LE COVIDIUM ou Les Dix Commandements de la Covide

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Un peu d’humour pour la route, avec la jolie proposition d’un médecin-généraliste français résumant la nouvelle morale sanito-dictatoriale sous la forme de 10 (nouveaux) commandements.

Lequel auteur discute ensuite, à défaut du sexe des Anges, de celui du ou de la Covid(e) ou plus exactement de son genre, à une époque où une certaine frange de la gent féminine confond un peu commodément l’un et l’autre.

Je n’ai pas jamais beaucoup aimé Jean-François Revel (un peu trop réac’ à mon goût), mais son célèbre texte sur les égarements de l’écriture inclusive mérite d’être reproduit infra, pour faire bonne mesure et histoire de continuer à fâcher un peu tout le monde.

Surtout à la RTS, qui semble vouloir se racheter une vertu à bon compte après la révélation des inconduites (absolument pas drôles) qui y ont longtemps eu cours en toute impunité…

Belle journée à nous !

 

 

 

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LE COVIDIUM ou Les Dix Commandements de la Covide

 

Préambule :

La santé des citoyens est plus importante que les citoyens.

Écoute, peuple rebelle, de toutes tes oreilles et de tous tes sens, et sois attentif aux commandements de ton gouvernement : tu les mettras en pratique de toute ta force et de tout ton être.

 

  1. Du corona comme de la peste te garderas.
  2. Des barrières de toutes sortes autour de toi érigeras, en tous lieux, en tout temps, ad vitam æternam.
  3. Ton visage en tous lieux dissimuleras.
  4. De prévention point ne causeras.
  5. De traitement point non plus ne diras mot.
  6. De DOLIPRANE si malade tu tombes te contenteras.
  7. Ton Père et ta Mère scrupuleusement isoleras. 
  8. Du RIVOTRIL pour abréger leurs souffrances dispenseras lorsque malades ils tomberont.
  9. Vers le Grand Vaccinateur te précipiteras.
  10. Le Journal de 20h pieusement écouteras.

 

Au sujet du genre de la Covid :

Chacun d’entre nous aura noté ou peut noter le flottement et la confusion qui règnent autour du genre de ce néologisme apparu en cet an de grâce 2020...

Point de détail diront certains... Que nenni ! Cette confusion grammaticale entre l’agent et l’effet (techniquement une métonymie) participe de la confusion générale des esprits et des médias : « Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde... » (pour les références, on repassera : c’est la confusion qui règne et on a le choix entre Confucius -sans jeu de mot s’il vous plaît-, Albert Camus, etc. pour ne citer qu’eux).

La clarté et la logique plaident pour « la covide » parce que c'est LA maladie (de genre féminin en français, pour "disease" en anglais: "COrona VIrus Disease" ou COVID) causée par UN virus (LE Sars-Cov-2)!

Vous avez été contaminée par le virus H1N1 et vous avez LA grippe, ou une grippe (si vous avez des symptômes ! car vous pouvez « avoir » le H1N1 sans « avoir » la grippe). De même, vous êtes contaminée par le SARS-Cov-2 et vous avez la covide, ou une covide (si vous avez des symptômes ! Même remarque : vous pouvez « avoir » le Sars-CoV-2 sans « avoir » la covide).

N.B. Ce même raisonnement tient aussi pour LE rhume et ses agents (souvent des coronavirus d’ailleurs...), mais c’est moins démonstratif !

Pour faire bonne mesure, j’ajoute un « e » pour lexicaliser le terme en français (un peu de la même façon que l’on a lexicalisé « packed-boat » en « paquebot » ... ! « Week-end » étant un contre-exemple...)

De sorte que nous pouvons maintenant parler de toutes les covides qui très probablement se succéderont au fil des ans, au gré des variants ou mutants successifs, de la même façon que l’on parle des grippes qui se succèdent tous les ans depuis des décennies ou des siècles...

Cette façon de nommer et de voir les choses aide à garder un certain recul par rapport au délire sanitaire ambiant... et finalement aussi à rigoler un peu car « Il vaut mieux mourir selon les règles que de réchapper contre les règles » disait déjà un humoriste du XVIIe siècle... (ce n’est donc pas Coluche !)

 

Albatross,

Médecin généraliste,

France

 

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Le sexe des mots

Jean-François Revel commente la féminisation des mots :

Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.

Le français achèvera de se décomposer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.

La querelle actuelle découle de ce fait très simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possèdent le grec, le latin et l’allemand. D’où ce résultat que, chez nous, quantité de noms, de fonctions, métiers et titres, sémantiquement neutres, sont grammaticalement féminins ou masculins. Leur genre n’a rien à voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut être un homme.

Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle.

Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.

De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ??

Absurde !

Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.

Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit : « Madame de Sévigné est un grand écrivain » et « Rémy de Goumont est une plume brillante ». On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.

Tous ces termes sont, je le répète, sémantiquement neutres. Accoler à un substantif un article d’un genre opposé au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.

Certains substantifs se féminisent tout naturellement : une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, médecine, gardienne des Sceaux, officière ou commandeuse de la Légion d’Honneur contrevient soit à la clarté, soit à l’esthétique, sans que remarquer cet inconvénient puisse être imputé à l’antiféminisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, même quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, même quand c’est un homme. L’usage est le maître suprême.

Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tâtonnement, qu’accompagne en sourdine une mélodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siècles, non de l’opportunisme des politiques. L’Etat n’a aucune légitimité pour décider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers à toute une jeunesse.

J’ai entendu objecter : « Vaugelas, au XVIIe siècle, n’a-t-il pas édicté des normes dans ses remarques sur la langue française ?? » Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun était libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranché personnellement de questions de langues.

Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord à ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite à ce que l’audiovisuel public, placé sous sa coupe, n’accumule pas à longueur de soirées les faux sens, solécismes, impropriétés, barbarismes et cuirs qui, pénétrant dans le crâne des gosses, achèvent de rendre impossible la tâche des enseignants. La société française a progressé vers l’égalité des sexes dans tous les métiers, sauf le métier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.

Ils ont trouvé le sésame démagogique de cette opération magique : faire avancer le féminin faute d’avoir fait avancer les femmes.

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Cette chronique est présente dans le recueil d’éditoriaux Fin du siècle des ombres (1999, Fayard).

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