Une bonne séance de ciné avec Hold-Up

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J'ai à nouveau le privilège et la joie de publier un texte de Mme Hélène Strohl, inspectrice générale des affaires sociales honoraire, auteure avec Michel Maffesoli de La faillite des élites (éditions du Cerf, 2019) un ouvrage fournissant des clés de lectures somptueuses et essentielles sur notre époque. Elle me l'a fort aimablement fait parvenir après avoir visionné le documentaire Hold-Up, dont elle dresse ici la critique.

J'ai commencé en ce qui me concerne à m'expliquer de ma position quant à ce film auquel j'ai participé en tant qu'interviewé. Cela a été l'occasion pour moi de rappeler qu'à ce titre je n'en suis pas le réalisateur et que je ne suis responsable (et redevable) que des propos que j'y tiens.

J'ai aussi rappelé mon attachement inconditionnel à la liberté d'opinion et d'expression. A ce titre le tir de barrage déclenché par la sortie du film me laisse avec bien plus de malaise que le film lui-même (dont on peut et doit par ailleurs discuter en toute liberté le contenu sans complaisance mais sans brutalité non plus - Ivan Rioufol l'a fort judicieusement rappelé sur son blog du Figaro).

Nous parlons ici tout de même d'une censure de la part des plateformes de diffusion, d'une réaction médiatique d'une douteuse unanimité accompagnée d'un concert d'insultes ("complotiste" en étant une) allant jusqu'à l'outrance : traiter le film d'antisémite (comme certains s'y sont aventurés) est plus que discutable, c'est carrément consternant. Je ne peux que renvoyer à la réaction toute empreinte de dignité de Mme Alexandra Hermion-Caude chez André Bercoff face à cette infamie.

Sans oublier l'entrée en lice (ou plutôt la montée en puissance) de cette nouvelle "police de la pensée" avec un "observatoire du conspirationnisme" et un universitaire, M. Mendès France, venant militer activement pour la censure sur les plateaux télé... Je ne peux m'empêcher au passage de me demander ce que son illustre grand-père en aurait pensé.

Les lectrices et lecteurs de mon blog sont témoins que j'ai adressé à différentes reprises ici la question des théories du complot et de leur psychologie. S'il s'agit d'un phénomène réel, en faire un nouveau référentiel d'étiquetage, de censure et d'anathème me préoccupe tout autant que le complotisme lui-même tant cela relève à l'évidence bien plus d'un nouveau maccarthysme que d'un débat d'idées ouvert et complexe. Ce qu'Edgar Morin vient de magistralement rappeler (ce dont on ne saurait trop le remercier) dans un simple Tweet !

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Je reviendrai dans un prochain article sur ces questions bien importantes et face auxquelles je me sens d'autant plus à l'aise que vouloir me mettre dans la catégorie des complotistes est à peu près aussi crédible que d'affirmer que je n'ai aucune compétence en santé publique ! Seules les personnes très malveillantes et brouillées avec la réalité peuvent s'y aventurer -les candidats ne manquent pas il est vrai par les temps qui courent, y compris parmi des professions réputées honorables.

Pour en revenir au texte de Mme Strohl, vous devinerez assez vite à sa lecture que je n'en partage que partiellement l'analyse. Ce qui sera l'occasion d'une nouvelle précision bien utile.

 

Hypothèses mes amours

D'abord -à tout seigneur tout honneur- un article de cette qualité, avec l'intelligence et l'élégance du propos caractérisant son auteure, ne peut que soulever l'enthousiasme, même si l'on se trouve être en désaccord avec certains éléments de son contenu. Toute contribution au débat (hors ce qui n'a ni cœur ni d'esprit) est utile, et un texte de cette envergure ô combien a fortiori.

Mais surtout parce que le fond de ma pensée est le suivant : je rêve et espère de tout cœur que Mme Strohl ait raison et que son analyse soit la bonne !

