PÂQUES AVEC MAURICE ZUNDEL

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Je ne crois pas qu’il soit possible de devenir anthropologue sans être habité par une fascination passionnelle pour la condition humaine. Comme le proposait avec sa délicieuse finesse Jean d’Ormesson dans un de ses tout derniers livres, nous sommes tous sur cette Terre des « égarés ». Aucun d’entre nous n’a la moindre idée de ce que nous fichons ici, ni d’à quoi peut bien rimer cette si insolite expérience. Le pire étant peut-être (du moins en apparence) l’assurance que nous avons de ne jamais pouvoir trouver une réponse complète, définitive à cette énigme de notre vivant.

Face au vertige de cet impossible donc, il semble n’y avoir en définitive que deux réponses adaptatives : la première est de refouler (toujours un peu anxieusement et un peu furieusement me semble-t-il) ce questionnement et de se rabattre, littéralement, sur des boucliers ou des calmants. Chercher l’affirmation de notre valeur dans la réussite professionnelle, la position sociale, l’exercice du pouvoir, la séduction, l’acceptation par les autres (conformisme), la recherche d’attention ou des honneurs. Ou encore nous réconforter avec la nourriture, la dépendance affective, le sexe, l’abus de travail ou de substances psychotropes -légales ou non-, les nouvelles ou le numérique.

Ou bien (comme on dit en Romandie) : empoigner ce questionnement à bras le corps comme Jacob lutta avec l’ange, et nous engager dans la contemplation du mystère, en acceptant notre impuissance à le réduire. Posture sans doute plus inconfortable, mais aussi plus courageuse, plus cohérente, conduisant à la plus belle des vertus humaines : la vulnérabilité.

par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie médicale et expert en santé publique, Genève.

 

Brené Brown, géniale chercheuse en sciences sociales, invite à soigneusement distinguer la vulnérabilité de la fragilité. Dans l’aliénation courante en Occident (où nous restons dans l’ensemble assez « coupés » de nous-mêmes), nous croyons à tort qu’être fort, c’est ne pas être vulnérable. Bien des images nous viennent à l’esprit comme le « surhomme », le « loup solitaire », le « grand fauve », le héros sans états d’âme à la Clint Eastwood dans sa période entre 30 ans et 90 ans, ou même la femme indépendante, libérée, professionnaly successful et qui n’a besoin de rien ni de personne.

Il n’est pas à douter que ces images sont celle d’une sublimation de l’angoisse que peut générer la conscience de notre vulnérabilité. La professeure affirme que celle-ci constitue en fait est notre seule vraie force dans l’exacte mesure précisément où nous sommes des êtres sentimentaux et sensibles (à la tragique exception des psychopathes et des manipulateurs pervers).

Ceux qui se croient à l’abri de la fragilité du fait de leur normalité ou du refoulement de leurs affects peuvent en effet développer un sentiment illusoire d'être forts et solides. Ils sont toutefois particulièrement à risque de se fracasser sur les récifs du réel à la première grosse adversité.

Les gens sensibles, intériorisés, souvent introvertis même ont montré -jusqu’au fond des camps de concentration selon le témoignage de Viktor Frankl - qu’ils étaient en réalité bien plus solides du fait précisément de l'acceptation de leur vulnérabilité couplée avec la ressource indestructible de leur vie intérieure.

 

Athée intéressé en Dieu

J’ai eu la chance de grandir dans un milieu très ouvert d’esprit et athée. On ne m’a pas balancé de flotte au visage alors que je n’aurais pas été en âge d'avoir la moindre idée de quoi il s’agissait. Je n’ai pas non plus été pollué par ces caricatures de Dieu et de la spiritualité qui ont tari les églises jusqu’à les laisser en ruines.

