Covid : le point de vue des réanimateurs

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Nous vivons une période d'incertitude avec une sorte d'emballement. Certains chiffres s'envolent, d'autres progressent, avec certaines données et variables qui posent question.

Ce qui est sûr, c'est qu'il ne s'agit pas d'une deuxième vague. Si deuxième vague il y avait dû y avoir, elle se serait produite au déconfinement de mai, quand aucune des mesures imposées depuis n'était en vigueur.

Nous sommes face à un regain de diffusion du virus, certainement saisonnier, mais encore peu lisible du fait du changement de critères : on a essentiellement renoncé aux critères habituels pour évaluer une épidémie au profit de certains autres qui posent beaucoup de questions - comme les "tests positifs" avec des cycles d'amplification élevés dans le cadre de  campagnes de testing absolument sans précédent.

De nombreux services hospitaliers tirent la sonnette d'alarme dans la crainte d'une future surcharge -et certains responsables appellent même à un reconfinement immédiat.

Et comment faire la part des choses quand on sait que les hôpitaux sont en surcharge année après année du fait des infections respiratoires hivernales. Sommes-nous simplement dans une nouvelle saison habituelle ou bien dans un cas de figure hors normes ?

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Dans toute cette incertitude, beaucoup de médecins, de responsables politiques et de citoyens ont le souvenir des mois de mars et avril rivé à l'esprit et nous dessinent un scénario du pire qui serait un re-belotte de ces mois tragiques.

D'autres pointent du doigt le fait que le gouvernement français, contrairement à ses engagements, n'a pas augmenté la capacité en soins intensifs en prévision de la mauvaise saison ! D'autres que la grippe a complètement disparu des radars et statistiques depuis le mois de  mars et que la mortalité 2020 n'est pas supérieure à la normale. D'autres encore que la situation n'est plus la même pour différentes raisons et qu'il faut vraiment garder la tête froide et éviter de paniquer pour pouvoir prendre les meilleures décisions.

Tant de chose posent question qu'il faudra encore plusieurs jours pour y voir clair.  Certaines données récentes ne sont par exemple pas cohérentes avec ce qu'on a vu jusqu'à aujourd'hui et donc soit décrivent des réalités nouvelles, soit sont le fruit d'erreurs. Sans entrer dans les détails de ces vérifications (sur lesquelles je travaille avec bien d'autres), je donne ici la parole (parce que c'est essentiel pour la compréhension éclairée de la réalité sanitaire) à deux médecins-réanimateurs hospitaliers dont j'ai déjà cité certains textes, articles ou interventions.

Sur la différence fondamentale entre mars-avril et aujourd'hui dans les traitements hospitaliers et la prise en charge en réanimation, un excellent résumé est celui énoncée par le Dr Xavier Pothet sur LCI fin septembre.

Sur les stratégies de réanimation elles-mêmes, le mieux est de prendre le temps d'écouter la magistrale présentation du Dr Louis Fouché du 7 octobre intitulée "Réanimation et COVID – quelques points saillants !" Franchement, ça vaut la peine, vous apprendrez plein de choses et comprendrez mieux les difficultés des hôpitaux telles qu'elles nous sont décrites de jour en jour.

Enfin, je suis heureux de reproduire ici les premiers paragraphes d'un autre excellent article du Dr Pascal Sacré, intitulé "Voyage d’un réanimateur au centre de la COVID-19", paru sur le site de l'Association internationale pour une médecine scientifique, indépendante et bienveillante.

Ce tour d'horizon est l'invitation précieuse dans cet univers d'un praticien hospitalier qui vient de passer 6 mois au contact des formes graves du Covid-19. Il n'y a pas de meilleure source d'information.

 

Voyage d’un réanimateur au centre de la COVID-19

L’AIMSIB a réclamé au Dr Pascal Sacré, médecin réanimateur, de nous apporter l’état des connaissances en matière de thérapeutique de la Covid-19 en ce mois d’Octobre 2020. Son exposé est précis, méticuleux et cherche à ne pas perdre les non-médecins en cours d’article, nous le remercions chaudement de la qualité de ce que nous pouvons publier grâce à lui aujourd’hui. Oxygène, chloroquine, vitamines, sels minéraux, quelles utilités? Quand les prescrire? Voici les conclusions qu’il a tiré après six mois passés au contact de cette nouvelle pathologie. Bonne lecture.

 

Introduction

La maladie COVID-19 est apparue en Europe et sur le continent américain en 2020, suite à l’émergence d’un nouveau virus au départ de Chine en 2019. Ce nouveau virus fait partie de la famille bien connue des coronavirus ayant déjà produit deux épidémies particulièrement sévères, en 2003 et 2012. Ce nouveau virus est appelé SRAS-CoV-2, troisième coronavirus responsable d’un syndrome de détresse respiratoire sévère. La gravité de ce syndrome est surtout caractérisée par une hypoxémie, à savoir un manque d’oxygène dans le sang. Nous avons constaté que cette atteinte pulmonaire sévère ne s’observait que chez un nombre relativement restreint des patients infectés par le SRAS-CoV-2 qui la plupart, sont même asymptomatiques ou seulement atteints d’un syndrome grippal, voire d’un simple rhume. Les premières statistiques sur le profil des cas de COVID-19 sont disponibles pour la Suisse

Fig.1: Décès en fonction des âges

Pour les malades les plus sévèrement atteints, principalement des gens âgés et/ou fragilisés par une ou des maladies chroniques (insuffisances cardiaque, respiratoire, rénale, diabète, hypertension artérielle, obésité…), la mortalité serait légèrement supérieure à celle de la grippe saisonnière, les chiffres précis devant encore être évalués.

Ces chiffres font, encore aujourd’hui, l’objet de controverses, certains scientifiques et médecins soutenant, preuves à l’appui, que la mortalité a été surestimée par les centres de santé officiels :
https://www.mondialisation.ca/coronavirus-et-nombres-de-deces-douteux/5645433
https://powerandharmony.com/covid19-terrorisme-mediatique-manipulation-chiffres/
https://powerandharmony.com/covid19-les-chiffres-ne-mentent-pas/

Il m’est apparu important de préciser plusieurs points en rapport avec la maladie COVID-19, son diagnostic clinique et radiologique et les grands points de sa prise en charge en réanimation. Je termine sur le décalage entre la présentation de la maladie à la phase aigüe (mars-avril 2020) et sa présentation aujourd’hui.

 

COVID-19 pour un réanimateur : UN ARDS (SDRA) sévère

Une des pathologies graves les plus fréquemment rencontrées en réanimation touche la fonction respiratoire, à savoir l’oxygénation du sang (O2) et l’élimination du gaz carbonique (CO2), produit du métabolisme, au travers d’une atteinte de l’organe de la respiration, les poumons. Il s’agit de l’ARDS pour Acute Respiratory Distress Syndrome.

SDRA en français, pour Syndrome de Détresse Respiratoire Aigu.

Décrit en 1967, il représente encore 10% des admissions en soins intensifs avec une mortalité de 40 à 50%. (Ashbaugh DG, Bigelow DB, Petty TL, Levine BE, « Acute respiratory distress in adults », The Lancet, 1967 ;2 :319-32 https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC5537110/  ). L’ARDS ou SDRA entraîne surtout une atteinte de l’oxygénation du sang.

 

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