Ce qu'elle énonce là est une hypothèse -évidemment crédible et raisonnable- et si le fin mot de l'histoire s'y trouve circonscrit, j'en serais le premier soulagé.

Pour moi, à ce stade, il s'agit toutefois hélas de l'hypothèse faible.

Toute personne apte à la pensée critique ne saurait (sauf au risque de sa vie psychique) s'enfermer dans les certitudes. Toute conviction sincère n'est jamais qu'une hypothèse "par défaut" ai-je envie de dire, c'est-à-dire "à défaut d'une meilleure hypothèse". Ce qui correspond au concept fondamental de réfutabilité de la science. Toute théorie scientifique est par définition réfutable : à mesure que progressent les mentalités, les connaissances et les instruments d'analyse, elle peut se trouver réfutée et donc devenir caduque.

En ce qui me concerne, l'hypothèse forte aujourd'hui va au-delà de ce qu'exprime ici Mme Strohl pour la raison suivante : je suis convaincu que nous minimisons en Europe la folie du courant transhumaniste du fait que nous le connaissons mal et qu'il ne nous est de ce fait pas très lisible.

Une des thèses du film Hold-Up est qu'une des causes organisant l'invraisemblable accumulation d'incohérences et de renversements observés dans cette crise sanitaire tiendrait à l'action délibérée de certains acteurs disposant de moyens de leur ambition pour imposer à nos sociétés d'aller dans la direction de leur choix.

Je redoute pour ma part que nous soyons mal-voyants et durs d'oreille quant à des éléments de réalité qui sont pourtant très explicitement et ouvertement énoncés actuellement. Mr Gates ne fait pas secret de ses convictions eugénistes, ni qu'il considère que l'espèce humaine doive être amélioré grâce au génie génétique,  le vaccin contre la Covid-19 (avec sa technologie transgénique encore jamais testée sur l'être humain) constituant pour lui un premier pas dans cette direction.

Il n'échappe j'imagine à personne qu'il dispose par ailleurs d'une influence absolument démesurée sur les leviers du pouvoir (à travers les organisations internationales, nos gouvernements, les universités et la presse, qu'il finance à des hauteurs sans concurrence). Ni que nous subissons depuis des mois une marche forcée vers un vaccin douteux, avec une puissante machine de guerre de propagande et d'influence sur les décisions publiques.

Est-ce à dire que j'adhère aux thèses les plus radicales allant en ce sens, notamment celles - choquantes il est vrai -exprimées par d'autres intervenants du film? Aucunement, bien sûr.

Mais sans aller dans ces extrêmes, l'hypothèse d'une influence nocive de ces acteurs sur les décisions politiques est toutefois suffisamment préoccupante pour ne pas nous interroger avec la plus grande vigilance, dans les limites bien sûr des suspicions raisonnables.

J'observe -avec les risques associés à cette déclaration, en ces temps de simplifications lapidatoires- que de trop nombreux éléments de réalité pointent dans une direction inquiétante pour que l'on s'abstienne (par paresse, complaisance ou idéologie) d'investiguer à ce sujet.

La Chine vient par exemple de nous montrer des exemples concrets de l'imposition d'une surveillance totalitaire des individus grâce aux technologies numériques, dépendant bien sûr de la 5G. Nous avons tous à l'esprit je l'espère ces images des expériences d'attribution de "crédit social" configurant ce à quoi les personnes peuvent avoir accès ou non en fonction de la conformité de leur comportements aux injonctions de l'état.

Ce dispositif n'est pas très éloigné des prises de position que l'on commence à voir émerger chez nous en faveur de l'obligation vaccinale - ou plutôt de la discrimination des citoyens qui refuseraient de se faire vacciner et se verraient donc privés de l'accès à un ensemble de facilités, voire même (selon les pires scénarios envisageable) privés de certains de leurs droits fondamentaux ou de liberté...