Tout aussi banale que l'étude des pratiques de guérison en anthropologie, ma discipline s’intéresse de manière privilégiée aux systèmes de croyances produits par les peuples et les cultures pour éclairer (au moins en partie) le mystère de la condition humaine. Chaque culture y va de ses récits de création du monde et de l’espèce humaine, ce qui est attendu de nous en tant qu’êtres humains et ce qui nous attend comme destinée ultime au-delà de cette vie terrestre.

Le fait de n’avoir pas été pollué donc par les visages grimaçants du conformisme et du moralisme (assurément les pires) du christianisme, j’ai eu la liberté de m’intéresser à ce grand courant spirituel avec la même neutralité, critique mais bienveillante, qui m’a guidé dans mes explorations d’autres traditions spirituelles sans doute plus en phase avec ma personnalité, comme le chamanisme, le bouddhisme, le soufisme, les traditions kahuna du Pacifique ou encore le spiritisme.

Mon co-auteur et ami Mark Waldman a conduit à l’Université de Pennsylvanie des recherches passionnantes sur le lien entre le cerveau et les pratiques psycho-spirituelles. Avec le Pr Andrew Newberg, ils ont passé au PET-Scan les cerveaux de moniales franciscaines, de lamas tibétains, de pentecôtistes parlant en langues, de soufis et d’athées à qui des pratiques spirituelles laïques avaient été suggérées.

Mark est lui-même athée, et le Pr Newberg agnostique. Ils soulignent avec malice que « Dieu » est toujours un gros mot, car le fait de l’entendre entraîne des réactions cérébrales comparables à un nombre très limité de mots à forte intensité existentielle comme « bonheur », « sexe », « divorce » ou « mort ».

Une autre remarque amusante est qu’en fait, tout le monde croit en Dieu. Ou plus précisément : que vous soyez croyant ou non, vous basez de toute manière votre opinion sur une certaine image de Dieu, qui est une croyance. Le croyant dira par exemple « je crois en un Dieu d’amour qui aime sa créature au point de donner sa vie pour elle » ou « je crois en un Dieu pas commode qui exige de moi que je me tienne à carreau » alors qu’un athée pourra dira : « je ne crois absolument pas en ce potentat barbu trônant au-dessus du monde et qui s’amuserait de voir galérer ces créatures. » Ce qui constitue bien différentes images -croyances- de Dieu. On ne peut être athée que d'une croyance en un certain Dieu- joli paradoxe, assurément.

 

Pâques avec Zundel

En ce jour de Pâques donc, j’ai envie de partager avec mes lecteurs quelques paroles étoilées du mystique suisse Maurice Zundel. Ce très modeste abbé, né en 1897 à Neuchâtel et décédé en 1975 à Ouchy, aura une vie pastorale difficile. Aussi libre qu’en avance sur son temps, il scandalisa à son corps défendant de multiples manières. Par exemple à la paroisse Saint-Joseph à Genève, où il dispensa dans les années 1920s un catéchisme généreux aux jeunes filles dont il avait la spirituelle garde, parlant avec elles d’arts, de science, de l’essentielle nécessité de l’émerveillement et de l’éveil à la beauté, mais aussi d'épanouissement personnel et intellectuel, de relations humaines et de sexualité. Il se fit finalement virer comme un malpropre après avoir expliqué au conseil de paroisse, très fier de ses avoirs thésaurisés, qu’une église se devait avant toute chose d’être pauvre avec les pauvres.

Ce fut le début d’une longue galère, qui le révolta dans un premier temps mais le conduisit ensuite à un approfondissement exceptionnel de sa liberté intérieure. Maltraité par sa hiérarchie qui le trouvait trop mystique, trop original, voire trop protestant, l’abbé Zundel passa ainsi sa vie en errances pastorales, dans les travées obscures de postes de dernier rang.

