Société - Page 5

  • COVID : LES RIGOLOS ET LES PAS-DRÔLES

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    Cela m’étonne souvent depuis que je m’active comme anthropologue de la santé de constater à quel point nous passons facilement pour des originaux, parfois des farfelus, et même (ce qui rassure le Suisse, qui aime avoir une case où ranger chaque personne) pour des provocateurs.

    Alors que nous sommes aussi rigoureux et peu commodes qu’il est possible de l’être quand on en vient aux sujets sérieux, et à ce que nous étudions.

    D’aucuns ont trouvé un peu cavalier la critique que j’ai faite du document « hydroxychloroquine » des HUG. Ce dont ils ne se doutent pas est que j’ai été en vérité plutôt indulgent : même dans la dernière version toute léchée de cet « avis », il subsiste au bas mot dix-sept erreurs, affirmations tendancieuses et incohérences au long des huit pages du document.

    Le fait donc est que nous autres anthropologues sommes sérieux comme des huissiers de justice quand il s’agit de science (comme face à cette pseudoscience qui abonde dans le domaine et que les revues médicales elles-mêmes dénoncent comme une dangereuse imposture.) Et nous sommes pourtant souvent perçus comme des gens aux conclusions légères par des gens qui pensent en général de manière plus courte que nous.

    par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie médicale, expert en santé publique, Genève

     

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  • Covid : de la musique avant toute chose

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    Au fond, la question est assez simple :

    Hong Kong, 7,5 millions d'habitants, 4 morts.

    Suisse : 8,5 millions d'habitants, 1'327 morts.

    On essaye de nous faire croire que nous avons fait tout juste et que si nous avions fait autre chose, les choses auraient été bien pires.

    Alors que les best practices en épidémiologie infectieuse recommandent exactement l'inverse de ce que nous avons fait (copiant en un peu moins grave les très mauvaises décisions sanitaires françaises).

    Je veux bien croire que ce qu'on nous dit est vrai. Mais cela vaut peut-être quand même la peine de se poser la question et d'y réfléchir.

    par Jean-Dominique Michel, MSc athropologie médicale et expert en santé publique, Genève.

     

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  • Les HUG se donnent de la peine et en ont...

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    Jolie surprise sur le site des HUG que cette nouvelle évaluation de l'hydroxychloroquine nickel-chrome.

    Cette fois-ci, l’institution et son groupe Covid ont mis le paquet pour produire un papier qui ait de la gueule, et c'est en tout cas pour la forme plutôt réussi : papier en-tête aux couleurs de l'institution, analyse fouillée, références scientifiques à la pelle, signature de l'ensemble de membres de ce groupe, il y aurait de quoi jouer au jeu des sept erreurs entre le brouillon proposé il y a peu et le manuscrit calligraphié et enluminé portant désormais haut et fort la parole altière de l'institution...

    Nouvelle mouture donc présentée sur les réseaux sociaux par une éthicienne du crû avec l'intitulé saisissant : "Nos collègues pharmacologues ont fait une mise à jour. Les données arrivent en temps réel, donc c’est important." Immédiatement applaudie par un commentaire de derrière les fagots : "très intéressante analyse, une fois de plus comme on aimerait en avoir souvent, n’en déplaise aux polémistes de mauvaise foi !"

    Je n'ai pas connaissance en ce qui me concerne que les questions qui dérangent soient perçues autrement que comme inconvenantes par ceux à qui on les pose.

    Même si ça arrache la bouche, on peut aussi reconnaître que le travail n'était pas entièrement d'une facture telle qu'on l'aurait aimé -ce que le changement de cap observé énonce aussi clairement qu'il est possible. Si d'emblée une éthicienne présente une question aussi secondaire d'une manière aussi tendancieuse, il y a de quoi se faire du souci pour le futur de l'éthique. Préoccupation au demeurant réelle en ce qui concerne l'institution.

    J'ai partagé ma conviction en la sincérité des valeurs du personnel (évidemment) mais aussi de la direction et des responsables médicaux. Ce qui n'exclut pas l'hypothèse d'une application un peu à géométrie variable (sinon parfois défaillante) de l'éthique et de ces valeurs.