Tout ceci en faveur du marché vaccinal pour un virus ayant un taux de létalité de 0,23%, ce qui constitue bien (comme l'énonce le psychanalyste et philosophe Michel Rosenzweig) une sacrée "énigme épistémologique".

Et je ne vois pas que les immenses entreprises surpuissantes des GAFAM soient au fond plus démocratiques que l'état chinois. Le traitement aliénant des employé-e-s d'Amazon, les écarts de conduite totalitaires de Google ou Facebook encore ou la tragédie des enfants extrayant les métaux rares nécessaires à nos smartphones dans un contexte de guerre entretenu (viols des femmes à l'appui) dans certains pays devraient quand même nous préoccuper un peu plus que c'est le cas quant à l'éthique de l'hyper- capitalisme contemporain.

Ma crainte à ce stade est que nous minimisions un risque sur lequel il faudrait vraiment et rapidement tirer les choses au clair par un travail d’investigation (journalistique et étatique).

Je ne dis aucunement que ce soit leur plan ou qu'ils l'ourdissent délibérément ; mais nombreuses sont les personnalités évoquées dans le film qui ont plaidé pour l'imposition d'un gouvernement mondial, relevant qu'une pandémie de grande envergure fournirait le meilleur contexte pour obtenir l'adhésion des populations en ce sens. Ce furent notamment les propos (visionnaires ?) de Jacques Attali à l'occasion de l'épidémie H1N1 dans une tribune datant de 2009.

Devons-nous adhérer au dessein de Billes Gates ou à la vision de Jacques Attali, sans nous préoccuper au préalable avec toute la rigueur requise de ce qu'ils sont ? Nous devrions surtout revenir les pieds sur terre (je renvoie à l'article publié hier montrant une nouvelle fois que la Covid-19 est de l'ordre de gravité épidémique d'une grippe moyenne), sortir de la bouffée délirante, cesser de toute urgence de précipiter (c'est un constat) des milliards de personnes dans le dénuement et la misère et donc la dépendance absolue, tout ceci pour une épidémie d'ampleur modeste - ce qui reste, désolé, quelque peu suspect à mes modestes yeux !

Et nous demander si ce à quoi nous aspirons par nous-mêmes, en tant que civilisation, va dans le sens ou non des convictions de ceux qui ont aujourd'hui (c'est là que réside le vrai problème) le pouvoir de choisir pour nous et de nous imposer leur choix.

Tout ceci posé, voici le très beau texte de Mme Strohl, dont je répète avec la plus grande sincérité à quel point je serais ravi qu'elle soit dans le juste et soulagé que certaines hypothèses proposées dans Hold-Up soient purement et simplement fausses.

 

 

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Une bonne séance de ciné avec Hold-Up

par Mme Hélène Strohl, inspectrice générale des affaires sociales honoraire

A publié avec Michel Maffesoli La faillite des élites, éditions du Cerf, 2019

 

Il y a quelque chose d’addictif dans les thèses complotistes, qui partant de constats quotidiens et souvent banaux, des faits divers, un accident, une attaque terroriste, ou maintenant une épidémie déroulent la pelote et finissent par expliquer l’ensemble de l’époque comme un combat de nous tous contre quelques grands méchants.

« Parmi ces thématiques récurrentes repérées, il y a donc celles liées aux théories du grand complot pour la domination totalitaire du monde qui serait planifié et mené de longue date par une élite secrète de maléfiques initiés ». [1]

Le documentaire Hold-Up appartient évidemment au genre conspirationniste et on peut comprendre que quelques intervenants, qui n’avaient pas à rougir de leur prestation (y ayant répété ce qu’ils avaient écrit et répété sur les plateaux de télévision moult fois), se soient effrayés tout à coup d’avoir cautionné ce genre ! [2]

Il est donc tout à fait facile aux tenants de l’ordre établi d’envoyer balader le documentaire en le qualifiant de complotiste et en infirmant plusieurs de ses affirmations. On observe malgré tout que ce ne sont pas les plus importantes ; car s’il est sans doute vrai qu’il y a erreur sur le fait que le virus Sars Cov2 aurait été breveté, la question de savoir si le virus a une origine naturelle ou résulte d’une manipulation n’en est pas tranchée ; et que l’OMS ait finalement prôné le port du masque ne paraît pas non plus très essentiel, au vu des nombreux manquements de l’organisation dans cette pandémie, dont la plus importante et significative reste d’avoir accrédité l’étude du Lancet !!