"L'Église n'aime pas les originaux ni les francs-tireurs, fussent-ils des Saints" aura même dit de lui son maltraitant évêque. Son seul titre de gloire, hormis ses nombreux livres qui connurent un grand succès posthume, sera d'avoir prêché une retraite de Carême au Vatican en 1972 à l'invitation de Paul VI, avec qui il s'était lié d'amitié cinquante ans plus tôt et qui le considérait comme "un génie, un génie de poète, un génie de mystique, écrivain et théologien, et tout cela fondu en un, avec des fulgurations".

Zundel était à l'affut de toutes les aventures de l'art, de la science, des évolutions sociales, avec au centre de tous ses questionnements : l'être humain existe-t-il ? Quelle est la condition pour que notre vie soit autre chose qu'une somme close de conditionnements et de préjugés, qu'elle puisse accéder à cette Présence qui est la respiration de notre liberté.

Parmi ses fulgurances, Zundel affirme une vision de Dieu aux antipodes du potentat céleste qui tyrannise de haut sa créature. Il était d'une prévenance implacable quant à l'usage du mot "Dieu", brouillé par tant de salissures au point de le rendre irrecevable.

« Des gens de ma génération ont été élevés dans une véritable barbarie, ils ont été mis devant un dieu tout fait, devant un dieu défini dans des mots d'ailleurs incompréhensibles pour des enfants, ils ont été mis devant une espèce de barrage, de limite et de menace, ils ont été encombrés de définitions abstraites et souvent absurdes, au lieu d‘être amenés à une expérience où, en s'intériorisant, ils auraient découvert cette Présence au plus intime d'eux-mêmes comme la Vie de leur vie. »

Du « dieu des athées », il disait : « de ce dieu-là, moi aussi je suis athée ! » Tout comme il aimait avec malice murmurer cette parole reprise aux prêtres-ouvriers, qu’il affectionnait :

« Ne parlons pas trop de Dieu, nous l’abîmerions ! »

et, plus fondamentalement :

« Nous avons une peine infinie à intérioriser Dieu. Nous continuons presque toujours à Le situer en dehors de nous comme une puissance qui nous domine alors que la nouveauté de l’Évangile, c’est de situer Dieu au plus intime de nous-même, comme une source qui jaillit ».

« Il s'agit donc à chaque instant de revivre ce passage du dehors au dedans, à chaque instant de se faire centre et origine, à chaque instant de renouer le dialogue et de reprendre contact au plus silencieux de soi avec cette Présence qui éclaire nos racines et nous permet de nous récupérer tout entier. »

Pour les lectrices et les lecteurs qui ne sont pas trop repoussés par leur expérience du christianisme, je suis heureux de partager quelques fulgurances de Zundel, pour qui « Dieu est tout le contraire de ce qu’on pense. » Pour Zundel, Dieu est bien tout le contraire d’un tyran : un secret d’amour scellé au plus intime de nous-mêmes.

Croyants, incertains ou athées, nous pouvons tous je crois vibrer à quelque chose de ce que nous propose Maurice Zundel. Voici donc, en ce jour de Pâques où nos amis chrétiens célèbrent leur conviction que « l’Amour est plus fort que la mort », un partage de quelques paroles étoilées de cet homme ancré au long de sa vie dans la « musique du silence. »

 

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« Si je pouvais résumer toute ma foi, elle est vraiment là : je crois à cette Vie d'un Autre en moi, je crois au risque infini de Dieu, je crois à la tragédie éternelle de l'Amour crucifié, je crois à la fragilité de Dieu, parce que, s'il n'y a rien de plus fort que l'amour, il n'y a rien de plus fragile. »

 

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« Dieu fragile, c'est la donnée la plus émouvante, la plus bouleversante, la plus neuve et la plus essentielle de l'Évangile : un Dieu fragile est remis entre nos mains, un Dieu fragile est confié à notre conscience. »

« Dieu est fragile et désarmé, c'est à nous de le protéger contre nous-mêmes. Ce n'est pas nous qu'il faut sauver de Lui, mais Dieu qu'il faut sauver de nous. »

