Covid : vivons-nous un délire collectif ?!

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Je rentre d’un périple à Liège et Menton où j’ai été invité à présenter les perspectives que je propose sur la gestion du Covid dans les cadres prestigieux des Grandes Conférences de la première et du Colloque de la seconde.

L’accueil fut aux deux endroits délicieux, et l’opportunité de rencontrer et d’échanger avec le public au cœur des valeurs qui m’animent dans la compréhension de la nécessité vitale du débat d’idées dont nous avons besoin.

Cela fait sept mois maintenant que j’ai mis en garde contre le risque d’une psychose collective qui serait au final bien pire que l’épidémie elle-même. Les faits hélas me donnent raison et, ce faisant, donnent tort aux autorités -politiques et sanitaires- qui nous gouvernent.

Elles continuent en effet d’entretenir un état de panique collective avec des mesures sécuritaires qui sont en train rien moins que de détruire l’économie, la culture, le lien social, et partant le socle de notre société -tout ceci pour une épidémie (je me répète, je le sais) qui, objectivement, aura été la dixième plus grave en termes de surmortalité depuis 1945 !

Traversant les aéroports et les gares, j’y ai vu un désert : halls vides, boutiques fermées, cordons sanitaires, rares voyageurs et employés errant dans des espaces monumentaux, foules masquées et suivant les lignes et marques tracées au sol comme des fourmis égarées.

 

Des psychiatres ont attiré notre attention depuis quelques semaines sur les homologies entre ce moment collectif halluciné que nous vivons et les délires collectifs. Bien sûr, les mots « délire collectif » (comme celui de « corruption systémique ») sont de ceux qui sont à haut risque de fâcher.

Je me suis employé à alerter sur le danger que nous en venions à nous coller collectivement des étiquettes (« complotistes » d’un côté et « moutons » de l’autre) dont la détestable fonction est de disqualifier l’autre a priori dans ce qu’il a à dire.

Ces expressions seraient en effet détestables s’il n’y avait leur deuxième terme : la corruption systémique ne veut en rien dire que les acteurs de nos systèmes de santé sont corrompus -ou en tout cas pas consciemment et délibérément pour l’immense majorité d’entre eux.

Les médecins, chercheurs et fonctionnaires concernés sont dans leur immense majorité des gens honnêtes ou en tout cas qui croient l’être, mais qui ne mesurent pas à quel point les distorsions réglementaires et des pratiques pervertissent leur domaine au point (c’est cela la corruption systémique) de les instrumentaliser au service d’intérêts privés vs ceux de la population.

Accuser une personne de délirer serait ignominieux. Repérer par contre qu’il y a actuellement une dérive collective en cours, qui nous a fait perdre le contact avec le réel dans la gestion de ce problème sanitaire, est une prise de conscience qui à ce stade est de salut public ! Et des psychiatres attirant notre attention sur le fait que cette dérive présente bien les caractéristiques d’un délire collectif devrait au moins nous intéresser sinon nous alerter.

C’est un des axes thématiques que j’ai développé dans le cadre des Grandes Conférences Liégeoises, dont j’avais l’honneur d’inaugurer la saison. Il semble que ma présence -mais plus encore celle, annoncée un mois plus tard, de Didier Raoult- ait mis le feu aux poudres en allumant une hostilité furieuse, notamment de la part de certains pontes de l’Université.

J’ai abordé maintes questions au cours de ma conférence au sujet de l’inaptitude préoccupante au débat d’idées dans laquelle nous nous sommes enfoncés. La polémologie traite de l’art d’être en désaccord de manière féconde plutôt que stérilisante. Elle est aujourd’hui bien mise à mal, et surtout par ceux (parlementaires, journalistes, universitaires) qui devraient en être les gardiens.

J’ai nommé aussi combien la notion (aujourd’hui acquise en psychologie comme en psychologie sociale) d’intelligences multiples commandait que l’on ouvre la reconnaissance de l’expertise à d’autres savoirs, expériences et compétences.