Les questions essentielles ne sont cependant pas de savoir qui a raison sur tel ou tel point. Mais plutôt de se demander les raisons de l’énorme succès d’une telle saga  et en même temps l’extraordinaire énervement qu’elle provoque chez les bien pensants.

Et de comprendre ensuite pourquoi au fond les gouvernants et ceux qui les accusent de complot participent d’une même vision binaire et rétrécie de la réalité.

Les raisons du succès de ce documentaire tiennent bien sûr d’abord à ce qu’il construit un « enromancement » d’une réalité qui serait sinon bien terne[3]. À l’heure du confinement, chacun va participer plus facilement à la transformation du monde en épopée, les divers débats entre politiques, scientifiques etc. venant alimenter, jour après jour le grand roman. Il faut d’ailleurs noter que le documentaire est construit à partir d’interviews rediffusées ou en tout cas dont l’essentiel était déjà paru en ligne. C’est ce qui renforce son côté convaincant, chacun pouvant se dire : « ah oui, ça je l’ai déjà entendu aussi ! ».

Ils tiennent ensuite au côté « anti-système » du propos. Et enfin, ils construisent la thèse finale du complot pour un gouvernement mondial sur un solide agrégat de faits vérifiables. En ce sens, Hold-Up diffère de nombre des productions conspirationnistes, en ce qu’il ne nie pas le fait générateur, l’épidémie et le virus, même s’il en minimise, comme nombre de personnes la létalité. Présentant à l’encontre des pouvoirs établis, des statistiques vérifiées et des résultats et commentaires factuels et cohérents.

C’est d’ailleurs parce que ce documentaire énonce un certain nombre de vérités, qu’il fait parler des personnes dont la compétence et l’honnêteté ne peuvent pas être remises en cause qu’il énerve autant les pouvoirs établis.

En revanche, c’est bien dans l’agencement des faits et évènements et dans leur interprétation, leur herméneutique que le documentaire se révèle extraordinairement décevant.

L’interprétation de nombre de faits rapportés est biaisée par la volonté des auteurs de les intégrer dans une histoire de complot. D’y voir une manifestation explicite d’un grand projet de destruction voire d’élimination d’une partie des humains.

Ainsi quand le docteur Violette Guérin rapporte que le ministère de la Santé a refusé ou n’a pas soutenu le projet d’étude des effets de l’hydroxychloroquine monté par un millier de médecins du collectif « Laissez les médecins prescrire », on peut suggérer que le ministère ne l’a pas fait parce qu’il avait peur que des conclusions positives viennent empêcher la diffusion du Remsedevir. Et sous entendre donc que les autorités seraient corrompues par Gilead pour empêcher qu’on utilise ce médicament vieux, bon marché et concurrent de leur molécule. Mais on peut penser aussi que les hauts fonctionnaires du ministère de la santé n’aiment pas ou n’ont aucune estime pour les médecins libéraux, qu’ils considèrent comme des médecins ayant raté les concours de médecins hospitaliers ; qu’ils ne les pensent pas capables de faire une étude « méthodologiquement rigoureuse » et que de plus ils adhèrent très facilement à la thèse selon laquelle ce vieux médicament, utilisé essentiellement dans des pays sous développés ne peut pas constituer une solution acceptable par une administration moderne, scientifique etc[4].