« La clef de l'Évangile, c'est de savoir que Dieu est pauvre, fragile, sans défense, parce qu'il ne peut qu'aimer »

 

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« C’est cela notre Dieu :
non pas une menace, non pas une limite,
non pas un interdit, non pas une vengeance,
mais l’Amour agenouillé qui attend éternellement
le consentement de notre amour
sans lequel le Royaume de Dieu
ne peut se constituer et s’établir…
Tout le contraire de ce que l’on imagine. »

 

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« Seul le silence, le silence des choses, le silence de la nature, le silence de la lumière, le silence du chant des oiseaux lui-même, ce silence seul peut faire contrepoids à la folie des hommes.

Il est absolument indispensable, si nous voulons garder notre équilibre, de revenir continuellement au silence.

Les hommes pourraient se rencontrer et se retrouver infailliblement, dans la mesure, justement, où chacun consentirait à se démettre de lui-même en écoutant l’appel du silence. »  

 

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« Il y a tant de néant et tant d’absence dans les conversations qui occupent la plupart de nos journées qu’il est impossible que le visage humain puisse se révéler dans ces mots, ces mots qui marchent tout seuls, ces mots passionnels, qui sont simplement l’expression de nos limites et de nos servitudes.

De fait, il y a des êtres qui semblent masqués à un degré incroyable. On dirait qu’ils ne font pas autre chose que dissimuler leur être véritable. Ils paraissent ne songer qu’à se camoufler parce qu’ils n’ont pas confiance, parce qu’ils ne font pas crédit au regard des autres.

Et il arrive parfois qu’un de ces visages, soudain, apparaisse. Le masque se déchire et, derrière tout ce "make believe", tous ces faux semblants et ces jeux d’artifice, on découvre enfin l’authenticité déchirante d’une âme, d’un esprit, enfin d’une existence où la dimension humaine surgit dans la détresse, dans la solitude, dans l’appel, dans la nuit.

Enfin on la sent, elle est là… »

 

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« L'émerveillement, c'est précisément le moment où émerge en nous une nouvelle dimension, c'est le moment privilégié où nous sommes soudain guéris pour un instant de nous-même et jeté dans une Présence que nous n'avons pas besoin de nommer, qui nous comble en même temps qu'elle nous délivre.

Un tel émerveillement, nous le savons, peut s'éprouver dans tous les secteurs : émerveillement devant la nature, émerveillement devant l'amour, devant l'enfant qui naît ou qui dort, devant une découverte scientifique ou devant une création artistique. Il n'y a pas de domaine où l'émerveillement ne nous ouvre des horizons infinis, pas de domaine où nous ne puissions éprouver, à certains moments, ce sentiment d'une rencontre libératrice, précisément parce qu'elle accomplit toujours en nous le même effet, parce que la rencontrer c'est cesser d'être esclaves de nous-même et entrer dans un domaine où notre liberté s'actualise. »

 

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« J’enrage quand on dit : « Dieu permet le mal. » Mais non ! Dieu ne permet jamais le mal ; Il en souffre, Il en meurt, Il en est le premier frappé et, s’il y a un mal, c’est parce que Dieu en est d’abord la victime…

Dieu, en son Fils crucifié, assume toute la détresse humaine ; que la croix du Christ, c’est justement le cri poussé à la face du monde, pour dire aux hommes de tous les temps, que Dieu a partie liée avec tout homme, qu’Il est flagellé dans nos tortures, qu’Il saigne dans nos blessures, qu’Il transpire dans nos sueurs, qu’Il gémit dans nos solitudes, qu’Il pleure dans nos larmes… »

 

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« Il s’agit de vaincre la mort, aujourd’hui même. Le ciel n’est pas là-bas, il est ici ; l’au-delà n’est pas derrière les nuages, il est au dedans. L’au-delà est au dedans, comme le ciel est ici, maintenant.