L’Université de ce point de vue-là, continue hélas de privilégier un seul type d’intelligence là où il en existe au moins huit.

 

Bonheur et ignominie

Le bonheur donc fut d’avoir une heure et demie à disposition pour présenter avec le soin et les précautions requises les perspectives que je propose autour de la gestion désastreuse de l’épidémie en Occident : en parcourant les compréhensions actuelles de la santé ; en explicitant pourquoi les épidémies activent des claviers fantasmatiques particuliers dans le registre de la panique ; en détaillant le concept fondamentale de salutogenèse ; en montrant que nos réponses à la Covid-19 se sont éloignées de façon sidérante de ce que nous savions devoir faire (et même tout simplement des plans pandémie tels qu’ils existaient…) ; en évoquant le délire qui nous conduit aujourd’hui encore à être découplés du réel et à provoquer des dégâts bien pires que ceux d’une épidémie d’importance moyenne à forte, terminée depuis le mois de mai.

La réception fut bonne semble-t-il à en juger par la réaction des spectateurs et les commentaires reçus par les organisateurs, dans une très large majorité appréciatifs.

Je m’apprêtai donc à descendre à Menton lorsque la RTBF (radio-télévision belge d’état) sortit contre moi une charge d'une violence stupéfiante suite à cette conférence.

Les mois passés m’ont musclé dans la capacité à encaisser. J’ai partagé ici certains des écarts de conduite d’une certaine presse à mon encontre. Faisons attention toutefois à ne pas mettre tout le monde dans le même panier. Certains titres de presse restent calés dans une éthique journalistique digne de ce nom, et nombre de journalistes sont (encore) rigoureux et compétents.

L’époque aura toutefois vu des dérives que nous n’avions plus observées depuis longtemps : parti-pris systématiques, refus de vérifier la validité des informations contenues dans les communications officielles, stigmatisation des opposants, tous symptômes d’un mal profond dont les exemples abondent au point de nous laisser l’embarras du choix pour les illustrer.

Dans la position que j’ai prise et assumée d’être un « lanceur de perspectives », j’ai eu ma part d’attaques, la tension collective s’extériorisant toujours en violence mimétique sur quelques cibles choisies.

Les mises en cause intelligentes et respectueuses ne me déplaisent aucunement. Les prises à partie stupides et gratuites en revanche ne devraient à mes humbles yeux n’avoir aucune place dans l’espace public.

 

Life is rough

Il est malgré tout quelques avantages à être attaqué comme je l’ai été : tout d’abord, cela aide à s’aguerrir. « Life is rough so you gotta be tough » chantait Johnny Cash (« la vie est rude donc t’as intérêt à être costaud »). Inévitablement, cela force à croître en robustesse, ce qui est par ailleurs le meilleur pied de nez intérieur à faire à des adversaires qui ne se doutent pas qu'ils vous rendent ainsi en quelque sorte service. Ensuite, Victor Hugo (qui en savait infiniment plus que quiconque en la matière) disait que rien de significatif ne se faisait sans qu'on soit violemment attaqué. Enfin, cette violence est elle-même symptôme et donc un passionnant objet d’études, même quand on en est soi-même la cible.

En tant que symptôme, cet "ensauvagement" de la presse et d'autorités politiques, scientifiques et académiques vient confirmer si besoin était la réalité du problème en révélant leur état de panique et même de rage. Personne ne réagirait ainsi qui ait tout son bon sens et la conscience pleinement tranquille.

Mieux aguerri donc je me trouve. Ce qui n’est pas du luxe au regard de la dernière attaque en date, celle de la RTBF. Si les précédentes étaient bien laides pour certaines, celle-ci atteint des sommets dans le registre. Je ne comprends pas comment un organe de presse peut laisser passer quelque chose d’aussi odieux sans que la journaliste en question et son responsable ne soient instantanément licenciés.

Je vais bien sûr requérir un droit de réponse et porter plainte auprès du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel ainsi que du Conseil de déontologie journalistique de Belgique.