De manière générale, contrairement à ce que disent les analystes des Fake News, l’accumulation de faits relatés qui iraient tous dans le même sens, celui de gouvernants corrompus par quelques grands démons (Bill Gates, Jacques Attali etc.) est justement ce qui, à moment donné, va décrédibiliser le montage. Qui va peut-être même nuire à la recherche de la Vérité telle que la conçoivent un peu naïvement les auteurs du documentaire (cf.  interview dans France Soir).

Et c’est là que se rejoignent le scientisme et le positivisme des deux camps, celui des gouvernants et celui des conspirationnistes.

Les gouvernants dans leur tentative de contrôler le virus, de l’empêcher de circuler plutôt que de chercher essentiellement à en réguler les conséquences en organisant de manière empirique (mais rigoureuse) le triptyque, dépister, isoler, traiter, poussent jusqu’à ses limites le modèle centralisé, rationaliste en faisant fi de l’expérience de terrain.  Les conspirationnistes eux s’intègrent bien dans cette logique binaire abstraite en accusant les gouvernants non pas d’incompétence et d’inorganisation, mais d’une  volonté d’éliminer les personnes âgées voire tous les pauvres.

Le débat sur les personnes âgées est représentatif de l’incapacité des deux camps à faire face à l’incertitude constitutive de toutes les sociétés[5].

Que disent en effet les conspirationnistes : le gouvernement n’a pas voulu « sauver » les personnes âgées, il a donné des ordres pour qu’ils ne soient pas admis en réanimation et il a légalisé l’administration d’un sédatif pour les euthanasier.

Qu’a fait le gouvernement ? il a confiné les pauvres vieillards dans leurs EHPAD, pour qu’ils ne soient pas contaminés, oubliant que dans tous les foyers où il y avait des cas déclarés, le confinement allait favoriser la contagion et que par ailleurs, ces personnes très fragiles ne supporteraient sans doute pas pour nombre d’entre elles l’isolement et l’enfermement.

Dans les deux cas, on fait comme si on ne savait pas que les personnes âgées viennent en EHPAD en fin de vie, que nombre d’entre elles ne supporteraient pas une réanimation invasive (avec intubation et Coma artificiel) et que réanimer à tout prix des personnes en fin de vie s’apparente souvent à de l’acharnement thérapeutique.

Ce qui est frappant, à la fois dans la politique gouvernementale et dans la critique qui en est faite dans ce documentaire, c’est le déni de la mort. Maffesoli le dit et le redit à longueur de textes, en reprenant le mot de Heidegger, Sein zum Tode, l’homme est un être pour la mort. C’est ce qui nous définit, c’est notre destin commun et à l’oublier nous construisons une société invivable.

La tragédie des EHPAD n’est pas que dans un certain nombre de cas des personnes y aient été contaminées, comme dans toute collectivité. C’est qu’elles ont été confinées non seulement dans le bâtiment, mais souvent dans leurs chambres, sans visite (même s’il faut rappeler que nombre de personnes âgées n’ont pas beaucoup de visites !) et sans accompagnement (animation, sorties etc.). La tragédie n’est pas que les réanimations mal organisées aient dû trier les malades (elles le font toujours, dès lors que le système de financement pousse les établissements à fonctionner toujours à la limite de la saturation), mais qu’elles n’aient pas orienté des malades vers des services de soins intensifs avec oxygénation sans intubation, vers des cliniques privées, vers des hospitalisations à domicile. Qu’on n’ait pas pu dans tous les EHPAD soigner correctement les personnes âgées, leur administrer en début de maladie l’hydroxychloroquine  et l’azythromycine (qui dans l’étude de l’IHU ont montré leur efficacité en EHPAD), puis de l’oxygène etc. Ce qui est critiquable c’est que le système de santé soit tellement hospitalo-centré qu’il ne peut ni ne veut véritablement collaborer avec la médecine de ville. Ce qui est critiquable c’est que comme toujours en France, on classe les professionnels selon leur réussite à un concours (l’internat) vingt ou trente ans plus tôt, et qu’on ne sache pas faire travailler ensemble les personnes selon leurs compétences différentes, mais complémentaires.