C’est aujourd’hui que la vie doit s’éterniser, c’est aujourd’hui que nous sommes appelés à devenir source et origine, à recueillir l’histoire pour qu’elle fasse à travers nous un nouveau départ, aujourd’hui, nous avons à donner à toute réalité une dimension humaine pour que le monde soit habitable, digne de nous et digne de Dieu. »

 

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Et enfin ce texte qui parle de Pâques et de Dieu -comme toujours chez Zundel- en parlant de l’être humain :

 

"Qu’avons-nous fait de l’Homme ?

Qu’avons-nous fait de l’Homme ? C’est la question que nous pose cette Liturgie du Jeudi Saint. Qu’avons-nous fait de l’Homme ?

Si nous avions compris l’Évangile de Jésus, est-ce que le monde se trouverait dans l’état où il se trouve aujourd’hui ? Évidemment non !

Car justement cette Liturgie du Jeudi Saint cumule, en quelque sorte, toutes les consécrations de l’Homme par Jésus Christ. Le « mandatum», la dernière consigne de Jésus : « C’est à cela que l’on reconnaîtra que vous êtes mes disciples si vous vous aimez les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jean 13 :35).

Voilà donc le dernier mot du Christ ! Le dernier mot du suprême Prophète, le dernier mot du Fils de l’Homme et du Fils de Dieu, c’est d’aimer l’Homme et de faire de l’amour de l’Homme, le test, le critère, la pierre de touche de l’amour de Dieu.

Et cet amour de l’homme, Jésus va le manifester dans cette scène incomparable, inépuisable, bouleversante, du Lavement des Pieds. Il va nous montrer Dieu à genoux devant l’Homme, devant l’Homme qui est le Royaume de Dieu, devant l’Homme qui porte l’infini dans son cœur.

Jésus à genoux devant l’Homme ! Il n’y a plus rien maintenant à ménager. Il ne s’agit plus de conduire les disciples par une parabole, il faut les mettre brutalement devant la réalité, car la catastrophe est imminente : le Sauveur du monde va être immolé, la toute-puissance de Dieu va connaître un formidable échec en apparence. 

(…)

II faut donc que le vrai visage de Dieu s’imprime maintenant dans le cœur des disciples et qu’ils sachent que Dieu, justement, est au-dedans d’eux-mêmes, d’une Présence confiée à toute conscience humaine. C’est à cela que Jésus veut conduire ses disciples, c’est ce Royaume de Dieu qu’II voulait ériger au-dedans de nous, nous révélant que le ciel est ici, maintenant, dans cette éternité de l’amour, au cœur de notre plus secrète intimité.

(...)

Pour atteindre Dieu, il faut donc -j'entends le Dieu vivant, le vrai Dieu, le Dieu qui est au-dedans de nous un espace infini- il faut donc ouvrir nos cœurs, il faut les faire aux dimensions de Son cœur, il faut nous rendre universels et dépasser nos frontières et nos limites, il faut que nous devenions une Présence à tous et à chacun.

Et c'est alors que nous atteindrons, que nous rejoindrons, que nous découvrirons le vrai Dieu. Si nous en faisons une idole à notre mesure, si nous le restreignons à nos besoins, si nous réduisons Dieu à un monopole de secte ou de parti, il s'agit d'un faux Dieu.

Le vrai Dieu n'a pas de frontières, le vrai Dieu est un Amour illimité, le vrai Dieu est tout entier et infiniment en chacun un don illimité.

Jésus était présent à ses Apôtres ; ils ne l'ont pas reconnu ; Il était devant Pilate, Pilate ne l'a pas reconnu ; Il comparaît devant Caïphe, et il ne L'a pas connu; parce que tous Le voyaient du dehors, ils Le voyaient en-dehors d'eux, au lieu de Le voir au-dedans d'eux-mêmes, comme le Principe, comme le Lien qui unit tous les Hommes et qui peut faire de tous une seule Vie."