Quant au recteur de l’Université de Liège, qui s’est associé à cette dérive en dénigrant ma personne et mon expérience, je lui rappellerai que mon parcours, certes modeste, a consisté à analyser depuis 25 ans les réponses sanitaires ainsi que les dispositifs de santé et d'en créer un certain nombre. Ce qui m'a valu d'être invité à présenter mes recherches dans huit programmes universitaires, ainsi que de sept hautes écoles en santé (1).

J'ai en outre publié une trentaine d'articles dans des revues professionnelles en santé publique, effectué une cinquantaine de présentations (conférences) dans des congrès et assumé pendant quinze ans la présidence de la Fondation du Musée d'ethnographie de Genève, dirigé actuellement avec talent par un anthropologue belge, M. Boris Wastiau.

Ayant assumé une expertise méthodologique des chantiers « micro-environnement social » et « santé mentale au travail » dans le cadre de la planification sanitaire qualitative du canton de Genève, je me tiens volontiers à la disposition du recteur pour aider l’Université de Liège à prendre soin de la santé mentale de ses professeurs et étudiants : les indicateurs sont préoccupants en la matière dans le monde académique, qui semble être devenu passablement maltraitant. Je partage au besoin très volontiers mon expertise en la matière. 

 

Zen

J’invite également le rectorat de l’Université de Liège à réfléchir si le rôle de l’Université est encore à ses yeux :

a) de favoriser un débat d’idées large et fécond ou alors de devenir une énième dépendance de la pensée unique ?

b) de dialoguer avec des ordres d’expertise autres que le savoir académique, en particulier les expériences professionnelles et de terrain ?

La « prise de position » du recteur fait redouter plutôt le retour de l’obscurantisme que l’ouverture d’esprit dont nous avons plus que jamais besoin aujourd’hui. Je lui rappelle au passage que le Pr Raoult, quoi que l'on pense de sa personne, est un des plus grands microbiologiste et spécialiste des infections au monde, considéré selon les critères usuels comme nobélisable. Qu'un recteur ose décréter qu'il ne faudrait pas l'inviter questionne fortement sur la possibilité d'un débat scientifique serein !

On peine à comprendre tant la position du recteur que le coup tordu de la RTBF.

Simone Veil, qui fut victime d'attaques d'une bien plus grande violence lors de l'adoption de la loi autorisant l'IVG en France, eut après-coup ces paroles inspirantes :

"Je savais que les attaques seraient vives, car le sujet heurtait des convictions philosophiques et religieuses sincères. Mais je n'imaginais pas la haine que j'allais susciter."

"Il n'était pas question de perdre confiance et de se laisser aller. Tout cela me dopait au contraire, confortait mon envie de gagner. Et je pense que, en définitive, ces excès m'ont servie. Car certains indécis ou opposants modérés ont été horrifiés par l'outrance de plusieurs interventions, odieuses, déplacées, donc totalement contre-productives."

Et sa réaction face à des provocateurs du Front national venant castagner dans une de ses conférences reste un moment d'anthologie dont nous pouvons tous nous inspirer face aux outrances. Je vous invite à la visionner, elle en vaut le détour !

Je suis heureux de partager avec mes lecteurs les différents éléments de ce moment lui aussi délirant -what else ?! Voici : le lien vers mon intervention dans le cadre des Grandes Conférences Liégeoises (la soirée débute vers la minute 26) ; j'y développe toutes ces questions, M. le recteur aurait pu s'en instruire s'il avait daigné être présent :


 

le papier abject de la RTBF à mon sujet avec les propos douteux du recteur,

ainsi que le droit de réponse suivant dont je requiers la publication.

 

Droit de réponse à l’article de Johanne Montay « Jean-Dominique Michel, "anthropologue de la santé", utilise une rhétorique douteuse aux Grandes conférences de Liège » publié par la RTBF

 

C’est avec indignation que j’ai pris connaissance du compte-rendu que Mme Montay a produit de mon intervention dans le cadre des Grandes Conférences Liégeoises ce jeudi 1er octobre.

