport à la démarche empirique (« historique ») pratiquée à Marseille.

Je l’ai dit, l’autre raison de l’adoption massive de la démarche EBM dans le domaine de la recherche médicale tient au fait qu’elle fournit des possibilités inépuisables de manipulation et de fraude. Les compagnies pharmaceutiques en particulier en font grand usage (avec des dérives soigneusement documentées) pour pouvoir :

    • Mettre sur le marché des médicaments sans bénéfice thérapeutique réels -comme les antidépresseurs IRS, dont le seul effet vérifié est un impact négatif sur la libido et l’augmentation du nombre de suicides chez les jeunes.
    • Remplacer d’anciennes molécules efficaces par de nouvelles qui ne le sont pas plus, mais sont facturées beaucoup plus cher.
    • Enfumer des résultats gênants avec des études formatées pour aboutir au résultat espéré, qui puissent contredire des données sérieuses et honnêtement acquises. Pour un exemple de telle truanderie, il suffit de se pencher sur le pseudo-essai européen Discovery. En ne donnant que l’hydroxychloroquine (sans l’azithromycine) à des patients en détresse respiratoire (pour lesquels la prescription intervient trop tard), les créateurs de cette étude s’assurent de parvenir à un résultat négatif.

Tous ces éléments devraient conduire les autorités médicales et les chercheurs à disqualifier l’EBM comme méthode de choix pour évaluer le traitement mis au point à Marseille.

Eh bien non, ce sont les opposants du Pr Oultra qui disqualifient de toutes les manières possibles le professeur le plus calé en France dans son domaine, pour imposer des « études complémentaires » basées sur une méthodologie inadéquate et malhonnête.

Oultra essaye bien de montrer qu’on ne meurt plus du nouveau bacille à Nord-Infection. Son traitement est considéré comme le plus indiqué par une majorité de médecins à travers le monde, rien n’y fait : les autorités françaises (et suisses) entravent avec acharnement la diffusion de ce traitement. Pendant que les gens meurent. Et que les méthodologues réclament de sacrifier des victimes à la science en randomisant en double-aveugle des patients atteints de formes graves du Covid.

Comment dit-on "allô non mais allô quoi ?!" dans le domaine de l'éthique ?

 

Ici et ailleurs

J’imagine trop bien la scène aux Hôpitaux Universitaires de Genève ou dans le bureau du médecin cantonal. J’ai eu l’occasion, depuis le début de la pandémie, de dire tout le bien que je pense de l’action du Dr Romand. Ce ne sera certes jamais le plus jovial des hommes, mais le haut fonctionnaire a assuré son rôle avec une fermeté et une cohérence remarquables.

Je redoute par contre d'imaginer ces messieurs et dames entre pairs, parterre de gens pensant à peu près tous pareils, ignorants de l'épistémologie de la recherche, formatés par l'obsession des statistiques au point d’en avoir partiellement perdu de vue les fondamentaux de la médecine. Et débouchant sur un avis bâclé, une sorte de réflexe pavlovien : ce n’est pas de l’Evidence-Based.

En effet, docteurs, c’est simplement de la médecine.

 

 

 

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