Hydroxychloroquine : coup de chapeau aux HUG, au CHUV et aux hôpitaux romands (et maintenant, on se bouge !)

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L'info est finalement sortie au Journal télévisé de l'inoxydable Darius Rochebin : les hôpitaux romands utilisent massivement le traitement suggéré par Méditerranée-Infection pour les patients atteints du Covid.

Ce n'est évidemment pas une suprise. J'avais reçu dès le 19 mars une réaction outrée à mon article "Covid-19 : fin de partie ?!" du chef de service d'un des plus importants hôpitaux alémaniques, dans laquelle l'éminent professeur me disait que "bien sûr" ils utilisaient déjà l'hydroxychloroquine, tout en se disant très agacé par le raout du Pr Raoult.

Des contacts aux HUG et au CHUV m'ont renseigné pareillement au long des semaines sur le pragmatisme des réponses de soins, et la prescription à large échelle du traitement marseillais. Tout en me demandant de ne surtout pas le révéler.

Tout ceci sans oublier cette adorable dame de 95 ans soignée avec le traitement en question à l'hôpital du Locle, dont j'ai beaucoup partagé la vidéo réalisée par la RTS.

par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie médicale et expert en santé publique.

 

L'histoire est vraiment très touchante puisque cette dame, hospitalisée à cause de son état,  avait expressément demandé à ne pas être intubée en cas de besoin, invoquant être au soir de sa vie et ne pas souhaiter de mesures intrusives pour sa survie. Soignée à l'hydroxychloroquine, elle était ressortie quelques jours plus tard complètement guérie...

Un lecteur m'interpelle donc (ô combien a-t-il raison) pour un commentaire en effet cinglant que j'avais écrit la veille (soit le 9 avril) :

« Alors soit, les HUG ou le médecin cantonal genevois peuvent en remontrer haut la main (et les doigts dans le nez) au meilleur centre de compétences en infectiologie d'Europe, qui se fourvoie, voyons ! Et vraiment, quelle chance d'avoir de tels génies parmi nous. »

 

Il est toujours amusant de sortir les phrases de leur contexte, ça permet de les tourner en ridicule avec un indiscutable effet comique. Voyons toutefois un peu... Voici ce que je lui ai répondu :

« Oui, je me référais à différentes déclarations et directives des acteurs que vous mentionnez expliquant pourquoi l’hydroxychloroquine ne servait à rien... alors qu’ils l’utilisaient déjà massivement (et à juste titre étant donné la balance risques vs bénéfices possibles).

Soit ce ne sont pas les mêmes qui ont écrit les inepties que j’ai citées et qui soignent les gens, soit leur main gauche ignore ce que fait leur main droite... soit le poids du conformisme EBM est tel qu'il était trop compliqué d’admettre avoir fait ce choix pragmatique. »

 

Une évaluation sans concessions de la mauvaise science sera à faire dans l'après-coup : l'Evidence-Based Medicine, une méthode de recherche évidemment respectable quand elle est bien employée, est devenue une espèce de dogme impérialiste auxquels ses sectateurs attribuent la même vertu magique d'infaillibilité que le catéchisme catholique attribue à son souverain pontife, la transformant par là en idéologie ou même en religion.

La seule réponse possible ? Assurer une formation solide et rigoureuse aux futurs chercheurs et médecins en épistémologie, philosophie et histoires des sciences. Allez, je ne résiste pas au plaisir (intellectuel) de citer une fois de plus Edgar Morin, ce grand et chercheur et philosophe de la complexité -et des limites des idéologies réductionnistes face au réel :

« Malheureusement, très peu de scientifiques ont lu Karl Popper, qui a établi qu’une théorie scientifique n’est telle que si elle est réfutable, Gaston Bachelard, qui a posé le problème de la complexité de la connaissance, ou encore Thomas Kuhn, qui a bien montré comment l’histoire des sciences est un processus discontinu.

Trop de scientifiques ignorent l’apport de ces grands épistémologues et travaillent encore dans une optique dogmatique. »

 

Je m'en contrefiche personnellement d'avoir eu raison ou tort. J'ai suffisamment dit de bêtises dans le cours de ma vie (la seule prévention efficace étant de ne jamais ouvrir la bouche) pour être à l'abri de croire avoir la science infuse.

En même temps (oups!) trente ans d'expériences et de compétence dans le domaine qui est le mien m'habilitent à dire certaines choses avec une probabilité élevée d'être dans le juste.

En l'occurrence, cela a été le cas. Mes analyses du 18 mars se sont trouvées confirmées par la suite de manière rare, tant ce que j'avançais un peu audacieusement alors s'est trouvé intégralement validé ensuite par les meilleurs spécialistes.

Je le rappelle toutefois : notre objectif en tant que scientifiques n'est pas d'avoir raison (c'est l'obsession de la politique ou du religieux) mais de poser les bonnes questions et de formuler des hypothèses de recherche pertinentes. C'est peut-être difficile à appréhender, mais une hypothèse qui s'avère fausse peut apporter autant d'enseignements qu'une hypothèse validée par l'expérimentation.

Non, nous les scientifiques n'avons aucunement besoin d'avoir à tout prix raison. Ceci même si cela fait plaisir quand se trouve validée une hypothèse que nous avions formulée (relevant toujours au départ d'une intuition, tant les réseaux neuronaux de la créativité et de l'analyse rationnelle travaillent en synergie dans notre cerveau -Default Mode Network et Central Executive Network pour les lectrices et lecteurs intéressés.)

Tout ceci pour dire que je tire le plus volontiers du monde un grand coup de chapeau aux équipes des HUG, du CHUV et des hôpitaux suisses qui appliquent (évidemment !) le protocole de Marseille, parmi d'autres options thérapeutiques qu'il vaut bien sûr la peine de tester également.

Avec un pareil grand BRAVO pour leur sens médical. Oui, la vraie médecine est toujours empirique, en particulier en infectiologie. La prochaine étape URGENTE étant de rétablir les médecins de ville dans leur droit inaliénable à prescrire, comme leurs collègues hospitaliers, les meilleurs traitements disponibles.


Nous avons toutefois déjà perdu bien trop de temps : arrêtons ce délire !


Et sauvons désormais des vies bien en amont de l’intubation.

 

PS pour les lecteurs qui m'en ont aimablement (et de manière un peu taquine) fait la remarque, je n'ai pas oublié mon engagement de me taire prochainement sur le Covid. Des billets comme celui-ci sont plutôt des petits rebonds sur l'actualité. Je prépare un dernier long article pour faire le point de ce que nous savons actuellement sur cette pandémie, que j'espère mettre en ligne demain ou après-demain -le travail de recherche documentaire est assez costaud. Après, je me tais (sur ce sujet), c'est promis !

 

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