 

Je me propose de terminer ce billet en partageant une délicieuse expérience que m'a racontée Mark Waldman. Cela se passa un jour qu'il intervenait comme conférencier lors d'une rencontre inter-religieuse réunissant des chrétiens catholiques et protestants, des juifs libéraux et orthodoxes, des musulmans, des bouddhistes, des hindouistes, des baha’i, des agnostiques et des athées (l’athéisme est évidemment aussi un religion, quoique sans réels rites propres).

Mark adore travailler avec le concept de valeurs fondamentales.  Il invite régulièrement les participants à ses conférences à fermer les yeux, bâiller ou soupirer, s’étirer, puis à laisser venir intuitivement à l'esprit une valeur personnelle fondamentale particulièrement importante dans l’ici et maintenant. (Répéter cette instruction trois fois de suite, en restant d'un état de relaxation consciente, est encore plus recommandable.)

Ensuite, il se promène dans la salle le micro à la main en invitant les membres du public à nommer les valeurs fondamentales qui leur sont venues à l’esprit. Les plus fréquentes ? Le respect, l’empathie, la bienveillance, la tolérance, l’écoute, la bonté, la famille, la paix, la joie, l'altruisme, la générosité, la sincérité, l’amour, l’amitié, la paix, la franchise, l’authenticité, l’affirmation de soi ou encore la créativité et la liberté.

Mark se promène donc dans la salle, et vous devinez probablement la chute : il n’y a plus de différences entre les uns et les autres. Que nous soyons athées ou agnostiques, bouddhistes, musulmans, juifs, amérindiens ou chrétiens, nous avons fondamentalement, tous autant que nous sommes, les mêmes aspirations et les mêmes valeurs essentielles. Le même cœur, sensible, vulnérable et fondamentalement courageux de notre humanité.

JOYEUSE PÂQUES donc à TOUTES et à TOUS, quelles que soient vos convictions, ou absence de convictions !

 

 

J'aimerais dédier ce billet à ma tante Monique, Clarisse, qui me fit découvrir Maurice Zundel ainsi qu'à ma chère amie, Claire Moncelon, qui le rencontra ;

au Pr François Ferrero, ancien chef du département de psychiatrie des HUG, une homme d'une humanité et d'une humilité désarmantes, pionnier de la psychiatrie communautaire et sociale, qui a eu l'amitié de partager avec moi ses souvenirs de jeune homme en recherche assistant à plusieurs conférences -enflammées- de Zundel à Genève;

au Pr Jacques Besson, pionnier de la recherche académique sur les liens entre spiritualité et santé, homme d'esprit et de cœur, qui m'a invité avec une bienveillance dont je lui suis reconnaissant à enseigner dans le cadre du CAS (Certificate of Advanced Studies) en Santé, médecine et spiritualité qu'il a mis sur pied dans le cadre d'une collaboration par la faculté de médecine de l'Université de Lausanne et EPFL. Et constitue le premier programme universitaire de ce genre en Suisse et en Europe.

à Mark Robert Waldman, que j'ai découvert et rencontré grâce au Pr Besson, et qui non content d'être une inépuisable source d'inspiration est devenu un délicieux ami !

à Jean Vernette ainsi qu'au père François Brune, théologiens d'exception aussi bien qu'hommes délicieux, qui ouvrirent avec la générosité et l'immense culture qui les caractérisait mes horizons ;

à ma famille enfin, mes enfants magnifiques, ma fantastique épouse, mes très épatants mère, frère et sœur, belles-sœurs et beaux-frères, neveux et nièces, cousins et cousines, mes amis ("anonymes" ou non) qui se reconnaîtront,  toutes personnes à qui je dois la richesse affective et sensible de ma vie. Qui me donnent le luxe de me savoir en sécurité avec ma vulnérabilité,  et qui nourrissent en moi avec une bonté bouleversante depuis 55 ans ce sentiment d'émerveillement qui m'habite au quotidien.

 

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