J’ai débuté mon exposé en nommant la mise en échec désormais systématique et profondément regrettable du débat d’idées qui sévit depuis quelques mois. L’article de Mme Johanna Montay s’inscrit hélas dans cette logique.

Elle a recours à un procédé inacceptable, qui consiste à travestir le contenu et le sens de mon intervention, au cours de laquelle je reprenais les analyses faites par Viktor Frankl et Anton Antonovsky, un psychanalyste et un sociologue de confession juive, à l’origine du concept de salutogenèse.

Ces deux penseurs se sont penchés sur la question poignante de savoir sur quelles ressources ont trouvé à s’appuyer certains déportés pour survivre envers et contre tout aux conditions abominables des camps de concentration.

Voici ce qu’ose dire Mme Montay, je cite :

« Autrement dit, selon Jean-Dominique Michel, ceux qui ne survivaient pas à la Shoah étaient ceux qui n’appliquaient pas la salutogénèse. Toute une théorie plutôt fumeuse et surtout nauséabonde. »

Ce qui est nauséabond en l’espèce est de détourner de cette manière le sens de mon analyse. Le « autrement dit » en question n’appartient qu’à Mme Montay et l’interprétation abusive qu’elle fait de mon propos. Non seulement n’ai-je bien sûr jamais dit une chose pareille, mais je n’aurais même pas osé la penser tellement elle est ignoble !

Viktor Frankl a survécu aux camps de concentration dans lesquels ses parents, son frère et sa femme enceinte ont péri. « Où et comment un homme trouve-t-il la force de vivre au cours des épreuves les plus inhumaines ? » Telle est la question qu’il s’est posé, à partir de laquelle Antonovsky a ensuite élaboré le concept de salutogenèse.

Je viens d’une famille de résistants. Mes grands-parents, pendant la guerre, ont caché des fugitifs de confession juive au péril de leur vie.

Ma tante, âgée alors de 19 ans, a franchi un barrage nazi à la gare de Bergerac avec une jeune Juive âgée de 16 ans qu’elle faisait passer pour sa cousine. Si elles avaient été démasquées, toute la famille aurait été déportée ou fusillée.

Je dénonce avec la plus grande fermeté ce traitement journalistique indigne qui porte atteinte, bien au-delà de ma petite personne, à la mémoire des victimes comme des héros de cette période, Juifs et résistants, dont ont fait partie mes grands-parents, ma mère, mon oncle et mes tantes.

Les perspectives avancées par Viktor Frankl et Anton Antonovsky sont aisément disponibles tout comme l’est la vidéo de la conférence que j’ai donnée. J’invite toutes les personnes de bonne foi à les découvrir et à en juger par elles-mêmes. Elles pourront constater la fidélité de mon propos aux propositions de ces immenses penseurs.

Les attaques de ce genre, visant à détourner l’attention du cœur de mon analyse -soit la gestion catastrophique de la crise sanitaire par les autorités de nos pays- sont une disgrâce pour la RTBF et pour le débat d’idées probe et respectueux dont nous avons plus que jamais besoin. Que Mme Montay instrumentalise la mémoire de la Shoah pour ce faire est rien moins qu’ignominieux.

J'exige, pour moi-même comme pour mes grands-parents et la foule des déportés et des résistants, des excuses publiques de la RTBF.

 

(1) Institut universitaire d'études du développement et Faculté de médecine de l’Université de Genève, Faculté de médecine et département d’anthropologie et de sociologie de l’Université de Lausanne, École Polytechnique fédérale de Lausanne, Université de Neuchâtel, Université de Fribourg, Université de Montréal, Summer University Nursing (Haute Ecole de Santé (Lausanne), San Diego State University (USA), College of Nursing Coimbatore (Inde), Jiangnan University & PolyU, Hong Kong (Chine)

 

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