    Après tout, agir et œuvrer au sein d'une institution grevée (comme l'ensemble du domaine médical) par la corruption systémique, les conflits d'intérêts et certains procédés douteux n'est forcément pas de tout repos. "L'amour propre ne le reste jamais très longtemps" proposait dans un raccourci de génie et par analogie un autre fameux bédéiste.

    par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie de la santé et expert en santé publique, Genève.

     

     

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  • "Les médecins cinglés peuvent être aussi dangereux que les politiques cinglés" (Pr Peter Gotzsche)

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    La propagande et le matraquage que nous subissons atteignent un degré tel que je vois combien même des personnes capables de prendre du recul et de penser par elles-mêmes sont désorientées. Vous connaissez sans doute cette expérience qui montre qu'en répétant trois fois le même argument au cours d'une conversation, la probabilité qu'elle fasse son chemin (de manière presque subliminale) dans l'esprit de votre interlocuteur augmente de manière exponentielle. On imagine bien la puissance de l'impact quand la répétition est faite cent ou mille fois, jour après jour...
     
    Nous avons actuellement le choix entre écouter des acteurs de troisième catégorie qui semblent avoir de la peine à lire et surtout à comprendre les études scientifiques. Ou alors nous tourner vers les meilleurs experts et les meilleures sources. Nos autorités hélas ont fait leur choix, et c'est bien triste.
     
    Alors pour contrebalancer cette propagande composée pour l'essentiel de pseudo-science, voici quelques passages choisis de celui que je considère, avec le Pr John Ioannidis, comme le meilleur expert actuel en traitement des données médicales, le Pr Peter Gotzsche.
     
    Sa seule intervention sur l'épidémie de Sars-CoV-2 remontre au 24 mars, mais elle est aussi pertinente aujourd'hui qu'au premier jour et bien sûr n'y va pas en se contorsionnant pour complaire aux puissants.
     
    par Jean-Dominique Michel, MSc anthropologie médicale et expert en santé publique, Genève
     
     
     

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  • Covid : les décisions prises n’ont probablement fait que prolonger l’agonie tout en multipliant les dégâts !

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    Ce n'est pas tous les jours qu'on a l'occasion de participer (même en tant qu'invité) au lancement d'un nouveau média. Honoré et heureux donc je suis de paraître sur le site de L'Impertinent, lancé par sa créatrice, la journaliste Amèle Debey.

    Ou pertinent, je ne sais pas, en cette époque où la novlangue orwellienne permet notamment à nos gouvernants et à nos autorités sanitaires d’affirmer tout et n'importe quoi en s’exonérant de plus en plus du devoir d'être honnêtes avec les citoyennes et les citoyens et in fine du principe de réalité lui-même.

    Petit avant-goût d'une discussion sans langue de bois :

     

    "Les autorités, en Suisse comme en France, ont réagi comme on réagissait au XIXe siècle, lorsque nous n’avions aucun des moyens dont nous disposons aujourd’hui. Or, le confinement est une très mauvaise mesure qui ne s’impose qu’en toute dernière extrémité, ou en l’absence de tous moyens utiles! Même s’il n’y a pas eu de confinement à proprement parler, nous sommes quand même allés dans cette direction par étapes. Avec des modalités un peu différentes, mais il s’agit de la même logique.

    Cependant, ce que nous disent les meilleurs spécialistes en épidémiologie infectieuse, c’est qu’il convient de faire exactement l’inverse pour lutter contre une épidémie de ce type: il faut impérativement confiner les personnes à risques, mettre en quarantaine les personnes infectées, mais surtout pas les gens qui ne sont pas malades, ne présentent aucun profil de risque ou qui sont déjà immunisés; il faut ensuite tester le plus de gens possible pour connaître les caractéristiques de l’épidémie (et non pas travailler à l’aveugle) et permettre au gens de savoir s’ils sont infectés ou non.

    Les gros dégâts qu’on voit aujourd’hui ne sont pas dus à la dangerosité du Covid-19. C’est au contraire la mauvaise réponse sanitaire qui génère l’essentiel de la mortalité. En l’occurrence, le coût de cette inexplicable impréparation et de ce réflexe de peur archaïque («tout le monde aux abris!»), qui est exactement l’inverse de ce qu’il faut faire au 21e pour lutter contre une pandémie, aura été la vraie cause de la mort d’autant de personnes. Confiner ensemble les personnes infectées, les non-malades et les personnes à risque est hélas le plus sûr moyen d’avoir le plus grand nombre de victimes."

     

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