Finalement ce qu’on peut reprocher au gouvernement dans la gestion de cette crise ce sont bien plus son arrogance et sa volonté de tout contrôler et d’user de l’argument de la santé pour imposer au peuple une discipline antisociale qu’une volonté de pouvoir totalitaire.

Le totalitarisme doux (Maffesoli, [6]-) ne doit pas être amalgamé ou comparé de manière simpliste au nazisme ou au stalinisme. Il use d’autres procédés et il faut user contre lui d’autres formes de résistance. Plutôt le retrait, l’invention de nouvelles formes de vivre ensemble, l’utilisation d’autres formes d’échanges, non monétaires. Non pas le refus des technologies, mais leur utilisation contre ce désenchantement que dans un premier temps le progrès avait initié.

Car ce qui frappe finalement tant dans le documentaire Hold-Up que dans les critiques qu’en font ses détracteurs, c’est l’enfermement dans une vision purement matérialiste, quantitativiste et individualiste de la vie. Comme si pour les uns comme pour les autres, l’objectif était de vivre Soi le plus longtemps possible, dans le bien-être matériel le plus avancé. En revanche, la spiritualité, la religiosité, les communions et partages affectifs et émotionnels, la transmission à ses descendants  sont complètement absents de la réflexion. Comme ils le sont du discours gouvernemental.

Et je reviens là encore à la belle analyse faite par Raphaël Josset de la complosphère : « À l’encontre de la vision conspirationniste du monde et même de tout un pan de la « critique radicale » pour laquelle la réalité et son devenir sont sous le contrôle de puissants maitres secrets et autres maléfiques « supérieurs inconnus », l’élite dirigeante (économique, politique, médiatique etc.) même lorsqu’elle a la « fausse conscience » d’être actrice et sujet du processus auquel elle adhère , n’en est finalement elle-même que l’agent, l’objet, le vecteur, n’exerçant tout au plus qu’une fonction d’exécutant comme pièce et rouage d’un gigantesque mécanisme qui l’englobe et la dépasse ».

Ceci n’exonère pas de leur responsabilité les décideurs qui par incompétence, morgue, idéologie ou volonté d’affirmer haut et fort un pouvoir qu’ils maîtrisent de moins en moins nous ont traîné et nous traînent encore dans un grand jeu de guerre dont les conséquences s’avèrent chaque jour plus sérieuses et destructrices.

 

 

[1] Raphaël Josset, Complosphère, l’esprit conspirationniste à l’ère des réseaux, Lemieux éditeur, Paris 2015

[2] Si Philippe Douste Blazy fait état de faits, et dit ce qu’il dit partout, avec courage. En revanche, Monique Pinçon Charlot est l’une des personnes qui donnent un ton conspirationniste simplet au documentaire quand elle affirme que c’est toujours la lutte des classes, les élites ayant programmé l’élimination de 2,5 milliards de personnes devenues inutiles. Manière de marquer que malgré son intérêt (bien rémunéré) pour les riches, elle reste la vieille communiste qu’elle a toujours été. 

[3] je reprends la notion médiévale « d’enromancement » de la réalité à Aurélien Fouillet L’Empire ludique, comment le monde devient (enfin) un jeu, édition François Bourin, 2014

[4] C’est d’ailleurs ce motif de réticence par rapport à l’hydroxychloroquine qu’a longtemps retenu le professeur Raoult pour expliquer l’attitude du ministère.

[5] Il faut renvoyer à cet égard à l’intervention pleine de bon sens et de réelle générosité d’André Comte-Sponville, renvoyant à Montaigne qui a connu la Peste (taux de létalité : 100%, disparition de plus d’un tiers de la population d’Europe) et les guerres de religion !

[6] Michel Maffesoli, La violence totalitaire (1979), repris dans Après la modernité, CNRS éditions 2008

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